8e Edition des Journées du Matrimoine

Depuis 2015, chaque année en septembre, les Journées du Matrimoine, en écho aux Journées du Patrimoine, permettent de mettre en lumière des créatrices du passé à travers de nombreuses performances artistiques d’artistes femmes contemporaines qui se réapproprient des œuvres mal connues de leurs aînées.

Le Mouvement HF a été créé en 2009 à l’initiative de femmes et d’hommes travaillant dans des métiers artistiques ou culturels. Née en novembre 2009 à l’initiative de femmes et d’hommes travaillant dans le domaine du spectacle, de la radio et du cinéma, HF Île-de-France se rapproche de HF Rhône-Alpes, créée en 2008, et appelle à l’émergence d’autres antennes partout en France.HF Île-de-France compte aujourd’hui plus de 400 adhérent·e·s, personnes physiques et morales, professionnel·le·s, acteurs·rices de la sphère culturelle, publics, théâtres et organismes partenaires

Son but est le repérage des inégalités entre les femmes et les hommes dans les arts et la culture, la mobilisation contre les discriminations observées et l’évolution vers la parité. Ainsi, depuis plus de 10 ans, le mouvement mène un travail de fond pour sensibiliser tous types de publics (professionnel.les, responsables institutionnel.les, élu.es, grand public, etc.) sur les disparités existantes entre hommes et femmes dans les arts et la culture.

Le mouvement entend ainsi partager les leviers d’actions pour parvenir sans plus attendre à l’égalité réelle. Il réunit aujourd’hui 8 collectifs en France dont la plupart organisent des Journées du Matrimoine.

Cet événement culturel est accessible à tous.tes. Associer «matrimoine» et «patrimoine» permet de valoriser un héritage culturel commun. Les Journées du Matrimoine éveillent les consciences et concourent à favoriser l’égalité entre femmes et hommes dans les arts et la culture et plus largement dans notre société.

Une 8e édition particulièrement riche

Au fil des années, les Journées du Matrimoine prennent de l’ampleur. Organisées par HF Ile de France, elles débuteront dès le 10 septembre, au Théâtre 14 avec une conférence de Titiou Lecoq sur «Les grandes oubliées». Cette année, la Mairie de Paris, celles des 13e et 14e arrondissements, de Bobigny et l’Ile Saint-Denis y participent activement en proposant des événements. 26événements gratuits(entrée libre sur réservation obligatoire)s oit plus de 50 rendez-vous culturels à Paris, Bobigny, Colombes, l’Ile Saint Denis.

Les Journées du Matrimoine 2022 mettront en lumière une cinquantaine de créatrices : autrices, poétesses, compositrices, peintresses, sculptrices, intellectuelles parmi lesquelles: Chistine Desroches-Noblecourt, Gisèle Halimi, Emmanuelle Riva, Maria Szymanowska, Janine Solane, Marceline Desbordes-Valmore… Depuis 2015, près de 400créatrices du passé ont été présentées et répertoriées sur le site : matrimoine.fr.

Quelques chiffres

Les femmes sont plus diplômées

-61% d’étudiantes dans les écoles d’art

mais moins présentes sur le marché professionnel

-40% des actives en moyenne dans les professions culturelles

-17% d’autrices-compositrices sociétaires à la SACEM en 2019

moins programmées

-20% en moyenne des œuvres programmées sont créées par des femmes

-14% de femmes programmées dans les festivals de Musiques actuelles

-moins de 20% des opéras programmés sont mis en scène par les femmes (2020-2021)

moins récompensées :

-0 réalisatrice primée aux Césars depuis 2010

-1 film réalisé par une femme récompensé par la Palme d’or au Festival de Cannes depuis 2010

-0 femme primée pour le meilleur album aux Victoires de la Musique 2021

*Source : Observatoire de l’égalité entre femmes et hommes dans la culture et la communication -Mars 2022

Programme des Journées du Matrimoine : lematrimoine.fr/les-journees-du-matrimoine/

Focus sur la féminisation des sapeurs-pompiers

Depuis qu’elle est enfant, Georgia Nolan n’a qu’une seule ambition : devenir pompier comme son père. Hélas, à New York en 1932, les femmes n’ont pas le droit d’exercer cette profession. Ceci est le pitch du film Disney Vaillante sorti en 2022. 90 ans plus tard, sur un autre continent, des femmes hésitent encore parfois, trop souvent à devenir sapeur-pompier.

Elles ne sont aujourd’hui que 16% à exercer cette activité, soit 1 sapeur-pompier sur 6. Elles constituent donc une ressource précieuse à valoriser, notamment pour le volontariat.

Les femmes sont autorisées à exercer l’activité de sapeur-pompier en France depuis une quarantaine d’années : le décret du 25 octobre 1976 annonce ainsi que « les corps des sapeurs-pompiers communaux peuvent être composés de personnels tant masculins que féminins ». Le taux de féminisation des centres d’incendie et de secours a progressé au cours de ces décennies, mais les femmes ne représentent toujours que 16% des effectifs de sapeurs-pompiers civils1.

Les raisons sont diverses : métier considéré « d’homme », profession à risques, contraintes des responsabilités familiales pesant majoritairement sur les femmes, méconnaissance des conditions d’engagement… Malgré l’augmentation de la proportion de femmes dans les rangs des sapeurs-pompiers, des efforts restent à faire pour que la mixité progresse.

Aujourd’hui, en France, 1 sapeur-pompier sur 6 est une femme

  • Plus de 38.800 femmes sont sapeurs-pompiers en France,
  • Le nombre de femmes chez les sapeurs-pompiers a augmenté de 5% entre 2016 et 2017,
  • Elles représentent 16% des effectifs civils,
  • Elles représentent 4% des sapeurs-pompiers militaires,
  • 50% des effectifs du service de santé et de secours médical (SSSM) sont féminins,
  • Dans les Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS), 55 % des personnels administratifs et techniques spécialisés (PATS) sont des femmes.

Grades

Bien qu’elles soient de plus en plus nombreuses à rejoindre les rangs des sapeurs-pompiers, les femmes sont encore peu représentées parmi les officiers, notamment par rapport aux autres corps en uniformes : en 2016, elles constituaient 24% des effectifs de la police nationale et 17,5% de ceux de la gendarmerie nationale.

  • Chez les sapeurs-pompiers professionnels (hors SSSM), les femmes représentent :
    • 34% des sapeurs,
    • 6% des caporaux,
    • 3% des sous-officiers,
    • 4% des officiers.
  • Chez les sapeurs-pompiers volontaires (hors SSSM), les femmes représentent :
    • 25% des sapeurs,
    • 15% des caporaux,
    • 8% des sous-officiers,
    • 7% des officiers.

Depuis 2017, plusieurs mesures sont mises en place pour modifier de manière appropriée les locaux, les équipements et l’habillement : poursuivre l’installation de vestiaires et sanitaires séparés, adapter des tenues aux tailles et à la morphologie des femmes, mise en œuvre de matériels plus légers et plus ergonomiques de sorte que la force physique ne soit plus un facteur limitant sont tout autant de dispositions qui favorisent l’accueil et l’engagement des femmes chez les sapeurs-pompiers.

Avec le dessin animé Vaillante sorti en 2022, les pompiers débarquent enfin sur grand écran… Et pas n’importe quels pompiers puisqu’il s’agit de Georgia, une héroïne déterminée qui transmet à travers l’humour, un plaidoyer assez efficace pour l’égalité des sexes.

Le personnage a été inspiré par Rochelle Jones, la première femme devenue pompière, en 1982, à New York, ouvrant ainsi la voie à toutes celles auxquelles le film rend hommage, dans son générique de fin.

Sapeur-pompier, pourquoi pas vous ?

Vous avez le sens de l’engagement au service des autres, de l’altruisme et de la solidarité ? Et si, vous aussi, vous rejoigniez les rangs des sapeurs-pompiers ?
Pour s’engager en qualité de sapeur-pompier volontaire, il suffit d’adresser sa candidature directement au Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) de votre département en joignant :

  • une lettre de motivation
  • un CV
  • la copie des titres, diplômes ou attestations de formation.

Vous trouverez les conditions d’engagement sur le site du ministère de l’Intérieur.

1 Sources : édition 2018 des statistiques des services d’incendie et de secours, portant sur l’année 2017, par la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC).

The sorority propose à ses utilisatrices de ne plus jamais se sentir seul(e) face à un danger ou un risque d’agression

Ruelle sombre, piste de danse, couloir d’immeuble, festival…. Les endroits où les femmes comme les minorités de genre sont de potentielles proies sont nombreux. La solution idéale serait assurément que les agresseurs cessent leurs méfaits – et que les pouvoirs publics aient les moyens de les faire cesser. En attendant, ce sont des produits numériques tels que The Sorority qui proposent des solutions en cas de mise en danger de la vie d’autrui.

Priscillia Routier-Trillard, fondatrice de l’application

A 35 ans, Priscillia Routier-Trillard est mariée et a cessé de travailler pour un grand groupe industriel. Cette maman de deux garçons, qui a elle aussi subi le harcèlement de rue, a porté plainte.

Aprés deux burn out, Priscillia a eu l’idée de créer l’application dont nous parlons aujourd’hui lorsqu’enfin, un médecin lui a simplement répondu « Je te crois ». Ces 3 mots ont fait germer dans l’esprit de « The sorority » qu’il fallait inverser la tendance. Une personne victime de violences doit être crue, par les autorités notamment.

Croire les victimes

Croire la femme pour ces agressions et ce qu’elle ressent. Croire la femme dans les attitudes qu’elle dénonce. Croire les personnes transgenres lorsqu’elles se déclarent victimes de violences. Croire, toutes les minorités lorsqu’elles se sentent mises en danger.

Tel était le credo de la créatrice de The Sorority. Prendre le pas inverse de la trop connue “charge de la preuve”. Partir du principe que, la bienveillance était un étant naturel par défaut parmi la plupart des espèces, il allait en être de même pour les humains.

Cette bienveillance, rendue complexe par les manières dont nous vivons au XXIème siècle (grands immeubles, banlieues, campagnes, Priscillia a voulu la manifester au travers de ce téléphone que nous avons tous en poche. C’est donc par une application, “The Sorority” (disponible sur tous les stores) qu’elle a commencé en mars 2019 à mettre sur pied le développement de l’application.

Savoir que l’on n’est pas seule

Tous les inscrit(e), validés et certifiés, de l’application se géolocalisent volontairement sur une carte dès lors qu’ils lancent l’application. Dès lors, toute la communauté est informée de la présence, sans aucune limite géographique, d’une personne bienveillante” poursuit-elle.

Cette personne bienveillante peut être tant votre voisine de strapontin qu’un centre d’hébergement pour les femmes battues. L’idée est de montrer aux victimes, femmes ou minorités de genre, que où qu’elles soient sur le territoire, elles peuvent être aidées.

Au total, ce sont près de 37 000 utilisateurs aux profils certifiés qui proposent près de 3 000 lieux sûrs ou 5 776 moments d’écoute, que ce soit par téléphone ou en physique au moment de cet échange avec Priscillia.

Bien sûr, les numéros vitaux (police, Samu, SOS Violences intra familiales…) sont disponibles dans l’application.

Comment ne pas créer un nid pour prédateurs ?

La première question qui vient à l’esprit est très masculine. Une telle application peut aisément être détournée et devenir le “Tinder” de l’agression. Pour pallier cela, l’enregistrement d’un membre et sa validation (quel que soit son statut, accompagnant, accueillant, écoutant…) est conditionnée à plusieurs conditions, parmi lesquelles :

  • Etre une femme ou être membre d’une minorité de genre
  • Poster un selfie en temps réel dans l’application
  • Présenter une pièce d’identité
  • Indiquer des coordonnées vérifiables (adresse, téléphone…)
L’application propose une cartographie des personnes situées à proximité

Le profil certifié, seuls l’adresse e-mail, le nom, prénom et la photo de la personne demeurent conservés. 

Labellisés ONU Femme France, l’application ne propose que les fonctions essentielles : 

  • Visualiser le nombre de personnes présentes autour de soi à un instant donné et donc aptes à réagir.
  • Déclencher une alerte lorsqu’un utilisateur est victime ou témoin d’une agression, pour contrer l’effet de sidération. Sorte de balise de détresse, en somme.
  • Afficher sur l’écran de son téléphone un appel au secours qu’on pourra montrer à des personnes alentour.
  •  Déclencher une sirène
  • Emettre un appel aux autorités
  • Recherche de structures d’aide ou de soutien

Ces fonctions sont toutes accessibles sur l’écran principal de l’appli, permettant une utilisation facile et rapide.

En général, lors du déclenchement d’une alerte” explique Priscillia, “les victimes reçoivent en moins d’une minute plusieurs appels et plusieurs messages d’autres possesseurs de l’application. L’alerte sonore est particulièrement efficace dans une foule, car elle crée un effet de surprise de l’agresseur qui aura, alors, le réflexe de prendre la fuite.

Pourquoi ne pas juste crier à l’aide ?!!!!!!!!

On pourrait penser que le simple fait de crier “à l’aide” suffit à attirer l’attention. “En fait, les choses sont doublement compliquées, du côté de la victime comme du côté des témoins. L’effet de sidération peut et va souvent totalement paralyser la victime qui se sentira alors dépersonnifiée, comme sortie de son propre corps. Elle est, au moment de l’agression, incapable de bouger, de crier ou de se défendre” explique la fondatrice. “Les témoins, quant à eux, subissent l’effet témoin. Chacun pense que son voisin est plus apte, plus fort ou plus compétent pour agir. En fin de compte, personne n’agit”.

L’écran pour donner l’alerte

The Sorority répond à ces deux questions, la victime peut garder la main dans sa poche pour déclencher une alerte, les témoins sont plusieurs à avoir signé le pacte “moral” de venir en aide. “Souvent, le fait qu’une personne tierce s’approche de la scène violente interrompt celle-ci, sans besoin de donner des poings. Il suffit de proposer un verre à la victime pour que l’agresseur cesse son acte.” termine Priscillia.

Que se passe-t-il lorsqu’une alerte est déclenchée ?

Lorsqu’une alerte est déclenchée, elle est répercutée sur les téléphones portables des  personnes les plus proches physiquement du lieu de l’agression. En même temps que l’alerte est donnée, la photo, le prénom ainsi que la localisation précise de la victime sont transmis. 

Lorsqu’un possesseur reçoit une alarme, il sait comment agir

Les personnes qui reçoivent l’alerte peuvent contacter par appel téléphonique (via l’application) ou par chat la victime qui a déclenché cette alerte.

C’est d’ailleurs ce qu’explique Eloïse, une utilisatrice belge. Elle a été abordée par un inconnu qui, se montrant insistant, a montré à la jeune femme que cet homme était malveillant. Son témoignage, met en exergue la rapidité de réaction d’une autre “sœur” d’application, pour casser la spirale potentiellement mortifère qui s’amorcerait.*

Un effet rassurant

En dehors des cas extrêmes d’agression, l’application permet de localiser les personnes les plus proches de soi. Cette conscience de la présence d’aides potentielles est un soutien moral aux utilisatrices qui sont ainsi plus sûres que quelque chose se passera en cas de souci, pour le moins qu’une réaction aura lieu de la part d’un tiers de confiance.

Il en va de même pour tous les types d’agression. Piqûre, impression d’avoir bu une boisson au GHB ou malaise de tout type, le déclenchement d’une alerte permet aux victimes de crier “Au Secours”, y compris lorsqu’elles n’en sont plus physiquement capables.

Quel modèle économique pour cette application ?

Lorsqu’on lui parle du modèle économique de son association, la fondatrice éclate de rire. “Nous sommes une association de type loi 1901 et notre fierté est de savoir que l’application est utilisée en France, Belgique, Suisse, Luxembourg, Algérie, Maroc, Tunisie. Nous essayons d’avoir l’oreille des autorités de police et de justice pour que les interlocuteurs spécialement formés aux violences sexistes et sexuelles soient disponibles dans l’application directement, sans passer par un standard ou un autre agent. » « Mais les démarches sont bien complexes !” ajoute la fondatrice.

La Directrice Générale ajoute “Le principal est que le chemin entre la victime et son secours soit aussi court que possible.

Des évolutions à venir

L’application n’est pas encore terminée, des évolutions arrivent, parmi lesquelles on retrouvera :

  • L’intégration des associations en ping fixe
  • L’ouverture aux associations qui pourront se déclarer elles-mêmes en guise de lieux sûrs
  • Ouverture de l’application aux personnes de moins de 15 ans (limite légale  fixée par les stores)
  • Intégration des autorités en ping fixe
  • Intervenants sociaux pour la mise en place d’accompagnement sur le long terme

Lorsque disparaîtra cette application

Il serait illusoire de penser qu’à court terme une telle application disparaisse. Le besoin qu’elle couvre est millénaire et seule l’éducation à la Tolérance et à la Citoyenneté pourra la rendre inutile.

Il faudra sans doute quelques années pour qu’évoluent les mentalités et que les risques d’agression périclitent. En attendant, The Sorority est une initiative intéressante et à suivre.

Qui est sa fondatice ?

Âgée de 35 ans, Priscillia a suivi une préparation HEC. Elle a ensuite intégré l’école de commerce de Strasbourg.

Partie une année aux USA pour un échange, elle s’est découvert une passion pour la gestion de projets.

Elle a vécu deux burn-out dans sa carrière, le premier en 2013 et le second en 2019.

Elle est, aujourd’hui, naturopathe.

L’équipe des 3 co-fondateurs de The Sorority

Véronique Gallo en pleine crise de la quarantaine.. au féminin

Le spectacle Véronique Gallo « Femme De Vie « est au programme du Festival Off d’Avignon 2022. Après le succès de « Vie de mère » et plus de 300 dates de tournée, Véronique Gallo est de retour avec un nouveau spectacle.

L’humoriste belge a encore frappé fort dans un Théâtre quasi comble et comblé, mercredi à Avignon, avec son dernier spectacle « Femme de vie ».

Nous y avons assisté avec délectation. Dans son dernier spectacle, l’humoriste Véronique Gallo s’interroge sur sa vie depuis que ses enfants ont grandi. Un spectacle qui lui permet de raconter ses doutes, ses peurs et de livrer ses angoisses pour camper sa personnalité de femme forte et fragile, mais loin du sucre d’orge.

La tornade blonde, à l’aise dans ses Stan smith, navigue, danse sur scène et présente un show bien rodé, ciselé au millimètre. Elle est perfectionniste dans le travail et ça se voit.
Celle qui commença sa carrière professionnelles comme professeur de lettres, a tout plaqué à 42 ans pour se faire connaître grâce à ses capsules vidéo « Vie de Mère », un carton sur you tube dans lesquelles elle racontait ses déboires de mère de famille nombreuse à sa psy face caméra.

Dans « Femme de vie », cette « energic mum » nous fait tout d’abord rire, puis réfléchir.

Vous avez dit féministe ?
Tout en légèreté mais avec un discours affirmé, Véronique Gallo tente de sensibiliser son public sur les injonctions faites aux femmes, la charge mentale, la répartition des tâches ménagères et autant le dire, les hommes en prennent pour leur grade !

Un hommage aux femmes de sa vie puisqu’il y est souvent question d’arbre et de racines mais également à la vie d’une femme avec ses doutes et ses remises en question.

Le one woman show d’une femme accomplie qui ne triche pas, tout en générosité et amour pour son public.

Théâtre Episcène Du 7 au 30 juillet 2022 | 16h00
Relâche le lundi

Une expo féministe aux rencontres de la photographie d’Arles

« Une avant-garde féministe des années 1970 » tel est le nom de l’exposition de photographies et performances des années 1970 de la collection Verbund, Vienne.

Les Rencontres d’Arles présentent pour la première fois en France l’exposition Une avant-garde féministe des années 1970, qui réunit plus de deux cents œuvres de soixante-et-onze femmes artistes de la collection Verbund à Vienne, constituée pendant dix-huit ans sur les années 1970, d’un point de vue européen.

À travers cinq thématiques, l’exposition présente les travaux des premières artistes qui proposèrent une nouvelle « image de la femme », dénonçant le sexisme, les inégalités sociales et les structures du pouvoir patriarcal.

L’exposition s’articule ainsi autour de cinq thèmes :

1. La rébellion contre l’attribution du rôle exclusif de « mère, femme au foyer et épouse ». Birgit Jürgenssen accroche une cuisinière sur son corps et enfourne une miche de pain dans le four. Une allusion à l’expression « avoir une brioche au four», qui signifie être enceinte.

2. Le sentiment d’être « enfermé » et de vouloir sortir de ce rôle unidimensionnel. Sonia Andrade entoure étroitement son visage d’un fil. Annegret Soltau et Renate Eisenegger enveloppent également leur visage à tel point qu’elles ne peuvent plus ni voir ni parler. Mais tandis que Soltau coupe le fil avec des ciseaux et suggère la possibilité de libération du patriarcat, Eisenegger reste immobile. Il est intéressant de noter que l’artiste brésilienne et les deux artistes allemandes ont toutes deux créé des oeuvres similaires sans se connaître.

3. Rébellion contre le « dictat de la beauté » et « l’instrumentalisation du corps de la femme ». Katalin Ladik et Ana Mendieta appuient toutes deux leur visage contre une vitre, déformant ainsi leur nez et leurs lèvres, afin de subvertir l’idée qu’une femme devait être gentille et bien habillée. Aucune des deux ne connaissait les oeuvres de l’autre. La plupart du temps, les artistes utilisent leur propre corps pour créer leurs oeuvres. En représentant le corps féminin, les femmes conquièrent un terrain qui, pendant des siècles, était réservé aux hommes, aux hommes artistes.

4. L’exploration de la « sexualité féminine ». Penny Slinger place son corps dans un gâteau de mariage, écarte ses jambes et colle un oeil sur sa vulve et nomme son collage I See You. Elle dit ainsi adieu au statut la femme-objet et montre clairement que les femmes revendiquent activement leur sexualité et veulent être désormais perçues en tant que sujets. Il est surprenant de constater qu’Annegret Soltau avait également placé un oeil sur sa vulve.

5. « Jeux de rôles et identité ». La philosophe française Simone de Beauvoir affirmait déjà : « On ne naît pas femme, on le devient ». Ce sont les conditions sociales qui engendrent la construction de la féminité. De nombreuses artistes ont étudié par biais de jeux de rôles ce que cela signifiait d’être une femme dans les années 1970. À l’aide de maquillage, de perruques et de mimiques, les artistes se sont déguisées et ont ainsi démasqué les stéréotypes et les clichés. Par exemple, les artistes américaines Martha Wilson, Suzy Lake, Lynn Hersman Leeson ou Cindy Sherman. Il est passionnant de voir que, à la même époque, l’artiste italienne Marcella Campagnano a également créé des mises en scène très similaires. Dans les années 1970, les femmes artistes de couleur étaient la cible de discriminations multiples telles que le racisme, les discriminations de classe et de genre. Leurs oeuvres évoquent clairement l’intersectionnalité, avant même que Kimberlé Crenshaw n’invente ce terme en 1989. C’est le cas de l’activiste et chorégraphe péruvienne d’origine africaine Victoria Santa Cruz, qui témoigne de son expérience personnelle de discrimination dans sa performance vidéo Victoria. Black and Woman (1978). Howardena Pindell et Emma Amos procèdent de manière similaire. Dans sa performance photographique Mlle Bourgeoise Noire, Lorraine O’Grady pointe du doigt le comportement de sa communauté noire, qui ne devrait pas se conformer aux directives des curateurs et curatrices blancs, mais produire son art de manière indépendante.

S’il est ici question d’« une » avant-garde, c’est pour faire référence à la diversité des mouvements féministes, pensés selon une approche intersectionnelle, tenant compte des différents types de discriminations dont de nombreuses artistes ont été et sont encore la cible, en raison de leur race, de leur classe ou de leur genre.

Mécanique générale, Parc des Ateliers : 35, Avenue Victor Hugo. 
Du 4 juillet - 25 septembre 2022

Yaël Braun-Pivet devient la première femme élue à la présidence de l’Assemblée nationale

C’est historique ! Le 28 juin 2022, Yaël Braun-Pivet est arrivée en tête du premier tour de l’élection pour la présidence de l’Assemblée nationale, avec 238 voix. Elle devient la première femme à accéder au perchoir.

La députée des Yvelines succède à Richard Ferrand et marque l’Histoire de la politique française en féminisant la présidence de l’institution.

Éphémère ministre des Outre-mer, Yaël Braun-Pivet a quitté ces fonctions pour être candidate de la majorité à la présidence de l’Assemblée nationale.

L’avocate de 51 ans et mère de cinq enfants, vient d’être élue présidente de l’Assemblée nationale. Elle est la première femme à accéder à cette fonction prestigieuse, devenant ainsi le quatrième personnage de l’État. « Enfin ! Pour la première fois de son histoire, l’Assemblée nationale sera présidée par une femme », venait de la féliciter M. Véran sur Twitter, avant l’annonce officielle du résultat.

Députée depuis seulement cinq ans, Yaël Braun-Pivet a commencé sa carrière d’avocate en droit pénal au barreau de Paris, avant de rejoindre celui des Hauts-de-Seine. Elle avait mis sa vocation entre parenthèses pour suivre son mari, cadre chez L’Oréal, sept ans à Taïwan et au Japon, et élever leurs cinq enfants.

Militante associative, elle lance le réseau « accès à la justice » et assure des permanences juridiques gratuites en 2014. Elle rejoint par la suite Les Restos du cœur par « souhait d’être utile » et dirige bénévolement l’antenne de Chanteloup-les-Vignes en 2015, avant de superviser la création du centre d’accueil de Sartrouville, dans lequel elle dirige une centaine de bénévoles. Elle quitte la vie associative lorsqu’elle se lance en politique en 2017, après avoir adhéré à « En Marche » fin 2016.

L’engagement politique de Yaël Braun-Pivet a débuté du côté du Parti socialiste, au début des années 2000. Novice, on pointe son « amateurisme ». Son poste est exposé et suscite des critiques, certains pensent même qu’elle l’a obtenu pour que la parité soit respectée. « J’ai déjà connu ces procès en incompétence pendant la campagne. Mais je me sens légitime à ma place », répond-t-elle à L’Obs.

Dossier – Des mères condamnées pour avoir voulu protéger leurs enfants de l’inceste paternel – Témoignages 2/2

A lire : « Comprendre comment des enfants peuvent être incestés en toute impunité en France en 2022 »

Quand la réalité dépasse la fiction. Être quitté par sa femme n’est jamais acceptable pour certains hommes.

On se croirait dans un film. Ces événements-là, ne se passent que dans des séries policières, pensons-nous. Pourtant, certaines femmes les vivent dès lors qu’elles décident de se séparer, parfois même d’un commun accord, de leur conjoint violent, manipulateur voire incesteur. Car, au pays des droits de l’homme, dans une culture où le père, l’aîné, le présentateur télé vedette a tout pouvoir sur la mère, le cadet, la jeune journaliste, être séparé de « sa » femme n’est pas acceptable, pour certains, même en 2022. Il n’est qu’à consulter les chiffres pour s’en convaincre. À l’heure où nous écrivons, ce 22 mai, ce sont 54 femmes qui ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint. À la fin de l’année, si nous comptons bien, elles seront près de 135, si rien ne change.

Mais place à ce que beaucoup imaginent être de la fiction.

Propos recueillis par Élodie Torrente

Ça se passe près de chez vous : l’histoire de Claire

« J’avais pour projet de la tuer, de l’enfermer dans le coffre et de déposer le camion à la casse, direction le compacteur. »

Claire1, 45 ans, mère de deux enfants nous raconte. Il y a plusieurs années de cela, alors qu’elle avait décidé avec son compagnon et père de ses jeunes enfants, Justine* 4 ans et Lucas* 2 ans, une séparation avec garde à la mère et droit de visite d’un week-end sur deux au père, Claire, après avoir été empoissonnée durant leur dernière année de vie commune, subit plusieurs agressions. Mais c’est dans la période de son déménagement, bientôt libre, qu’elle va être victime d’une tentative de meurtre. Engagée sur un rond-point, ce jour-là, elle est bloquée par une camionnette conduite par un inconnu qui en descend et la menace avec un démonte-pneu. Elle esquive les coups et parce qu’une automobiliste arrivée sur les lieux s’arrête et prend sa défense, l’inconnu range son arme et déguerpit. Grâce aux caméras qui surveillent l’endroit et au casier judiciaire déjà fourni, l’homme est identifié par la victime dans les fichiers de la Police Nationale. Malgré cette identification, les forces de l’ordre ne le retrouveront que des mois plus tard. Peut-être parce que le futur ex-conjoint de Claire, à la suite de l’agression et du dépôt de plainte, a surpris sa compagne disant lors d’une conversation téléphonique qu’elle avait reconnu l’agresseur sur les photos présentées par les policiers ? En tout cas, le lendemain de cet échange, le coupable avait quitté la ville et même la région. Il sera retrouvé pour d’autres faits bien plus tard et à des centaines de kilomètres du domicile de Claire. Il dira dans sa déposition : « J’avais pour projet de la tuer, de l’enfermer dans le coffre et de déposer le camion à la casse, direction le compacteur. » Autant dire que si son funeste dessein avait été mené à son terme, Claire n’aurait jamais été retrouvée. L’homme qui ne dévoilera pas son mobile sera condamné par la justice à 400 € de dommages et intérêts (sur les 4 000 € demandés), à quatre mois de prison ferme assortis de cinq ans de sursis. Quand on vous dit que la vie d’une femme ne vaut pas grande chose.

Une séparation difficile mais pas impossible

Claire en réchappe et parvient à se séparer malgré le comportement douteux de son ex-compagnon qui, du temps de leur vie commune avait demandé à une conseillère conjugale d’écrire une lettre destinée à interner celle qu’il disait vouloir garder auprès de lui. Au passage, monsieur vole ses économies à Claire, écrit des faux, ne respecte pas les modalités de garde des enfants. Malgré ces actes délictueux, la justice par le biais du juge aux affaires familiales oblige le maintien d’une garde à 50 % du temps pour chaque parent. Claire obtempère. Après tout, elle ne veut plus vivre avec lui mais il est le père. Il n’a jamais été question pour elle de l’empêcher de voir leurs enfants. Pour cette cadre supérieure, si le couple marital ne peut plus exister, le couple parental est légitime et primordial pour assurer le bon développement des enfants.

Un père violent, des alliés de poids

Mais un jour, tandis qu’il vient chercher Justine à l’école, la petite fille refuse de le suivre. Il l’insulte, la tire par les bras, les cheveux, l’enfant hurle, supplie devant tous et toutes, qui n’interviennent pas en dehors d’une conductrice qui tente de le calmer. Le père s’en prend alors à Claire en la frappant sur le haut du corps. Certaines mères de famille présentes à cette heure de sortie des classes tentent de faire entendre raison à ce père violent. La directrice de l’école qui assiste à la scène reste de marbre, comme si cette violence devant les enfants ne la concernait pas. La mère réussit à partir avec Justine et Lucas, traumatisés. Elle portera plainte. Pour prouver ses dires, Claire demandera les vidéos puisqu’une caméra, dirigée vers le parking, est installée sur le fronton de l’établissement. L’école, en la personne de sa responsable, refusera prétextant qu’elle était en panne le jour de l’altercation. Or, quand la plaignante demande à la mairie s’il est vrai que la caméra en question était hors-service, l’administration rétorquera que son matériel de vidéosurveillance est en bon état de fonctionnement dans toute la ville. La plainte de Claire sera classée sans suite.

Sabotages, usage de faux et défaut de pension alimentaire : isoler sa proie

Les sabotages de la voiture de Claire, de sa boîte à lettres avec vol de courrier, la violence envers les enfants, une fois la garde complète des Lucas et Justine en poche, imposent à la mère de famille de s’éloigner de son ex-conjoint à des centaines de kilomètres. Elle inscrit donc ses enfants dans l’école située dans sa nouvelle ville mais c’est sans compter sur l’ancienne directrice qui vraisemblablement a pris fait et cause pour le père et appelle son homologue pour que cette inscription soit refusée. Claire prouve par décision de justice qu’elle a bien la garde de ses enfants. Le nouvel établissement accepte Justine et Lucas. De son côté, le père paye la pension quand il en a le temps mais, même si elle ne travaille qu’à mi-temps, Claire est heureuse de voir ses enfants s’épanouir dans leur nouvelle vie. Elle ne l’attaque pas pour défaut de paiement de pension alimentaire. Les enfants sont en sécurité, se dit-elle, c’est le principal. Pourtant…

« Moi, j’aime pas quand on m’embrasse les fesses et après la bouche. »

Au retour des vacances de Noël 2 019 passées chez leur père, l’institutrice convoque la mère. Elle s’interroge. Le comportement des enfants est très différent depuis la rentrée. Inquiète, Claire les amène en consultation chez un psychologue, comme elle l’avait fait par le passé pour Justine, alors âgée de quatre ans et insomniaque. Là, le petit Lucas dessine des fesses et

déclare : « Moi, j’aime pas quand on m’embrasse les fesses et après la bouche. » À la fin de cette séance, il refuse de donner son dessin, fait une crise et part en courant. Quand Claire l’interroge plus tard, il confie : « Chez papa, je regarde des films d’horreur, il fait froid chez lui, il m’oblige à dormir tout nu. » Claire s’inquiète de ces déclarations mais sait qu’en vivant chez elle à plein temps, son fils est protégé.

« C’est là que le piège s’est refermé sur moi. Là, j’ai été fichée dès l’appel. ».

Des semaines plus tard, alors qu’ils sont chez leur père pour les vacances, les enfants appellent Claire. Au téléphone, après que la mère lui a demandé si ça va, Lucas répond : « Ben papa m’a mis le zizi sur le visage. » Sur cette déclaration, elle entend son ex-conjoint derrière l’enfant crier « Tais-toi, tais-toi ! » puis le silence d’un appel raccroché brutalement. La mère rappelle, très inquiète. Elle demande des précisions à Lucas qui redit : « Papa me met ses fesses sur le visage. » Le père arrache alors le téléphone, insulte la mère. Claire en parle à son entourage qui lui conseille de contacter le 119. Elle nous dira à ce moment de son récit : « C’est là que le piège s’est refermé sur moi. Là, j’ai été fichée dès l’appel. ». En revanche, malgré son signalement, personne ne la recontacte.

« Lui aussi, on lui a fait ! Il est obligé de le faire à ses enfants car s’il le fait aux autres enfants, les autres parents vont le tuer. »

Trois mois plus tard, tandis qu’elle est avec son fils sur une aire de jeu, Lucas touche le zizi du copain avec qui il jouait. Claire lui ordonne d’arrêter mais il recommence. Lorsqu’elle se lève pour lui dire que ça ne se fait pas, que c’est interdit, l’enfant rétorque, en colère : « Ah bon, alors pourquoi papa il le fait ? » avant de se blottir dans les bras de sa mère et de tout lui raconter. Elle pleure, tremble en pensant à mon fils de cinq ans tout seul aux mains de ce prédateur, nous confiera-t-elle le souffle coupé par l’émotion toujours aussi vive des années après. Plus tard, ahurie par les déclarations de son fils, elle va trouver sa fille, la jeune Justine qui n’ose pas parler et prend la défense de son père. « Lui aussi, on lui a fait ! Il est obligé de le faire à ses enfants car s’il le fait aux autres enfants, les autres parents vont le tuer. » Claire comprend alors que ses deux enfants sont victimes d’inceste, que le père parvient à leur faire peur, à les culpabiliser et les oblige ainsi à se taire. Claire est perdue. Elle ne sait pas à qui confier ces horreurs car malgré ses appels au 119, personne ne l’a rappelée.

Une plainte mais pas deux

Elle téléphone au commissariat dont un des agents lui demande de venir en urgence. Elle s’y rend accompagnée de son fils. Une audition Mélanie2 est décidée. Mais les moyens donnés à la police étant ce qu’ils sont, Lucas sera entendu par des hommes, des policiers en civil, aucun jouet ne lui sera prêté et l’interrogatoire sera très rude pour l’enfant. Quant à Justine, le lendemain, pourtant prête à tout dire, elle n’aura pas l’occasion de parler. Les policiers refusent la présence de Claire à ses côtés pendant l’audition. La petite, apeurée par les menaces de son père, ne veut pas déposer sans sa mère. Claire voit, de la part des forces de

l’ordre, un moyen d’éviter un second dépôt de plainte. Dès la fin de la déposition de Lucas, les policiers conseillent fortement à Claire de ne pas présenter les enfants au père pour les prochaines vacances.

« Ne vous culpabilisez pas, ce n’est pas vous la coupable, c’est lui. »

Les enfants et leur mère sont reçus ensuite, pendant une heure chacun, par un psychologue judiciaire. Dans ce cabinet, Claire se remémore les problèmes de sommeil de Justine, son envie de mourir quand elle avait quatre ans qui l’ont amenée à consulter un psychologue et comprend que les agressions sexuelles ont dû commencer à cette époque où elle vivait encore avec son ex-conjoint qui au même moment la droguait à son insu. Elle s’écroule, culpabilise de n’avoir rien vu et rien fait en dehors du fait d’amener sa fille en consultation dans un CMPP. La psychologue la réconforte : « Ne vous culpabilisez pas, ce n’est pas vous la coupable, c’est lui. Vos enfants vous parlent. C’est rarement le cas. Allez voir un psy, faites tout ce que vous pouvez et coupez tout lien avec ce malade. » Claire décide de suivre ses conseils. Le soir de cet entretien, Justine qui depuis longtemps et à sa demande, dormait avec un slip et une combinaison, s’endort dans son lit chez sa mère torse nu.

En attendant une expertise légale

Même si le 119 ne rappelle jamais Claire malgré plusieurs signalements, lors de son premier appel l’enfance en danger lui indique de demander une expertise chez un médecin légiste. Or, pour qu’un médecin assermenté puisse expertiser une victime, il faut une autorisation de la police et une plainte. Justine n’ayant pas été entendue, l’expertise ne peut avoir lieu. Claire attend donc que l’enquête par suite de la plainte de Lucas mette en examen le père incestueur pour qu’une expertise soit diligentée.

Une ordonnance de conciliation et une mesure d’AEMO

Pendant ce temps, une conciliation est ordonnée entre les deux parents. Le juge aux affaires familiales reconvoque Monsieur et Madame afin de statuer sur les modalités de garde. Claire s’offusque et demande au magistrat pourquoi une telle décision alors que le père est coupable ? La seule réponse qui lui sera faite résidera dans une mesure d’AEMO (Action Éducative en Milieu Ouvert) ordonnée par le juge des enfants à cause de la plainte. Dès lors, au motif qu’il y a un conflit parental, Claire a un droit de visite médiatisée d’une fois par mois tandis que le père se voit octroyer le même droit mais tous les quinze jours. Les enfants sont violés ? Peu importe ! Le principal, c’est de protéger le lien familial, quitte à détruire les enfants à vie.

Le policier dira à la fillette « Faut te défendre, Justine. »

Dès la première séance en milieu ouvert, le gentil papa « pelote » sa fille dans la cour des services sociaux devant tout le monde. Personne n’intervient. Quand Justine le confie le soir à sa mère, l’avocat de Claire conseille de porter plainte. Ce qu’elle fait. Au commissariat, Justine accepte de parler seule. Pour toute réponse à son traumatisme, le policier dira à la fillette « Faut te défendre, Justine. » Comme si une fillette de sept ans pouvait se défendre contre un adulte, son père, cette autorité qu’elle a appris à respecter et qu’elle aime comme tout enfant. À la suite de cette audition, la petite fille libérée s’épanouit chez sa mère. Timide et introvertie depuis toujours, elle intègre même le spectacle de l’école.

« Ne vous inquiétez pas, vous avez la garde, rien ne peut leur arriver. »

Une expertise psychiatrique a enfin lieu. Les enfants racontent, dénoncent pendant vingt minutes chacun. Quand Claire demande ensuite pourquoi le monstre n’est pas en prison, les policiers se veulent rassurants : « Ne vous inquiétez pas, vous avez la garde, rien ne peut leur arriver. » Pourtant, ils ne veulent pas enregistrer les autres preuves. Et le pire arrive.

Quand la mère est jugée aliénante, le père incestueur obtient tout pouvoir

Les mois défilent, l’audience auprès du juge des enfants s’annonce. Le père, absent, est représenté par son avocat. Claire est là, bien décidée à protéger Lucas et Justine de la lourde menace qui pèse sur eux. Mal représentée par un avocat venu en dilettante qui s’est préalablement entendu avec la partie adverse et le juge des enfants, ce conseil, le sien, ne lui octroie que cinq minutes pour lire les conclusions. À son grand désarroi, elle n’en aura pas le temps. La juge des enfants inhabituellement assistée du juge aux affaires familiales invoque l’aliénation parentale dans laquelle Claire se trouverait. Les magistrates la désignent comme une mère histrionique, ce que confirment la partie adverse et les conclusions des expertises diligentées par le juge des affaires familiales. Claire argumente, sort les expertises psychiatriques, les plaintes, les confirmations des enfants. Elle demande un report afin de pouvoir lire les conclusions. Aucune pièce du dossier, aucune demande n’y fait. Les juges en sont convaincus. C’est une mère aliénante, le conflit parental est important, il faut protéger les enfants de cette femme. Claire comprend qu’un piège inimaginable est en train de se refermer sur elle et sur ses enfants.

Des enfants en danger

Le soir même, Claire raconte que « les enfants sentent et ne veulent plus aller à l’école ». Et pour cause. Dans les jours qui suivent, elle est convoquée au commissariat. Le grand-père paternel des enfants a porté plainte contre elle pour diffamation. Coincée à l’hôtel de police pendant deux jours, elle sera ainsi empêchée d’être à l’école en début d’après-midi de ce jeudi-là où, même si le jugement qui donnera la garde au père n’a pas encore été prononcé, il le sera en fin d’après-midi, son ex-conjoint soutenu par les services sociaux et les gendarmes traîne sa fille par terre et récupère son fils. Prévenue par l’appel téléphonique d’une maman, Claire arrive en urgence. Justine supplie sa mère de la protéger. Les forces de l’ordre la somment de ne pas intervenir sinon ils l’arrêtent. Claire essaye de faire bonne figure pour ne pas stresser ses enfants encore plus et notamment Justine qui hurle encore et toujours qu’elle ne veut pas y aller. Entourée par les services de l’État censés les protéger, contrainte et forcée, elle laisse partir Lucas et Justine avec le père, ce pédocriminel qui, grâce aux dysfonctionnements et à l’aveuglement de la Justice, pourra « jouir » dans ses enfants en toute impunité.

Deux ans plus tard

Malgré l’enquête de la police qui démontre que le père est coupable, le juge aux affaires familiales refuse d’entendre et laisse les enfants au père. Depuis plus de deux ans, il a la garde complète. Claire est en attente d’une nouvelle date d’audience avec le juge aux affaires familiales. Depuis le printemps 2021, elle n’a droit qu’à une visite médiatisée par mois d’une durée de deux heures. Punie pour avoir été soutenue par un collectif de maman sur Internet, sans en être à l’origine, elle fait 1 200 kilomètres aller-retour pour voir ses enfants deux

petites heures par mois. L’enquête de viol a été classée sans suite. Elle est condamnée à ne pas porter plainte de nouveau malgré l’inceste à répétition sur ses enfants car à la dernière audience, le juge aux affaires familiales a été très clair : « J’espère que vous stoppez la plainte sinon vous ne reverrez jamais plus vos enfants. »

Et les enfants maintenant ?

Lors des premières visites médiatisées, Lucas et Justine, âgés maintenant et respectivement de 9 et 11 ans, étaient très fermés, absents, comme s’ils étaient ailleurs. Claire les décrit comme s’il n’y avait plus aucune étincelle de vie dans leurs yeux, ressemblant à des robots. Progressivement, au fur et à mesure des visites, ils se sont ouverts à leur mère, ont été plus dans le contact. Justine semble recouvrir une certaine humanité, de la complicité et vouloir se confier de nouveau à Claire. Depuis l’âge de huit ans, elle est consciente que sa mère est punie pour avoir voulu les protéger tandis que Lucas, plus petit, sous emprise du père et de l’ex-belle famille, pense que sa mère a fait quelque chose de mal. L’inceste et la violence du père sont des sujets tabous entre la mère et les enfants. À chaque entretien, Lucas et Justine demandent toutes les cinq minutes combien de temps il leur reste encore ensemble à cette séance, ils sont collés à elle et quand elle repart, contrainte et forcée, elle sent une tristesse horrible les envahir tous les trois. 


D’une ordonnance de protection à la perte de la garde : le cas de Marie et de ses trois enfants

Propos recueillis par Élodie Torrente Coarasa

Marie est une maman de trois garçons âgés respectivement de 3, 7 et 10 ans au moment des faits. Cette mère de famille qui a souhaité se séparer de son conjoint qu’elle estime « manipulateur » à la suite de violences psychologique et sexuelle, nous raconte le même genre d’histoire, tentatives d’empoisonnement et de meurtre en moins.

Une information préoccupante et une ordonnance de protection

Tout commence quand Gabin*, l’aîné de Marie, confie à son institutrice qu’il est victime d’inceste de la part de son père. À la suite de cette déclaration en milieu scolaire, une information préoccupante est lancée. Deux semaines plus tard, le juge des enfants est saisi. Il n’en faut pas plus au père pour qu’il prenne ses affaires et quitte, sans l’annoncer, le domicile conjugal. Marie se retrouve seule avec ses trois fils. Aussitôt alerté, le juge aux affaires familiales prononce une ordonnance de protection. Le père redevient gentil, se calme, la mère qui a peur de lui et de ses couteaux dont il fait la collection, arrange les choses, lui laisse récupérer ses affaires et voir les enfants.

Mais une mesure d’AEMO malgré tout

Comme le juge aux affaires familiales, alerté par le juge des enfants, estime ces derniers sont en danger au contact du père et que la mère doit être aidée, une mesure d’AEMO (Assistance Educative en Milieu Ouvert) est fixée. Une expertise psychologique est réalisée chez les deux parents. La conclusion des experts montre que les enfants sont en danger chez le père et chez la mère, que ces derniers devraient gérer le conflit parental dans l’intérêt des enfants, ce en quoi la mesure AEMO devrait les aider. À ce stade de la procédure, l’ordonnance de protection censée protéger Marie et ses enfants de cet ex-conjoint violent et incesteur semble être déjà tombée dans les oubliettes.

Un père qui se victimise

Lors d’une rencontre avec une psychologue intervenant dans le cadre d’une AEMO, Marie confie que son ex-conjoint boit beaucoup d’alcool, qu’elle en a peur notamment parce qu’il est addict aux couteaux. Le père déclare de son côté qu’il est une victime de sa conjointe, qu’elle est perverse, violente et manipulatrice, qu’elle frappe les enfants. Les enfants sont entendus. Ils déclarent : « Tout va bien chez papa et y a juste une fois où il nous a frappés et c’est à cause de maman parce qu’elle ne faisait pas assez à manger, pas bien les courses. » Si l’expert relève chez la mère un stress post-traumatique et une discordance émotionnelle, le père pleure beaucoup pendant la séance ce qui lui vaudra d’être considéré dans le rapport comme la victime alors qu’il a surtout dit qu’il était la victime sans en apporter la preuve. Cette expertise sera systématiquement reprise tout au long de la procédure.

Un éducateur malveillant envers la mère protectrice

L’AEMO induit également la présence d’un éducateur qui vient chez Marie toutes les semaines ; le professionnel la menace de rapport contre elle dès qu’elle parle des violences qu’elle a subies. Un jour, il la convoque dans son bureau afin de lui ordonner une médiation en lui signifiant bien que si elle refuse, son rapport sera en sa défaveur. Malgré la menace, elle refuse la médiation car elle sait d’avance que ça n’aboutira à rien avec ce conjoint manipulateur et violent. Après tout, elle bénéficie d’une ordonnance de protection.

La garde complète accordée au père incesteur   

Tandis qu’elle a la visite régulière des services de l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance), le père qui vit à l’autre bout de la France ne sera convoqué par une éducatrice que deux fois en un an. Une année, cette année-là, c’est le laps de temps qu’il faudra pour être convoqué par le juge des enfants. Pour cette rencontre, l’éducateur en charge de la mère rédige un rapport mitigé où il évoque le conflit parental duquel elle ne serait pas sortie. Le père de son côté réclame la garde. L’avocate de Marie rappelle l’ordonnance de protection. Pourtant, le juge statue. La garde complète est octroyée au père avec un droit de visite d’un week-end sur deux à la mère qui vit à plusieurs centaines de kilomètres de là. Marie fait appel de la décision. Malgré les violences, les alertes de l’école, les juges confirment le conflit parental et au prétexte de ne pas redéplacer les enfants, ordonnent une médiation.

Des coups et blessures constatés sur le plus jeune des enfants

Puis, lors d’un week-end, Marie constate que Paul *, le plus jeune, âgé de 5 ans et demi, est très violent avec elle. Au début, elle en parle aux éducateurs mais comme ils invoquent encore et toujours le conflit parental, elle finit par se taire. À la fin de cette année-là, le même enfant arrive chez sa mère pour le week-end couvert d’hématomes de la tête aux pieds. Paul dénonce son père, ses frères aînés qui le frappent. Le lendemain, Marie contacte SOS Médecin. Un généraliste se déplace. Il faut amener l’enfant à l’hôpital. Paul est vu par trois médecins qui prennent des photos. L’enfant dit, en montrant les différents hématomes : « Là, c’est papa, là c’est Jean*, là c’est Gabin, mes deux grands frères. » Des radios sont prises. Paul reste toute la journée du samedi à l’hôpital. Le dimanche, Marie hésite à ramener l’enfant chez le père. Par peur de ne plus le protéger au moins un week-end sur deux, elle prend la route et le dépose chez le père malgré l’envie de lui éviter d’autres supplices. Personne ne veut la croire depuis le début, il n’y a aucune raison pour que ça change, pense-t-elle.

« Si vous ramenez votre fils au père c’est contre vous que l’on fait une information préoccupante… »

Un mois plus tard, pendant le week-end chez sa mère, quand Marie dit à Paul qu’il rentre le lendemain chez son père, le petit garçon fait une crise de nerfs puis, une fois calmé, lui confie : « Mais maman, papa me touche aussi les fesses et le zizi. » Aussitôt, elle ramène l’enfant à l’hôpital. Des photos sont faites, un rapport psychiatrique est réalisé. Les médecins décident de garder Paul pour la nuit. Quand le lendemain Marie annonce qu’elle doit ramener l’enfant au père, les soignants la menacent : « Si vous ramenez votre fils au père c’est contre vous que l’on fait une information préoccupante pour non-assistance à personne en danger. » Elle garde son fils, soulagée pour lui, bien que stressée par les conséquences. Qui ne tardent pas à venir.

Une plainte pour non-représentation d’enfant : le procureur ordonne à la mère de confier l’enfant au père incestueur.

Le lundi, le père porte plainte pour non-représentation d’enfant. Le mardi, elle reçoit une lettre recommandée du juge dans laquelle est mentionnée la perte de tous ses droits de visite et d’hébergement. Elle va au commissariat avec Paul pour déposer une plainte. L’enfant est entendu dans le cadre d’une audience Mélanie. Le mercredi, l’éducateur lui téléphone en lui ordonnant de ramener l’enfant au père, l’accuse d’avoir mis ces histoires dans la tête de son enfant, qu’elle l’a manipulé, qu’il y a conflit parental. Marie nous confiera à ce propos : « Pourtant je les ai appelés pour qu’il vienne à l’hôpital les deux fois et jamais ils ne se sont déplacés. » Le dimanche suivant de cette semaine très mouvementée, un policier appelle Marie. Elle doit confier l’enfant au père sur ordre du procureur de la République. C’est lors de ce week-end que les deux autres enfants de la fratrie avouent avoir frappé souvent leur frère tout en protégeant le père et en suppliant Marie : « S’il te plaît maman, ne nous ramène pas. » Détruite et angoissée pour eux, elle les dépose chez son ex-conjoint sinon, elle le sait, ils ont tous été très clairs, elle ira en prison.

Comme pour Claire, les services sociaux et la justice sourds aux violences sexuelles et accrochés au conflit parental.

L’hôpital fera trois informations préoccupantes. Les forces de l’ordre ont enregistré les plaintes. Malgré cela, les services sociaux et la justice resteront sourds et accrochés au conflit parental. De fait, pour avoir voulu protéger son fils, Marie passera six mois sans revoir ses fils, qui, pendant trois mois de confinement ont été enfermés avec le père violent et incesteur. En juin, elle aura enfin le droit de les rencontrer en milieu médiatisé, au parloir, comme elle appellera ce lieu froid et surveillé.

« Oui, mais Madame, même si c’est vrai qu’il a dit ça, c’est vous qui avez mis ça dans la tête de vos enfants. ».

Quand elle est de nouveau entendue par le juge des enfants et qu’elle évoque l’inceste, le magistrat lui répond : « Oui, mais Madame, même si c’est vrai qu’il a dit ça, c’est vous qui avez mis ça dans la tête de vos enfants. ». Elle comprend alors qu’il vaut mieux se taire. En milieu médiatisé où elle se rend deux fois, les éducatrices font un rapport en faveur de Marie attestant qu’elle n’est pas dans le conflit parental. Malgré cela, le même juge recommande de placer les enfants pendant les deux mois d’été, loin des parents afin de les éloigner du conflit parental. Il assortit sa recommandation d’une interdiction de tout contact. La voilà « désenfantée ». Fin août, tandis qu’elle espère les retrouver, l’Aide Sociale à l’Enfance téléphone à Marie. Le juge a ordonné un placement d’un an avec droit de visite pour la mère et le père en milieu médiatisé une fois par mois. Marie est punie, toujours au prétexte du conflit parental. La fratrie est séparée. Il faudra attendre un an pour qu’un nouveau juge des enfants en charge de son dossier lève le placement. Dès lors et parce qu’elle ne dénonce plus rien, elle retrouve depuis ses droits petit à petit.

Et les enfants après ça ?

Comme on s’en doute, ils ne vont pas bien. À quinze ans, Gabin l’aîné est en échec scolaire mais d’après l’éducateur c’est parce que l’adolescent n’aime pas l’école et d’ailleurs ce n’est pas grave. Il est violent avec ses deux frères mais respecte sa mère. Jean, le cadet âgé de douze ans est énurétique, très violent à l’école, provoque et insulte les élèves comme ses professeurs malgré de bons résultats scolaires. Dans les escaliers du collège, il dessine des phallus et mime des fellations dès qu’il mange une saucisse. Avec sa mère, il est très protecteur. Quant à Paul, le plus jeune, il ne quitte pas sa mère d’une semelle, hurle toujours quand il faut rentrer chez le père mais d’après les éducatrices c’est parce qu’il est capricieux ; Marie devrait d’ailleurs faire attention à ces caprices. N’empêche, à maintenant huit ans, en pleine période d’élection, Paul a confié l’autre jour à sa mère : « Dans dix ans, je voterai dans ta région. » Preuve qu’à sa majorité, enfin libre, il ne se voit pas vivre à côté de son père.

Une mère condamnée à se taire pour voir ses enfants.

D’ailleurs, les trois garçons ont demandé à résider chez leur mère. Le juge des enfants a refusé une nouvelle fois. Quant au juge aux affaires familiales, malgré la longue lettre écrite par Gabin quand il avait treize ans, la réponse a été négative toujours pour la même raison : c’est la mère qui lui a mis ça dans la tête. Et Marie ? Condamnée à se taire, elle attend que ses fils grandissent, consciente que leur enfance est brisée. Elle n’a pas le choix si elle veut conserver l’autorisation de leur offrir du répit, ne serait-ce qu’un week-end sur deux. Comme beaucoup de mères séparées qui veulent protéger leurs enfants de conjoints violents ou incesteurs, elle est pieds et poings liés par un mythe relayé par la justice, certains experts et les services sociaux : le pseudo-syndrome d’aliénation parentale.

1 Afin de respecter l’anonymat et la sécurité des personnes qui ont accepté de témoigner, nous avons modifié leur prénom et ceux de leurs enfants. 

2 Du prénom de la première fillette qui en a bénéficié, cette procédure adaptée aux enfants est menée par des officiers habillés en civil. Elle se tient dans une salle équipée de caméras et de micros pour éviter de devoir entendre une nouvelle fois l’enfant par la suite et, de fait, l’obliger à revivre le traumatisme. Décorée comme une chambre d’enfant, on y trouve des poupées, des puzzles anatomiques afin que les plus jeunes puissent montrer et nommer les parties du corps qu’ils connaissent et ce qu’ils ont subi. Un pédopsychiatre se tient dans une salle de contrôle près de la salle d’audition afin de surveiller et d’interpréter le comportement de l’enfant. 

Dossier – Des mères condamnées pour avoir voulu protéger leurs enfants de l’inceste paternel 1/2

Lire les témoignages 2/2

« Aidez-nous, sauvez nos enfants. »

Elles sont des centaines ces mères en lutte dont la seule ambition est de protéger leurs enfants de pères incestueurs. Elles hurlent, dénoncent, portent plainte mais prises au piège du pseudo-syndrome d’aliénation parentale dont la justice les accuse, elles perdent la garde au profit du père violent et incestueur.

Qu’elles s’appellent Sandrine, Latifa, Joëlle, Claire ou Marie1, toutes racontent un parcours impossible pour protéger leurs enfants d’un ex-conjoint animé d’une haine d’avoir été quitté au point de se venger sur les corps de ceux qu’ils ont vu naître, quand ils n’ont pas eu des relations incestueuses avant, provoquant ainsi la séparation.

Ils sont nombreux ces enfants qui, après la rupture, profitent d’être en sécurité chez leur mère pour dévoiler l’inceste et demander à ne plus aller chez leur père. Ils sont des centaines à être obligés de s’y rendre malgré les signalements de l’école, le dépôt de plainte dans le cadre d’une procédure Mélanie2, les preuves médicales et psychologiques de violences sexuelles qu’ils subissent le week-end ou pendant les vacances chez papa. Et ils sont tout autant à se retrouver ensuite à plein temps chez celui qui les viole ou les agresse sexuellement parce que la justice et les services sociaux refusent de prendre en compte leur parole, estimant qu’ils sont sous l’emprise d’une mère aliénante.

Un rapport circonstancié de la CIVISE pour arrêter le massacre

La Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants (CIVISE) mandatée par une lettre de mission signée par Adrien Taquet le 23 janvier 2021 et coprésidée par le juge Édouard Durand et Nathalie Mathieu, a fait de ce phénomène préjudiciable pour les enfants et donc la société dans sa totalité, l’objet de son premier avis, le 27 octobre 2021.

Dans À propos des mères en lutte, la CIVISE atteste que des centaines de femmes les ont contactés pour porter à leur connaissance des plaintes déposées à la suite de révélations par leur(s) enfant(s) de violences sexuelles de la part du père et qui, malgré les preuves, ont vu ces accusations se retourner contre elles et ceux qu’elles veulent protéger.

Des pères manipulateurs qui utilisent le système pour incester leurs enfants en toute impunité

Afin de comprendre ce phénomène qui consiste à faire taire les mères et leurs enfants, nous avons rencontré deux femmes, Claire et Marie, respectivement maman de deux et trois enfants incestés par leur père, toujours manipulateur, parfois violent.

De leur parcours au moment de la séparation à la perte de la garde de leurs enfants, nous avons recueilli leurs témoignages. Leur parole a mis en évidence une stratégie identique de la part de l’agresseur, un père souvent reconnu dans le milieu où il évolue et qui, en accusant la mère d’être dans le conflit parental et d’aliéner ses enfants contre lui, connaît les moyens de faire taire celle qui l’a quitté et ses enfants, ceux qui lui doivent respect et obéissance.

La stratégie de l’agresseur

Car si chaque histoire est particulière, la stratégie de l’agresseur est toujours la même, comme le souligne la CIVISE : isoler sa proie (Je ne savais pas à qui en parler, raconte Claire), créer un climat de peur (la pression subie par Claire, la présence des couteaux dans le domicile de Marie), passer à l’acte (récupérer les enfants de force en utilisant la violence, comme le vit la maman de Lucas et Justine), inverser la culpabilité (Il est obligé de le faire à ses enfants car s’il le fait aux autres enfants, les autres parents vont le tuer », confie la petite Justine à propos de son père), imposer le silence (Depuis que je me tais, j’obtiens de nouveau des droits, nous relate Marie), rechercher des alliés (les grands-parents, la directrice d’école pour l’ex-conjoint de Claire, les éducateurs, la psychologue pour celui de Marie) et assurer son impunité (en accusant la mère de conflit parental pour s’attribuer les bonnes grâces des juges).

Dans un tel contexte, au sein d’un pays où la culture du viol n’est plus à démontrer, si une mère ou un enfant dénonce un viol ou une agression sexuelle incestueuse, la victime est renvoyée dans son silence par les institutions en arguant que face aux dénégations de l’agresseur, c’est parole contre parole. Quand, en plus, le syndrome d’aliénation parentale (SAP) s’invite dans les têtes des magistrats, il devient impossible de protéger ses enfants.

Au nom du pseudo-syndrome d’aliénation parentale 

Inventé aux États-Unis en 1985 par le docteur Richard Gardner, l’aliénation parentale accrédite l’idée selon laquelle dans la plupart des séparations conflictuelles, le parent qui vit avec l’enfant, bien souvent la mère, « monte » l’enfant contre le père, afin que l’enfant refuse de le voir. Cette théorie n’a, à ce jour, jamais été reconnu par la communauté scientifique et a fait l’objet, en 2019, dans le rapport du GREVIO3 du Conseil de l’Europe, d’une alerte auprès des autorités françaises sur l’impact néfaste pour la protection de l’enfance de la diffusion de ce concept dans les pratiques des professionnels. Si en Espagne des mesures ont été prises en juin 2021 pour

empêcher l’utilisation de ce « SAP » par des professionnels, en France il est encore et toujours en vigueur dans les décisions de la plupart des professionnels, qu’ils soient magistrats, experts psychiatriques ou professionnels de l’enfance malgré la résolution du 6 octobre 2021 du Parlement européen faisant part de sa préoccupation sur le recours fréquent à ce pseudo-syndrome qui empêche de prendre en compte le témoignage des enfants et les risques de violences auxquels ils sont exposés

Une note d’information du ministère de la Justice ignorée par les magistrats

Pourtant, dès juillet 2018, grâce à l’action de Mme Laurence Rossignol alors ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes, une note d’information a été mise en ligne par le ministère de la Justice afin d’« informer les magistrats du caractère controversé et non reconnu du syndrome d’aliénation parentale, les inciter à regarder avec prudence ce moyen lorsqu’il est soulevé en défense et leur rappeler que d’autres outils sont à leur disposition en matière civile. » Il faut croire que la plupart sont restés sur la théorie infondée du SAP enseignée pendant des années à l’École Nationale de la Magistrature car, pour Claire, Marie et tant d’autres cette fausse théorie a mis en danger leurs enfants en invisibilisant et laissant faire les violences sexuelles dont ils sont encore victimes, en condamnant le parent protecteur et ce, bien après cette alerte du ministère de la Justice.

Une fausse théorie relayée par des experts masculinistes

De SOS Papa à certains experts en vogue : utiliser l’image du père aimant pour manipuler l’opinion contre les mères dites aliénantes

Des professionnels de renom tels que le docteur Bensussan, un psychiatre sexologue, expert depuis 1996 auprès de la cour d’appel de Versailles dont le texte remarqué, publié en 1999, Inceste, le piège du soupçon, lui permettra de développer ses thèses sur les fausses allégations d’abus sexuels des enfants, sévissent encore dans les prétoires, non sans rallier d’autres spécialistes. Le Dr Benssussan, d’ailleurs invité dès 1999 par SOS papa, une association masculiniste qu’il défend et dont les coups d’éclats sont largement relayés par la presse, devient une caution d’envergure au point de voir des juges rejoindre le mouvement. Pourtant, l’auteur réalisateur Patric Jean, dans son enquête choc au nom évocateur, La loi des pères, publiée en 20204 et pour laquelle il a infiltré les groupes masculinistes, démontre qu’« Une rapide enquête aurait pu montrer que l’homme [membre de SOS Papa qui a escaladé une grue en 2013 à Nantes] avait perdu le droit de garde, le droit de visite, ainsi que son autorité parentale, ce qui est très rare et implique des faits gravissimes. L’opinion aurait découvert qu’il avait en effet enlevé, avec violence, son propre fils pendant deux mois et demi. Et qu’il serait pour ces faits condamné à quatre mois de prison ferme. » Il faut souligner que cela fait de belles images pour défendre la mythologie sur la famille, ces pères qui réclament, au prix de leur vie, la garde de leur enfant. Quitte à condamner la mère protectrice sous prétexte d’une aliénation et

d’un conflit provoqué par les violences et l’inceste et, ce faisant, laisser se perpétuer des viols et des violences sur des enfants.

Des idées reçues infirmées par les statistiques

Pourtant, les études scientifiques démontrent (et notamment celle de 2005 réalisée par Trocmé et Balla) que sur 7 672 dossiers de maltraitance sur enfants, la mère n’est l’auteur des dénonciations que dans 7 % des cas et qu’elle ne commet une dénonciation intentionnellement fausse que dans 2 % des cas. De fait, la CIVISE estime après avoir croisé les enquêtes Contexte de la sexualité en France et Cadre de vie et sécurité que chaque année 160 000 enfants subissent des violences sexuelles et que 22 000 d’entre eux sont victimes de leur père. D’après l’enquête VIRAGE de l’INED, les victimes ayant été violées dans leur enfance désignent leur père dans 14 % des cas pour les filles et 10 % pour les garçons. Enfin, si le service statistique de la Justice ne dispose pas de données permettant d’isoler le nombre de poursuites relatives à des incestes paternels, nous savons qu’en 2020 seuls 1 697 personnes ont été poursuivies pour viols incestueux ou agressions sexuelles sur mineur quel que soit le lien de parenté avec la victime et qu’en 2018, seules 760 personnes ont été condamnées pour l’une ou l’autre de ces infractions. Ça en fait des pères qui échappent aux poursuites et à la condamnation.

La vérité ne sort plus de la bouche des enfants depuis l’affaire d’Outreau 

Il faut dire que ce pseudo-syndrome d’aliénation parentale associé au déni de la parole des enfants (induit par le fiasco judiciaire de l’affaire dite d’Outreau) favorisent largement la stratégie de l’agresseur.

C’est ainsi qu’on parvient à un nombre aussi effrayant d’enfants incestés par leur père chaque année. Que des mères luttent et hurlent sans être entendues. Que dans 80 % des cas, ce sont ces mêmes mères, comme en témoignent Claire et Marie, qui sont condamnées pour non – représentation d’enfant (d’après une étude de 2019 du ministère de la Justice) alors que beaucoup d’entre elles et de leurs enfants dénoncent, preuves à l’appui, des actes interdits par la loi. En conséquence, des enfants grandissent dans la haine de la Justice, de la société au nom de la protection de l’enfance qui ne fait rien pour les protéger. Pire qui les envoient subir des viols, des agressions sexuelles et des violences chez leur père pour préserver un lien parental à conserver coûte que coûte. N’en doutons pas, ceci nous coûte.

Des propositions concrètes pour protéger les mères et les enfants d’un père incesteur

Les recommandations de la CIVISE

Malgré ces amers constats, nous conservons un espoir grâce aux travaux de la CIVISE qui, pour en finir avec le déni de la réalité des violences sexuelles faites aux enfants et la présomption de culpabilité des mères recommande :

  • D’assurer la sécurité de l’enfant dès les premières révélations de viol, d’agressions sexuelles incestueuses en suspendant de plein droit l’autorité parentale, les droits de visite et d’hébergement du parent poursuivi pour ces actes,
  • D’assurer la sécurité du parent protecteur en suspendant les poursuites pénales pour non-représentation d’enfants contre un parent lorsqu’une enquête pour pratiques incestueuses est en cours contre l’autre parent,
  • D’assurer enfin la sécurité durable de l’enfant et du parent protecteur en prévoyant dans la loi le retrait systématique de l’autorité parentale en cas de condamnation d’un parent pour des violences sexuelles contre son enfant.

Un espoir mitigé

Si Emmanuel Macron a déclaré le 23 janvier 2021 : « Vous n’êtes plus seul.e.s, on vous croit. » et a donné les moyens à la CIVISE de mener ses enquêtes, force est de constater que les avis de la Commission n’ont pas encore été concrétisés par des mesures notables. De fait, l’espoir de voir ces recommandations aboutir reste mitigé dans le contexte actuel où l’Ordre des médecins n’est pas favorable à une obligation de signalement, où tant de ministres sont mis en cause pour viol, agressions sexuelles, violences conjugales ou parce qu’ils ont tenu des propos sexistes. Surtout quand en plus, lors du procès d’Outreau, l’avocat qui a défendu la thèse selon laquelle on ne pouvait décidément pas prendre en compte la parole de l’enfant a été récemment reconduit comme ministre de la Justice.

Pourtant, une société qui ne protège pas ses enfants est une société vouée à s’éteindre. Nos dirigeants, nos magistrats et tous ceux qui refusent de voir cette réalité feraient bien de s’engager au côté des mères protectrices et de défendre l’avenir que sont nos enfants notamment aux côtés du collectif Enfantiste (dont la première manifestation se tiendra ce vendredi 10 juin à Paris) plutôt qu’un lien paternel qui se révèle dans certains cas dévastateur et assurément nocif pour tous. Ne l’oublions pas. L’injustice crée les injustes. Et les violences sociales qui vont avec.

1  Afin de protéger l’anonymat des personnes qui ont accepté de témoigner, tous les prénoms ont été modifiés.

2  Du prénom de la première fillette qui en a bénéficié, cette procédure adaptée aux enfants est menée par des officiers habillés en civil. Elle se tient dans une salle équipée de caméras et de micros pour éviter de devoir entendre une nouvelle fois l’enfant par la suite et, de fait, l’obliger à revivre le traumatisme. Décorée comme une chambre d’enfant, on y trouve des poupées, des puzzles anatomiques afin que les plus jeunes puissent montrer et nommer les parties du corps qu’ils connaissent et ce qu’ils ont subi. Un pédopsychiatre se tient dans une salle de contrôle près de la salle d’audition afin de surveiller et d’interpréter le comportement de l’enfant. 

3  Groupe d’experts sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique

4  Éditions du Rocher

L’association “Au bout du fil” propose d’aider à rompre l’isolement des séniors

L’association propose de prendre contact, régulièrement et gratuitement, avec nos aînés

Maladie, éloignement géographique, grand âge. Les défis du XXIème siècle sont de plus en plus nombreux pour permettre à toutes les générations de cohabiter en intelligence. Si les relations sont parfois rompues pour de multiples raisons au sein d’une famille c’est, le plus souvent, par maladresse que les contacts s’étiolent.

Le grand âge, le quatrième âge, l’allongement de la durée de vie. Toutes ces appellations masquent une réalité à double visage. Heureuse, elle nous promet de vivre plus longtemps et en meilleure santé. Malheureuse, elle nous contraint à revoir la manière dont les liens sociaux et familiaux sont établis.

Une association permet de combler une partie de ce manque

Créée en 2007, l’association de type loi 1901 “Au bout du fil” a pour vocation de rompre l’isolement des personnes qui se sentent seul(e)s, en leur proposant de recevoir un appel téléphonique amical, chaleureux, une ou deux fois par semaine. Il ne s’agit évidemment pas de pallier les manques relationnels de nos aînés mais de leur permettre de conserver des relations humaines et planifiées. Chaque semaine, l’usager des services de l’association reçoit un ou deux coups de fil, à sa guise et à sa fréquence. Ces appels sont passés par des bénévoles spécialement formés pour simplement dialoguer. 

Jean-Paul GREE, secrétaire général de l’association nous explique le fonctionnement de cette structure « Nous comptons environ 350 bénévoles, âgés de 18 à 98 ans. Cette large représentation d’âges et de catégories sociales (étudiants, actifs, retraités…) permet d’avoir une richesse d’échange avec les bénéficiaires qui enrichit les deux interlocuteurs. » Il ajoute « Chaque bénévole adhérent signe une charte par laquelle il s’engage à ne jamais entrer en contact directement ou à obtenir les coordonnées d’un usager. La mise en relation se fait automatiquement, via un automate qui distribue les appels. C’est un gage de confiance important pour s’assurer de la liberté de parole de nos usagers » termine le secrétaire général de l’association.

Carence de la société ou complément de relation ? 

La responsabilité de la société, de la famille et de l’entourage proche, est éminemment prioritaire dans le maintien des liens sociaux. Il serait trop simple de résumer l’isolement des personnes âgées à de la mauvaise volonté familiale. Charge de travail pour les uns, peur de déranger pour les autres. Distance physique (le covid est passé par là) due à la mobilité professionnelle ou charge familiale sont autant d’explications – sinon de justifications – à la difficulté de maintenir le fil avec les familles.

C’est un complément de relations, pas un remplacement de famille que propose l’association. Avec plus de 100 000 appels émis chaque année, c’est la possibilité donnée à nos aïeuls de se sentir moins dépendants des familles dans leurs relations aux autres. Ces appels sont autant de “prises de nouvelles” anonymes et confidentielles, sortes de “rendez-vous” d’échange et de dialogue.

Partenariat actif avec les institutions

L’association est partenaire avec les institutions qui gèrent, au quotidien, la vie des retraités. Elle ne traite pas, à l’instar des systèmes de télésurveillance, les urgences du quotidien. Chutes, malaises, difficultés médicales sont systématiquement redirigés vers les spécialistes ou les services d’urgence le cas échéant.

C’est un apport “novateur” dans la relation entre l’appelant et l’appelé qui initie un renouveau et casse la monotonie du quotidien des uns comme des autres. Pour éviter le syndrome de transfert, ce sont des appelants différents qui émettent les appels, manière de créer un nouveau tissu social.

Une idée issue de la canicule de 2003

C’est de l’incapacité fautive du gouvernement en 2003 à gérer la crise de la canicule et aux 15 000 morts qu’elle a générés qu’est venue l’idée de recréer, avec les outils de l’an 2000, cette association.

En 2006, Philippe Conérardy (notamment fondateur de l’association “Avec nos proches”) s’entoure à la fois de spécialistes des télécommunications et de spécialistes de l’action sociale pour monter une plateforme de parole partagée.

L’année suivante, la plateforme est techniquement au point et les grands principes sont établis pour faire de l’association “Au bout du fil” une belle histoire : 

Pour tous ceux et toutes celles pour qui chaque jour la solitude pèse un peu plus.

Pour tous ceux et toutes celles qui n’osent pas appeler, manquent de confiance, n’osent pas déranger,

Pour tous ceux et toutes celles qui reçoivent peu de nouvelles de leurs familles ou amis, pour quelques raisons que ce soient.

Un fonctionnement simple et léger

Les appels peuvent se passer entre 8 heures et 22 heures, à la guise de l’appelé. Aux horaires et moments prévus, un bénévole de l’association va prendre contact avec le destinataire pour demander de ses nouvelles, échanger sur tout ce dont les uns comme les autres ont envie ou besoin de parler. Sans jugement, sans vente et sans pression, c’est une relation humaine et amicale qui se met en place avec le temps.

Régulièrement, pour combattre la fracture numérique, des rendez-vous sont proposés en ligne, par visioconférence. C’est alors autour d’un sujet commun, proposé par l’animateur, que la discussion se crée et les échanges, souvent riches et motivants, se mettent en place entre les participants. Toujours dans le respect de l’anonymat et de la parole des uns et des autres.

L’action des bénévoles est gratuite pour les bénéficiaires. Elle coûte 8 euros par mois pour un minimum de 4 appels. Cette somme peut être prise en charge par les caisses de retraite ou la famille.

Enfin, l’association propose l’intervention, à distance par visioconférence de professionnels (nutritionnistes, sophrologues…) qui, en étant rémunérés, proposent et apportent conseils et solutions aux utilisateurs du service.

La limite du service

Ce service ne remplace ni la famille, ni les acteurs sociaux conventionnels. Aucun compte rendu d’appel, rapport d’état “moral” ou de santé n’est remis à quiconque. Il est inimaginable de s’acheter une bonne conscience en payant ces quelques euros mensuels pour prendre des nouvelles de papy et de mamy.

C’est, au contraire, un complément rassurant de libération de la parole pour les appelés. Et la possibilité donnée à la famille, qui demeure le pivot principal de la relation, d’avoir de la nouveauté à entendre, sortant de la discussion trop souvent centrée sur la maladie et l’état de santé du proche.

Pour entrer en contact avec l’association “Au bout du fil”, consultez le site internet à l’adresse https://www.auboutdufil.org/

Femme oubliée de la science victime de « l’effet Matilda », Marthe Gautier s’est éteinte.

La femme à qui l’on doit le cocktail Molotov et médecin française co-découvreuse du chromosome surnuméraire responsable de la trisomie 21, est décédée samedi 30 avril à l’âge de 96 ans.

Son nom a longtemps été oublié, a l’instar d’un grand nombre de femmes dans l’Histoire et contrairement à ceux de ses homologues masculins, les Prs Jérôme Lejeune et Raymond Turpin.

Marthe Gautier DR.

C’est seulement à partir des années 2010 que le rôle de la Française Marthe Gautier dans la découverte du chromosome surnuméraire responsable de la trisomie 21 a été pleinement reconnu.

Marthe Gautier écrira : « Je suis blessée et soupçonne des manipulations, j’ai le sentiment d’être la « découvreuse oubliée » ». Convaincue d’avoir été trahie, Marthe Gautier décide d’abandonner la trisomie 21 pour retourner vers les soins de l’enfant atteint de cardiopathie.

Elle sera la fondatrice et la directrice du département d’anatomopathologie des maladies hépatiques de l’enfant à la demande de Daniel Alagille, directeur de l’unité de recherche INSERM 56 « Hépatologie infantile », à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre (1966). Elle sera ensuite maître de recherche (1967), puis directrice de recherche à l’INSERM, et membre de la commission scientifique spécialisée (CSS) de l’INSERM « Métabolismes inorganiques, physiologie et pathologie hépatiques et digestives ».

Marthe Gautier a été élevée directement au grade d’officière dans l’ordre de la Légion d’honneur et a été décorée le 16 septembre 2014 par Claudine Hermann, professeure honoraire de physique à l’École polytechnique et membre fondatrice de l’association Femmes & Sciences.. Après avoir refusé deux fois cette distinction, elle l’accepte finalement, selon ses termes, « par indignation à l’égard de l’impudence de la Fondation Lejeune ».

En 2014, Marthe Gautier recevait la légion d’honneur (grade d’officière) des mains de Claudine Hermann (fondatrice de l’association Femmes & Sciences). Crédit Femmes & Sciences.

Si son histoire a été médiatisée ces dernières années, elle n’est pourtant pas unique. Cette méconnaissance des femmes de sciences est principalement liée à ce que l’on appelle aujourd’hui « l’effet Matilda ». Qu’est-ce que c’est ? L’effet Matilda part d’un constat : les femmes à l’origine de recherches et découvertes scientifiques majeures sont longtemps restées dans l’ombre, au profit des hommes.
Supprimées de l’Histoire, oubliées, reniées ou dénigrées, ces femmes n’ont eu ni l’honneur de se voir décerner un prix, ni celui de figurer sur les manuels scolaires.

On parle d’effet Matilda lorsque des hommes s’approprient le travail intellectuel effectué par des femmes pour s’en attribuer les mérites.

Réduites à des remerciements en bas de pages ou tout simplement supprimées du projet, nombreuses sont les femmes scientifiques à avoir été mises aux oubliettes. Leurs contributions sont minimisées, niées ou reniées.

Au-delà de l’omission par intérêt, on remarque également qu’en cas de découvertes simultanées ou communes, le nom retenu par la presse et le public était uniquement celui de l’homme.

Aurélie Clémente-Ruiz, première femme directrice du Musée de l’Homme

Une femme à la tête du Musée de l’Homme c’est fait ! Succédant ainsi à André Delpuech, qui officiait à ce poste depuis 2017, Aurélie Clemente-Ruiz a été nommée directrice du Musée de l’Homme, le 1er avril 2022, à l’issue d’un processus de recrutement qui a sélectionné son projet pour l’établissement.

C’est une petite révolution dans le monde de l’Art, Aurélie Clémente-Ruiz qui occupait depuis janvier 2021 le poste de directrice des expositions, devient la première femme directrice de cette institution : «Il était temps, non ?» a t’elle confié à nos confrères du Parisien.

Le nouveau Musée de l’Homme inauguré en 2015 et situé en face de la Tour Eiffel, a pour objectif la compréhension de l’évolution de l’Homme et des sociétés, en croisant les approches biologiques, sociales et culturelles. Il aborde aussi bien l’étude des périodes les plus anciennes que la période contemporaine qui questionne le devenir de l’Homme.

Musée de restitution des connaissances et de débats publics, le nouveau Musée de l’Homme comporte de vastes espaces publics réservés à ces fonctions. Expositions, balcon des sciences, auditorium, centre de ressources, salles d’enseignements, ateliers pédagogiques sont autant de lieux dans lesquels les visiteurs sont invités à vivre en direct l’actualité des Sciences de l’Homme. Par ailleurs, le Musée de l’Homme héberge des équipes de chercheurs internationalement reconnues qui travaillent sur l’évolution de l’Homme et les interactions entre les sociétés et leurs environnements.

Galerie de l’Homme. © MNHN – J-C Domenech

Aux commandes du Musée de l’Homme, Aurélie Clémente-Ruiz. aura pour mission d’accroître sa visibilité et sa fréquentation en l’ouvrant à de nouveaux publics, grâce à une diversité de projets (expositions mais aussi rencontres, ateliers, visites spécifiques, soirées thématisées…) Elle souhaite en faire un lieu de convivialité, de connaissance et découverte pour tous. Convaincue que l’étude du passé de l’humanité permet de mieux appréhender son futur, Aurélie Clemente-Ruiz entend également renforcer le positionnement du Musée de l’Homme, un des rares lieux culturels traitant à la fois de préhistoire et de sociétés, en les ancrant dans le monde contemporain.

La nouvelle directrice souhaite conserver l’esprit citoyen du Musée de l’Homme qui, depuis sa réouverture en 2015, s’empare de thématiques suscitant l’engagement (à l’image de l’exposition Nous et les autres, des préjugés au racisme, en 2017), avec la plus grande rigueur scientifique. Par ailleurs responsable du pôle Musées, elle sera chargée de renforcer les liens entre le Musée de l’Homme et les autres sites du Muséum national d’Histoire naturelle.

Une femme sur deux, se dit favorable à la création d’un délit de non-partage des tâches domestiques.

Le 22 mars 2022, lorsque Sandrine Rousseau, figure du parti EELV, a confié à l’occasion d’une interview vouloir créer un délit de « non-partage des tâches domestiques », elle avait été la risée des réseaux sociaux et avait subi moqueries et insultes en cascades.

Elle avait précisé à l’époque que « le privé c’est le politique » et que l’égalité entre les femmes et les hommes devait être absolue.


Or d’après une étude révélées ce mercredi par Le Parisien, une femme sur deux (et 44% des hommes) adhère à une telle mesure. En effet, cette étude Ifop pour Consolab inspirée par la question soulevée par Sandrine Rousseau – réalisée du 28 au 31 mars précisément – révèle que les Françaises sont nombreuses à ne pas trouver absurde cette idée de sanctionner leur conjoint qui ne participe pas à leur hauteur aux tâches du foyer.

L’enquête constate, avant tout, que 57% des femmes en couple avec un homme estiment « en faire plus que leur conjoint » à la maison, tandis que seulement 16% des interrogés masculins pensent, à l’inverse, être plus investi que leur compagne.

Les femmes sont même 31% à considérer en faire « beaucoup plus que leur conjoint ». Un pourcentage à la baisse, car elles étaient 45% à estimer cela en 2015, il y a sept ans.

Face à cette inégale répartition de la charge mentale quotidienne – ménage, courses, soins aux enfants -, 50% des Françaises, soit une femme sur deux, soutiennent la proposition de Sandrine Rousseau et se disent favorables à la création d’un délit de non-partage des tâches domestiques. 

Une idée qui plaît donc en théorie, mais qui reste mitigée face à la pratique. En effet, seulement 14% des Françaises se sont dites vraiment prêtes à porter plainte contre leur conjoint.

A Bastia, un festival de cinéma entièrement dédié aux femmes.

Actrices, cinéastes, auteures, productrices, femmes de l’ombre, les femmes à la caméra sont encore minoritaires dans le monde du cinéma.

Cette première édition du festival Cine Donne vise à favoriser la circulation des films de réalisatrices et ainsi contribuer à changer le regard de la société sur les femmes et participer à la déconstruction des stéréotypes liés au genre.

Il s’agira donc pour l’association pilote, Arte Mare, de programmer ses coups de cœur de Dolce Vendetta de Marie-Jeanne Tomasi à Fish Tank d’Andrea Arnold, de proposer des avant-premières, des courts et des longs métrages, des débats, des rencontres, des expositions rythmant une première édition qui se tiendra du 6 au 10 avril au centre culturel L’Alb’Oru, au cinéma le Régent et au cinéma le Studio.

Invitées : Julie GAYET actrice, réalisatrice, productrice, marraine de la Fondation des Femmes, membre du collectif 50/50 visant la parité au cinéma, Joana HADJITHOMAS artiste riche et multiforme utilisant photographie, arts plastiques, cinéma de fiction et documentaire, Monia CHOKRI qui signe un 2ème long métrage réjouissant qui renverse les codes de la féminité, Marie-Jeanne TOMASI qui poursuit son œuvre singulière, Camille DE CASABIANCA, cinéaste, actrice, écrivaine et scénariste

Rencontres : Table ronde du Collectif 5050×2020, 21 femmes qui font la Corse rencontre et dédicace de Jean-Pierre Castellani et Dominique Pietri, la fondation de femmes présentée par Julie Gayet.

Exposition collective : La Galerie Noir et Blanc de Bastia expose Marie-Jeanne Tomasi, Jeannine Battesti, Simone Agnello Tafani, Ariane Jurquet et ERKA.

La programmation est à découvrir sur cinedonne.corsica

Gagnez vos places pour le spectacle « L’occupation » avec Romane Boringher

L’OCCUPATION

Texte d’Annie Ernaux publié aux éditions Gallimard.

Mise en scène : PIERRE PRADINAS

avec ROMANE BOHRINGER et CHRISTOPHE « DISCO » MINCK

Musique originale : CHRISTOPHE « DISCO » MINCK

Ksamka Production DR.

Avec L’occupation, Annie Ernaux dresse l’éblouissant portrait d’une femme de quarante ans à travers un moment essentiel de sa vie amoureuse. Cette femme se sépare de l’homme qui partageait sa vie depuis cinq ans. C’est elle qui le quitte, avec sans doute l’espoir de le retrouver un jour… Mais il s’éprend d’une autre dont il cache l’identité. Tout connaître alors de sa rivale sans visage devient une obsession, et elle entre dans une passion jalouse qui occupe ses jours et envahit ses nuits…

Romane Bohringer nous entraîne avec le musicien Christophe «Disco» Minck dans la folle passion d’une femme amoureuse.

En partenariat avec Scènes et cinés, Brillante Magazine vous offre deux places pour assister à la représentation de mardi 29 mars 2022 à 20h30 au Théâtre de La colonne de Miramas.

Pour participer: 
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Tirage le 25 mars. 

Femme(s) et élections présidentielles, le vote est-il genré ?

Dans une pré-campagne souvent marquée par une concurrence entre hommes et femmes au sein de chaque camp et une féminisation du scrutin, existe-t-il toujours un vote dit « féminin » ? C’est l’objet de l’enquête de l’institut de sondage IPSOS, commandée par LCI, menée auprès d’un échantillon de 1 441 femmes inscrites sur les listes électorales, du 25 février au 4 mars 2022. Éléments de réponse…

Est-ce qu’une candidate femme va davantage attirer le vote féminin qu’un homme ? L’étude révèle que Valérie Pécresse est la candidate la plus citée quand il est question du candidat le plus crédible dans la lutte contre le sexisme (29%) devant Marine Le Pen (27%) puis Emmanuel Macron (22%).

A ce titre, les femmes expriment majoritairement le souhait qu’une femme remporte l’élection présidentielle (71%).

Pour autant seul un peu plus d’une Française sur trois pense qu’une femme remportera l’élection à l’issue du second tour (32%). Un pronostic en concordance avec les dernières intentions de vote dans lesquelles aucune femme n’est donnée victorieuse face à Emmanuel Macron dans les différentes hypothèses de second tour. Sur ce point, le vote des femmes rejoint celui des hommes, à noter que face au Président sortant, Valérie Pécresse en particulier ne bénéficie pas d’une forme de « prime » à la féminité puisque les femmes sont moins nombreuses à avoir l’intention de voter pour elle que les hommes (37% contre 43%).

© auremar/123RF

De plus, les intentions de vote diffèrent légèrement entre les femmes interrogées et les hommes notamment en ce qui concerne les poursuivants d’Emmanuel Macron. Quand 13% des hommes voteraient pour Jean-Luc Mélenchon, 10% des femmes en disent autant. De même pour Marine Le Pen, plus plébiscitée par les femmes (18%) que par les hommes (15%) alors que la candidature d’Eric Zemmour rencontre toujours une certaine résistance des femmes (11% ont l’intention de vote pour lui contre 13% des hommes). Cela traduit la persistance d’un radical right gender gap identifié depuis le début de cette élection présidentielle.

A noter toutefois, que les femmes se considèrent, à ce jour, comme étant moins certaines de leur choix (68%) que les hommes (77%), ce qui en fait donc un électorat plus volatile pouvant influencer des évolutions de tendances futures.

Un renouvellement générationnel

En ce qui concerne les préoccupations des femmes pour l’élection, la santé est le sujet le plus déterminant dans leur vote (83%), c’est davantage que pour l’ensemble des Français (74%). La question du pouvoir d’achat (74%) et de la lutte contre le terrorisme (74%) viennent ensuite dans des dimensions comparables à celle de l’ensemble de la population française. En revanche, la défense du droit des femmes et la lutte contre le sexisme n’apparaissent pas comme prioritaires chez les femmes (54%) mais donnent à voir des clivages politiques et générationnels.

En effet, les sympathisantes du Parti Socialiste et d’Europe Ecologique Les Verts sont plus nombreuses à citer cet enjeu comme « déterminant » (66%) que celles des partis de droite (43% pour les partisanes de la majorité présidentielle et Les Républicains, 50% pour celles de Reconquête). De plus, les femmes les plus jeunes s’avèrent nettement plus préoccuper par cette question : 71% des 18-24 ans la jugent déterminante contre 53% des 35 ans et plus.

En 2022, l’Elysée accueillera-t-il (enfin) une femme ?

Virginie Despentes crée une nouvelle maison d’édition féministe et militante

Alors que le projet de fusion entre les groupes Hachette et Editis fait grincer des dents dans le domaine de l’édition et monopolise tous les acteurs de ce milieu, eu égard aux probables ambitions politiques de Vincent Bolloré, Virginie Despentes, qui soutient le collectif #StopBolloré jette un pavé dans la mare.

Alors que l’écrivaine et cinéaste de 52 ans, éditée par Grasset (Hachette Livre) s’exprimait sur ce projet de fusion le 27 janvier dans les colonnes de Libération : « il est très facile de faire disparaître des auteurs : si Bolloré place un type d’extrême droite à la tête des maisons d’édition qu’il rachète, tout ce qu’on a écrit précédemment appartient à Vincent Bolloré. Et une partie du catalogue peut être effacée par pure idéologie : les essais féministes ou antiracistes, la philo… » celle-ci vient d’annoncer lancer sa propre maison d’édition.

D’après « Livres Hebdo », la maison baptisée La Légende éditions sera lancée à l’automne en collaboration avec la photographe et vidéaste Axelle Le Dauphin et publiera des ouvrages visant à « déconstruire les stéréotypes de genre » et « lutter contre le sexisme ». Cette nouvelle maison d’édition qui se veut engagée et militante publiera neuf titres par an sur les enjeux sociétaux de la culture queer et féministe.

Alexia Fabre, première femme nommée à la tête des beaux-arts

Alexia Fabre, conservatrice en chef de longue date du Musée d’Art Contemporain du Val-de-Marne (MAC / VAL), à Vitry-sur-Seine, France, a été nommée directrice de l’École des Beaux-Arts de Paris. Alexia Fabre devient la première femme à diriger la prestigieuse école d’art au cours de ses près de 400 ans d’histoire.


Diplômée de l’École du Louvre et de l’Institut national du patrimoine, Alexia Fabre a dirigé le Musée départemental des Hautes-Alpes à Gap de 1993 à 1998.
Elle a quitté son poste pour rejoindre le MAC/VAL, inauguré en 2005, dont elle a assumé le rôle de conservateur en chef.

Elle a également contribué à rehausser le profil national du musée grâce à un programme de conservation axé sur l’Art contemporain. On se souvient par exemple, des expositions de la vidéaste et photographe Tania Mouraud, de la performeuse Esther Ferrer et de l’artiste multidisciplinaire Nil Yalter.

Avec Frank Lamy, responsable des expositions temporaires au MAC/VAL, Alexia Fabre a relooké la collection pour inclure plus d’œuvres d’artistes et privilégier en général une ligne hétérogène.

De 2007 à 2012 Alexia Fabre a enseigné à l’École du Louvre.
En 2009 et 2011, elle et Lamy sont co-directrices artistiques de la Nuit Blanche à Paris mais également commissaire d’expositions privées du peintre et metteur en scène français Ange Leccia et du sculpteur Christian Boltanski.

En 2015, Alexia Fabre est nommée commissaire de Manif D’art 8 – Biennale de Québec.

L’École des Beaux-Arts est l’une des institutions artistiques les plus légendaires de France. Parmi ses anciens élèves les plus célèbres figurent Jean-Antoine Watteau, Henri Matisse et Neïl Beloufa.

En tant que Directrice de cette véritable institution, Alexia Fabre devra faire face aux critiques qui ont frappé l’institution en termes de diversité et d’équité.
Une période de grands changements dans les directions des musées parisiens et un pas vers la parité puisque une autre femme, Claire Bernardi, vient de prendre la direction du musée de l’Orangerie.

Alexia Fabre succèdera à Jean de Loisy, dont le mandat est arrivé à échéance le 2 janvier dernier.

Relations sexuelles pendant le sommeil, il s’agit bien d’un viol ! 

Il semble que le principe du consentement libre et clair ne soit pas connu de certains avocats. Maîtres Karim Laouadi et Merabi Murgulia, défenseurs d’un violeur aujourd’hui condamnés, s’étonnent du jugement qui frappe leur client.

En 2014 puis en 2017, Babacar, âgé aujourd’hui de 36 ans a, par deux fois, eu des relations sexuelles avec des femmes pendant qu’elles dormaient. Ces femmes étaient, à chaque fois, sous l’emprise de l’alcool et de drogue, selon nos confrères du journal Le Parisien.

Campagne de prévention du viol

Passons sur le fait que l’une des deux victimes était mineure au moment des faits, le juge l’a sans doute pris en compte dans l’appréciation du crime.

Le consentement est défini dans le dictionnaire comme l’ “action de donner son accord à une action ou à un projet.” Juridiquement parlant, “le consentement à un acte sexuel est le fait, pour deux personnes, d’accepter de manière non-équivoque d’avoir un rapport sexuel ensemble.”

Surprise des avocats

Les avocats de ce criminel s’étonnent, dans les colonnes du Parisien : “Notre client continue de clamer son innocence” ont-ils réagi ”Comme trop souvent, en matière d’infractions sexuelles, la seule parole des plaignantes suffit pour condamner un homme à huit ans de prison.

A croire qu’ils n’ont pas conscience de ce qu’est l’état de sommeil.

Le Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil de Lausanne (Suisse) explique avec clarté (https://www.chuv.ch/fr/sommeil/cirs-home/recherche/reves-et-conscience) : “Toutes les nuits, quand nous nous endormons, notre conscience subit des changements remarquables. (…)  A d’autres moments de la nuit, la conscience peut totalement disparaître, typiquement, mais non exclusivement en sommeil profond en début de nuit.

En des termes plus adaptés à la justice, lorsqu’on s’endort, on déconnecte le cerveau du monde extérieur et on le connecte avec son monde intérieur.

On ne peut donc pas, lorsque l’on dort, avoir un comportement d’accord ou d’acceptation de quoi que ce soit. C’est la raison, par exemple, qui fait qu’on doit être éveillé pour signer un chèque de paiement des émoluments dus à un avocat.

L’accusé reconnaît les relations sexuelles

En outre dans cette histoire l’accusé reconnaît les relations sexuelles. Il est qualifié, par nos confrères du Parisien d’“habitué des soirées branchées de la capitale, consommateur régulier de cocaïne.

Nous sommes donc, ici, face à un accusé qui prend de la drogue, qui a des relations sexuelles avec des femmes alcoolisées et droguées. Et qui dorment.

La prise de quelque substance que ce soit ne change rien à la caractérisation du viol

Les faits sont là, cet homme a profité d’un état de faiblesse de ces femmes pour avoir des relations sexuelles avec elles. Il les a forcées à ces relations sexuelles pendant qu’elles étaient endormies.

Il les a violées.

Les viols en soirée

Le Collectif Féministe Contre le Viol, représenté par Maître Rongier, déclarait à la sortie du Tribunal : “Le viol en soirée dans un contexte alcoolisé, souvent minimisé, a été reconnu et sanctionné à la hauteur de la gravité des faits. C’est une avancée dans la lutte contre les violences sexuelles et sexistes.

L’association s’est portée partie civile dans ce procès.

Il est une évidence à rappeler : le fait qu’une personne consomme de la drogue, de l’alcool en toute conscience et en toute lucidité n’autorise pas de fait encore moins implicitement de rapport sexuel. Au contraire, l’humanité et l’empathie naturelle de l’être humain devraient faire en sorte que le comportement (masculin comme féminin) par défaut, soit alors protecteur et secourant.

Peine légère

La peine qu’il reçoit en réparation de son crime est bien légère. Ce sont huit années de prison auxquelles le violeur est condamné, là où les textes condamnent à quinze années d’emprisonnement les violeurs.

Les attendus de ce procès ne sont pas encore disponibles, mais il est certain que les circonstances auront été jugées atténuantes eut égard au crime commis. A commencer par le fait que ces femmes avaient absorbé alcool ou drogue, consciemment, avant d’être violées. Sans doute aussi le fait qu’il n’ait pas été fait usage de violence ou de menace a-t’il pu influencer cette procédure de jugement.

Dans tous les cas, les deux victimes devront se contenter d’une demi-mesure dans la réparation du crime qu’elles ont subi.

Les commentaires des avocats de l’accusé ne viendront pas alléger cette douleur.

Charlotte, sage-femme : « j’ai peur car notre système va craquer, et nous aurons des morts. »

Charlotte, sage-femme libérale entend dénoncer les conditions de travail d’une profession au bord du gouffre et souhaite agir avant le drame.

Alors que l’ONSFF, l’une des deux principales organisations syndicales de la profession à appelé à une « semaine noire » pendant les fêtes, la plupart des maternités de France sont en grève illimitée depuis le 24 décembre.

Leurs revendications portent avant tout sur le manque de moyens et la revalorisation d’une profession mal (re)connue encore aujourd’hui, comme nous l’explique Charlotte : « Beaucoup de sages-femmes sont en arrêt de travail pour burn out ou dépression et non remplacées (les candidatures ne se bousculent plus à ces postes éreintants et mal reconnus). Beaucoup sont sur le point de faire une reconversion professionnelle, car ce métier qu’ils et elles chérissent les tue à petit feu. Beaucoup d’étudiants et étudiantes sages-femmes réfléchissent déjà à changer de métier avant même d’avoir exercé.« 

Charlotte est sage-femme libérale dans un désert médical en Sarthe depuis 4 ans. Elle a auparavant exercé en tant que sage-femme territoriale au sein d’une PMI (Protection maternelle et Infantile) auprès des femmes les plus précaires et vulnérables puis comme sage-femme hospitalière dans une maternité durant 3 ans.

Au plus près du terrain, Charlotte voit passer des témoignages alarmant chaque jour à l’image de « celui d’une sage-femme, qui a dû quitter une jeune accouchée faisant une hémorragie pour courir au bloc opératoire extraire en urgence par césarienne le bébé d’une autre patiente. D’autres qui avouent ne plus être assez nombreuses pour pouvoir surveiller tous les rythmes cardiaques des bébés in utero en salle d’accouchement durant parfois 30 minutes consécutives. Si ces cœurs faiblissent, rien n’est vu, et donc rien ne peut être fait. C’est gravissime. Début novembre, une patiente enceinte de jumeaux, en menace d’accouchement prématuré, ne pouvait être accueillie en urgence près de chez elle, faute de
professionnels dans les maternités plus proches, de lits disponibles, et de respirateurs pour bébé… Elle a tenu bon sur 200 km, de Laval jusqu’à Vannes.
« 

Charlotte Besson, sage-femme libérale dans la Sarthe DR.

Le Conseil national de l’Ordre des sages-femmes a tiré la sonnette d’alarme dès cet été. En effet de nombreuses maternités rencontrent d’immenses difficultés à recruter des sages-femmes avec des conséquences dramatiques : les effectifs réduits ne permettent plus de garantir la sécurité des patientes. Aujourd’hui, les sages-femmes sont nombreuses à quitter l’exercice en maternité, épuisées par des conditions de travail de plus en plus critiques. A l’approche de l’été, période sensible en raison des congés estivaux, les sages-femmes nouvellement diplômées permettent en général d’assurer la continuité des activités dans les établissements mais cette année, pour la première fois, ces dernières n’ont pas assez nombreuses pour prendre la relève dans les maternités, préférant s’orienter vers l’exercice libéral. Les contrats précaires, la faible rémunération et le sous-effectif permanent – source majeure d’insécurité à la fois pour les soignants et les patients – en sont les principales causes.

Et Charlotte de nous détailler la situation actuelle sur le terrain : « concrètement, aujourd’hui, être sage-femme en hôpital ou clinique c’est : être seule pour assurer la sécurité de 3 à 4 patientes qui sont en travail, et qui parfois peuvent avoir besoin de nous en même temps. Surveiller seule la sécurité de 20 à 30 patients (10 à 15 jeunes mamans et 10 à 15 nouveaux-nés), avec de plus en plus de pathologies complexes associées. Travailler 12 heures de suite, (en alternant les gardes de 12h de jour comme de nuit), en courant d’une urgence à l’autre, sans pause (ni repas, ni pipi), en sachant pertinemment que vous serez rappelée pour revenir travailler sur vos quelques jours de repos. En effet, la structure qui vous emploie est au bord de la fermeture pour manque d’effectif, et si vous ne revenez pas travailler sur vos jours de repos, on vous accusera d’être en partie responsable de la fermeture d’un service hospitalier, voire de la maternité entière. Ne plus réussir à dormir par manque de jours de repos.
Pleurer sans pouvoir s’arrêter en découvrant son planning de travail (qui paraît chaque mois seulement 15 jours avant), en y découvrant beaucoup d’heures supplémentaires.
« 

Elle en profite pour rappeler qu’en 40 ans, du fait de décisions politiques désastreuses, deux tiers des maternités de France ont déjà fermé et qu’un grand nombre des maternités françaises restantes sont sur le point de fermer, par manque de professionnelles.

A l’image de nombreuses sage-femmes en France, Charlotte appelle le gouvernement à prendre des mesures urgentes afin d’éviter le drame :  » Il s’agit de revoir de toute urgence les décrets de périnatalité obsolètes (datant de 1998) , qui régissent le nombre de sages-femmes par établissement. C’est la révision de ces décrets qui permettra de régler le problème des sous-effectifs dans les
services, pour de bonnes conditions de travail et de sécurité. Aucune proposition politique ne va dans ce sens pour le moment, malgré beaucoup de d’agitation autour du rapport sur les 1000 premiers jours ! La détresse de la profession ne sera pas apaisée tant que ce sujet ne sera pas étudié sérieusement…
« 

La revalorisation de 500 euros nets mensuels par sage-femme hospitalière annoncé par le ministère de la santé ce 22 novembre 2021, suite à la signature d’un protocole d’accord avec les syndicats hospitaliers (concernant la revalorisation de la profession de sage-femme), n’a pas calmé les esprits, bien au contraire ! « Près de 500 euros par mois, majoritairement sous forme de primes supprimables à tout moment, et non prises en compte pour le calcul de la retraite est bien inférieure à ce que notre responsabilité mérite » s’énerve Charlotte, « de plus, elle ne concerne pas totalement les nombreuses sages-femmes contractuelles, ni celles des établissements privés, ni les sages-femmes territoriales !
Un amendement proposant de revaloriser la rémunération des sages-femmes selon les recommandations de l’IGAS (jusqu’à près de 700 euros par mois) a même été rejeté fin octobre par les députés.
« 

Une avancée pour la profession qui entend toutefois bien continuer les négociations. Pour Charlotte, celles-ci doivent prendre davantage d’envergure, il ne faudrait pas que le gouvernement se croit débarrassé du problème : « Il s’agit de rémunérer les sages-femmes correctement. Nous partageons une partie de nos études et le statut de prescripteur avec les médecins et les dentistes. Malgré une formation équivalente en heures à celle des dentistes, notre profession, nettement plus féminisée, perçoit une rémunération bien inférieure. Ça ne paye donc pas d’être une profession féminine qui s’occupe de la santé des femmes.
Il faut d’urgence arrêter la précarisation de la profession, avec son recours massif au contrats précaires (CDD, se transformant parfois après nombreuses années en CDI plutôt qu’en statut de fonctionnaire, pour éviter d’avoir à verser des primes !)
Il faut mettre en place un nouveau statut médical pour la profession, en accord avec la grande responsabilité professionnelle qui pèse sur les sages-femmes, et la quantité de savoirs acquis au cours de la formation. Cela permettrait d’accroître l’attractivité, de favoriser l’accès à la formation professionnelle, d’accéder à un exercice hybride (ville/ hôpital), ou encore de participer à des activités de recherche pour celles qui le souhaitent.
Il faut supprimer la limitation des prescriptions, que ne subissent ni médecins, ni dentistes.
Si une 6eme année d’étude doit être ajoutée (en raison de l’abondance des connaissances à intégrer pour devenir sage-femme), il faut alors nous reconnaître le même niveau universitaire que les dentistes, qui eux aussi ont 6 ans d’études supérieures, couronnées par une thèse, leur conférent le statut de Docteur.
Il ne faut plus dire que les sages-femmes travaillent sous l’autorité médicale des gynécologues. Nos compétences ne sont pas les mêmes. Les gynécologues n’ont pas particulièrement de compétences en matière de pédiatrie, d’allaitement, et très peu en matière d’accouchement physiologique. Ce sont en revanche des spécialistes de la pathologie et des chirurgiens chevronnés. Nous sommes simplement leurs collègues, autonomes dans nos responsabilités.
« 

La lutte continue.


Yannick Agnel nage en eau trouble

Accusé de viol et d’agression sexuelle sur mineure, le nageur Yannick Agnel est mis en examen mais libre au terme de 48h de garde à vue. L’enquête fait suite à une plainte d’une nageuse, fille aînée de son entraîneur Lionel Horter, qui s’entraînait avec Agnel à Mulhouse entre 2014 et 2016. Plusieurs nageurs ou anciens nageurs ont été auditionnés ces dernières semaines.
Yannick Agnel a reconnu « la matérialité des faits » que lui reproche la justice mais pas « la contrainte ». Le nageur avait 24 ans et la plaignante 13 ans au moment des faits en 2016. La victime a signalé plusieurs viols dans le Bas-Rhin, en Thaïlande, à Rio ou Tenerife. Yannick Agnel encourt jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle.

La magistrate a rappelé que la loi interdit en France toute relation sexuelle entre un majeur et un mineur de moins de 15 ans, même si celui-ci est consentant.

A la même époque, entre deux longueurs, Yannick Agnel trouve le temps de s’improviser chroniqueur cinéma. Le nageur a lancé une chaîne Youtube avec Liberty, la plus jeune fille de Lionel Horter, fin avril. Il y commente (occasionnellement) les dernières sorties sur grand écran.

Une série de vidéos très malaisantes datant de 2016 .. et qui prennent une toute autre dimension lorsque l’on se remémore le contexte (moment des faits).

Chaîne Youtube assortie d’une photo dans un tweet de Yannick Agnel (supprimé hier par son auteur) : « Je l’aime beaucoup beaucoup signé @liberty_horter »

DR Yannick Agnel

Les filles de l’entraîneur Lionel Horter pratiquent aujourd’hui toutes deux la natation.

Alké x Noël 2021 : « Pas besoin d’avoir l’air d’un homme pour jouer au foot ! »

Fan du ballon rond ? Savez-vous que les femmes jouent au foot depuis plus d’un siècle (depuis la fin du XIXe siècle en Angleterre et en Écosse). Le foot féminin connaît ainsi son âge d’or au début des années 1920, jusqu’au bannissement des femmes des terrains par l’association britannique de football, interdiction qui a duré de 1921 à 1971. En France, l’interdiction faite aux femmes de pratiquer le football, a été instaurée sous le Régime de Vichy.

Ce n’est que très récemment que le premier Ballon d’or féminin est attribué en décembre 2018 à l’attaquante norvégienne Ada Hegerberg. Selon les estimations établies par un rapport de l’Unesco, il existe aujourd’hui, 33 millions de pratiquantes dans le monde, dont 125 000 en France.

Soutenir le développement du sport féminin, c’est le parti pris par La marque de mode engagée et militante, Alké qui souhaite dédier 1% de son chiffre d’affaire au soutien d’actions en faveur du développement du sport féminin et de l’émancipation des femmes.

DR.

Les créatrices ont ainsi choisi de miser sur le football féminin : « parce que c’est un sport universel, car on peut y jouer n’importe où et avec n’importe quoi, et que tout le monde est à peu près compétent pour en parler ! Il porte en lui des valeurs fortes telles que l’esprit d’équipe, la discipline, le respect, la solidarité et surtout le plaisir de jouer et de se dépasser.« 

Avec comme credo : « Pas besoin d’être un homme pour jouer au foot. Pas besoin d’avoir l’air d’un homme pour jouer au foot. » Après une première collection axée sport qui reprend les basiques du vestiaire de la joueuse de foot, Alké diversifie son style avec une seconde collection streetwear unisexe. Des collections capsules et série spéciale « octobre rose » viennent compléter l’offre.

Pour Noël, Alké inaugure un pop-up store eco-féministe, en partenariat avec des Femmes et des Médias qui font vivre le Football. Du 11 au 19 décembre, Alké investira le Canal Saint Martin. La galerie photo B&B dans le 10ème arrondissement, accueillera pour l’occasion les collections Alké, une exposition de certains clichés pris par le photographe Christophe Berlet, et de nombreux ouvrages autour du féminisme, du football et du sport. Une braderie de Noël, avec des archives, permettra également de se procurer des articles en édition limitée.

100% féminin, découvrez les lauréates du Grand Prix du Roman aufeminin-Michel Lafon 2021

​Depuis 11 ans, le Grand Prix du Roman aufeminin révèle de nouveaux talents de la littérature tels qu’Olivier Norek, Virginie Grimaldi et Camille Anseaume. Pour la quatrième année, les éditions Michel Lafon se sont associées au prix en accompagnant le lauréat de ce concours vers la publication de son premier roman.

C’est la vocation première du Grand Prix du Roman d’aufeminin, qui depuis 11 ans, permet de découvrir et mettre en lumière les belles plumes de demain ! Ce Prix a été par le passé, l’occasion de révéler de véritables talents littéraires puisque parmi les auteurs découverts par le jury du Prix aufeminin, on compte Olivier Norek, auteur de romans policier à succès, troisième lauréat du concours en 2011 avant d’être édité et publié et l’on ne peut que se souvenir également de Virginie Grimaldi, deuxième lauréate du concours en 2014, aujourd’hui la romancière la plus lue de France en 2019 et 2020 (Palmarès Le Figaro GFK) et auteure traduite dans plus de vingt langues dans le monde. 

Cette année, le concours changeait de formule puisque les candidats devaient présenter non pas un livre complet mais le synopsis et un chapitre au choix de leur projet littéraire. Plus de 350 manuscrits sont ainsi arrivés dans les bureaux d’aufeminin.

Raphaëlle Giordano, marraine du Grand Prix aufeminin 2021 et Élisa Sagnelonge, lauréate 2021


Les écrivains en herbe ont tous été inspirés par le thème de cette édition : l’audace. Et ils n’en ont pas manqué pour soumettre leurs récits (synopsis et un chapitre de leur roman) à un jury de professionnels, composé de personnalités du monde littéraire, des médias et de la culture, présidé par Raphaëlle Giordano, l’auteure du best-seller « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une » et marraine de cette édition 2021. Le jury a défendu avec passion ses choix pour désigner, parmi les seize finalistes, quatre lauréates :

1ère lauréate : 
Élisa Sagnelonge : « Le livre de Jade »
Publication du roman aux éditions Michel Lafon et Pocket au printemps 2022

« Je suis tellement heureuse d’avoir remporté le Grand Prix du Roman aufeminin qui va me permettre de publier mon premier livre. La rédaction n’est pas encore terminée mais je vais pouvoir bénéficier de tout le soutien, de l’expérience et des conseils de Raphaëlle Giordano qui m’accompagne désormais dans cette aventure jusqu’à la publication de mon premier roman », a déclaré Elisa Sagnelonge à l’annonce des résultats. 

2ème lauréate : 
Florence Fischel : « Des milliers de ronds dans l’eau »
Participation à un atelier d’écritures à l’École des Mots

3ème lauréate : 
Diane Frachon : « Direction n’importe quoi », retitré « Des crocodiles sur le bitume »
https://www.instagram.com/diane_raconte
Dotation de 20 livres du catalogue Michel Lafon et Pocket

Le Prix des Internautes : 
Claire Vergier : « EGOTRIP »

Ce Grand Prix du roman aufeminin se veut accessible à tous.tes, même celles.ceux qui écrivent en secret, à l’abri des regards de leurs proches. Les seules conditions pour participer sont qu’il suffit de n’avoir jamais été édité, sauf en auto-édition, de n’avoir jamais gagné un prix aufeminin.
En attendant l’édition 2022, aiguisez vos meilleures plumes !

Latifa Ibn Ziaten, femme parmi les mères

Souvent cantonnée au personnage de mère ayant perdu un enfant, Latifa Ibn Ziaten est bien davantage que la victime collatérale du terrorisme est de la violence. Il nous a semblé utile, à quelques mois d’une échéance électorale majeure, de parler avec la femme qui incarne le mieux, en France, la notion de pardon.

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Pour beaucoup, Latifa Ibn Ziaten est uniquement la maman du soldat tué par un terroriste en 2012, porte-parole à la fois du pardon et de la résilience.. mais qui se cache derrière cette mère à jamais blessée ?

Latifa, qui êtes-vous ? 

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Je suis une femme Marocaine née à Tétouan. À l’âge de 40 jours, j’ai quitté le Maroc pour rejoindre l’Espagne, où je suis restée jusqu’à 9 ans.” commence Madame Ziaten. “Le couple que formaient mes parents battait de l’aile et, à cette époque, la société marocaine acceptait mal le divorce. Ma Grand-mère, notamment, mettait énormément de pression pour qu’elle demeure en couple malgré tout. C’est donc sous la double menace d’un mari mal-aimée d’une part et d’un entourage familial assez peu bienveillant qu’elle a fait le choix d’immigrer, avec ses 4 enfants, pour un pays inconnu, du jour au lendemain” justifie-t-elle.

Remariée en Espagne, Madame Ziaten mère aura un cinquième enfant. Tombée gravement malade, elle devra retourner au Maroc pour trouver quelqu’un qui pourrait s’occuper de la fratrie. À son décès, c’est tout naturellement le père naturel des enfants qui va en récupérer la garde : “Ma mère décède au moment de Noël et nous retournons vivre chez mon père naturel. Il m’interdit l’école et me traite comme la bonne à tout faire de la maison. Je voulais devenir enseignante ou avocate, il m’a empêchée de réaliser mes rêves” poursuit Latifa qui décide de revenir vivre chez sa grand-mère, avec pour seul objectif de quitter ce foyer insupportable.

À 17 ans, Latifa se marie. Choc dans la belle famille, vie difficile sans loisir ni distraction. C’est à 18 ans qu’elle quitte le Maroc avec son époux et s’installe à Rouen (Seine-Maritime). Confrontée à une nouvelle langue – Latifa ne parle pas encore le français – et une nouvelle culture, l’immigrée comprend que dans la France de la fin des années 60, elle est celle qui allait devoir s’assimiler : “Je voulais m’adapter et aller vers les gens. J’avais en tête qu’étant celle qui est venue, c’était à moi de changer et de me fondre dans le moule de ce nouveau pays”. Coup de chance ou hasards des attributions de logement, elle rencontre un voisinage qui l’aidera à vivre et devenir la femme qu’elle est en 2021 : “Mes voisins d’alors étaient des personnes extraordinaires que je n’oublierais jamais. Ils m’ont aidé à sortir de chez moi, à vivre tout simplement. En plus de m’aider à parler et à écrire le français, ils m’ont appris à faire du vélo, à aller faire des courses et à me sentir libre dans le pays des Droits de l’Homme. Je les ai perdus de vue avec le temps, 40 années ont passé depuis, malheureusement”.

Je voulais construire ma famille

Les lois Pasqua sont en place en France et interdisent aux femmes de couples immigrés de travailler. C’est par contrainte plus que par choix que celle qui voulait plus que tout respecter son pays d’accueil doit travailler au noir. Elle fait des ménages tout en retournant étudier. Avec un objectif en tête : “Je voulais bâtir ma vie, construire ma famille.

Alors que son entourage la décourage de le faire, Latifa passe son permis de conduire et l’obtient. Achat d’une camionnette, elle part vendre des fruits et des légumes sur les marchés normands avec l’aide de ses enfants. Épuisée à la fois par des horaires contraignants et par des revenus aléatoires, celle qui doit en plus s’occuper du foyer (on ne parlait pas encore de charge mentale dans les années 70) préfère aller travailler en usine, obtenant des horaires et un revenu plus stables.

Un de ses enfants lui parle de “ces dames qui font à manger dans les écoles”. Toujours prête pour une nouvelle aventure, la rouennaise dépose sa candidature en tant que femme de service à la mairie de Rouen. Elle est embauchée par l’administration locale. Le hasard faisant bien les choses, elle bénéficiera d’une promotion au moment du départ à la retraite de la cuisinière.

« Ne t’en fais pas, on mangera à la marocaine ! »

Moment totalement improbable dans la magie de l’existence de cette femme “Je ne savais pas faire la cuisine française” nous explique Latifa avec cet intarissable bonne humeur “j’ai dû improviser ! » « Ma chef, à qui j’ai expliqué cette crainte, m’a répondu ‘Ne t’en fais pas, on mangera à la marocaine’« . Grand bien a pris aux deux femmes. Les enfants mangent ce que la cuisinière leur propose et semblent aimer. C’est avec son étonnante capacité à apprendre qu’elle découvrira les habitudes alimentaires françaises au fil du temps. Quinze années passées comme cuisinière à la mairie de Rouen, puis une dizaine d’années supplémentaires après le passage en “liaison froide”. La cuisinière qui prenait plaisir à préparer de bons petits plats aux enfants passe à l’industriel.

Survient un accident domestique, première rupture dans la vie de Latifa. Elle perd son coude gauche et se retrouve dans l’incapacité de porter les barquettes alimentaires. Recasée au musée des beaux-arts de Rouen en tant que surveillante et agent d’accueil, c’est dans un éclat de rire que Latifa nous explique son fonctionnement, toujours aussi intelligent, alors “Je ne connaissais ni les œuvres exposées ni les peintres. Je faisais mine de mal comprendre les questions des visiteurs pour les rediriger vers mes collègues, tout en écoutant les réponses de ceux-ci et en apprenant les tableaux et leurs auteurs”. Restée durant deux années à ce poste, Latifa ajoute une corde à son arc, l’art pictural.

La vie de Latifa va être bouleversée

Pour Latifa, la vie s’arrête vers 16 heures, un dimanche, sur les contreforts du magasin Le printemps. Son fils, Imad, a rendez-vous pour la vente d’une moto sur un parking proche de Montauban. Le militaire français est froidement exécuté d’une balle en pleine tête.

La Latifa d’aujourd’hui n’est plus la même” commente la maman devenue orpheline de son fils “Imad avait quelque chose en lui. Nous avons voyagé ensemble avec une telle complicité que certains pensaient que nous étions mariés l’un avec l’autre. Nous étions tous les deux totalement fusionnels. Imad était un garçon remplit de rire, de vie et d’espoir. Il avait plein d’idées et aimait son métier, il a voyagé à travers le monde sous l’uniforme et a dégusté ce monde et la famille. La famille était importante pour lui. Il témoignait de tout ce qu’il vivait. La famille était au cœur de sa vie.” continue Latifa.

Imad m’a laissé un vide énorme, que je remplis du bien pour les autres.” explique la femme blessée.

Latifa n’a que deux options, s’effondrer ou rebondir. Seule cette seconde alternative est acceptable pour celle qui a connu bien des galères dans son existence. Mais pour cela, il faut trouver une énergie, de vie : “Mon énergie, c’est Imad, mon fils [Latifa parle alors au présent, NDLR.]. Mon fils, c’est un garçon qui était ma moitié. Il savait détecter si je n’allais pas bien au simple timbre de ma voix. Il me connaissait et je le connaissais. J’ai 5 enfants, et chacun est différent. Ils sont comme mes doigts, on a besoin de tous ses doigts pour vivre. Aujourd’hui, toute ma force, c’est d’aller vers l’autre et de donner de l’importance aux gens. J’ai envie de donner de l’espoir aux autres. Je veux aider les autres à prendre leur vie en main.” termine Latifa.

Le combat qu’a entamé Latifa ce dimanche du mois de mars 2012, elle l’a toujours eu chevillé au corps. C’est une détestation viscérale que la Femme a contre les injustices de ce monde. 

Y-compris lorsqu’elle travaillait dans le milieu scolaire : “Lorsque je travaillais dans les écoles, je me battais contre l’injustice. Lorsque je voyais un prof punir un gamin dans un couloir en le laissant seul, je le signalais. C’était injuste de l’empêcher d’apprendre, je n’avais pas peur. Ce n’est pas faire preuve de courage que de dénoncer les injustices, c’est une force de caractère. La perte de mon fils a créé une force supplémentaire en moi, je pense qu’il y a quelqu’un derrière moi qui me motive et me pousse à faire les choses.

A propos de son combat, la maman nous explique avec beaucoup de lucidité “Je suis dans un combat de paix. Je me lève et je rencontre des jeunes tombés dans cette secte.

De quelle secte parle Latifa ? 

Cette secte” commence-t-elle ”c’est un groupe de gens qui se disent Musulmans. Ils utilisent le nom de la religion pour instiller dans des esprits devenus faibles la haine et la détestation des autres.” 

Latifa précise, comme s’il était nécessaire de le rappeler en 2021 “Musulmane, je suis d’abord française, je respecte avant tout la république.

L’Islam ne demande, à l’instar de toutes les religions, aucunement de tuer ou de sacrifier qui que ce soit. C’est une religion de paix et d’amour que certains dévoient. » insiste Latifa.

Fallait-il le rappeler ? 

La famille, terreau vers la radicalisation

Je suis entrée dans beaucoup de familles de gamins qui ont dérivé. J’ai appris beaucoup de choses en les analysant.” explique la maman « Dès le début, leurs familles sont instables. La vie familiale n’est pas construite, peu importe sur quoi, d’ailleurs. Il manque des fondations, comme pour tout édifice.” 

Latifa analyse “Les parents venus de l’étranger veulent souvent reproduire le modèle de leur pays d’origine en France. Les enfants de ces familles sont livrés à eux-mêmes, car les parents ont d’autres occupations. La chance se provoque et il faut aller la chercher. La chance d’être né ou de vivre en France n’est due qu’aux droits que nous donne ce pays“ poursuit-elle.

C’est à la maison que tout débute

C’est à la maison que tout débute et il n’est pas là question de richesse ou de fortune. Tout est une question d’éducation, de dialogue et d’échange. Si on n’est pas présent à sa famille, autour d’une table avec les enfants, il ne faut pas s’étonner qu’ils aillent chercher une présence ailleurs. Il existe une confusion aujourd’hui ; l’amour, ce n’est ni un téléphone ni une tablette. C’est l’échange.

Quelle mécanique est mise en place par ces groupes sectaires pour parvenir à laver le cerveau de ces gamins que la société laisse échapper ? 

La délinquance est le fruit du rejet. Les gamins rejetés (par l’école, par les adultes, par le voisinage…)  rencontrent un recruteur de cette secte qui va leur donner un petit billet contre un crime. Ils vont d’abord garder un peu de cannabis contre quelques euros. Puis, petit à petit, les recrues étant de plus en plus nombreuses, un groupe va se former, recréant une cellule familiale. Dans ce groupe, un semblant de dialogue et d’échange existent, au service d’un objectif criminel, toujours. L’organisation de ces groupes est précise, certains les envoient faire du mal aux autres, d’autres servent à former au crime tandis que certains servent à inculquer une lecture toujours déformée du Coran. Ils agissent comme de vrais centres de formation, avec des sujets et des thèmes de formation et se repassent les élèves entre groupes” explique celle qui a, avec le temps, acquis une lecture extrêmement précise des mécanismes d’endoctrinement de ces groupes.

Le dérapage commence très tôt, sans doute à l’école maternelle

Si certains finissent par passer à l’acte, tous passeront par la case prison, souvent pour des délits mineurs. Ces détenus, Latifa les a rencontrés eux-aussi, elle en parle avec clairvoyance “Dans les prisons, je suis très triste de voir qu’il y a beaucoup d’enfants maghrébins. Il y en a de trop et je ne comprends fondamentalement pas pour quelle raison ils sont autant sur représentés. Ils ont, eux aussi, un cerveau et sont, eux aussi, intelligents. Je pense que le dérapage commence très tôt, sans doute à l’école maternelle” explique Latifa.

Si, déjà, à la maternelle, les choses ne vont pas, il n’y a pas de raison pour que cela s’améliore avec le temps. Pour autant, l’institution école fait son travail. Elle alerte et dit aux parents que les choses ne vont pas bien. Seulement, certains enseignants abandonnent trop tôt, pour de multiples raisons. C’est triste d’entendre un enseignant de maternelle dire qu’un gamin est perdu.”

Loin de l’angélisme béat, Latifa ne tire pas à boulets rouges sur les institutions pour autant “La prison est là pour rappeler les règles et insister sur la nécessité de les respecter pour la vie commune. Elle ne le fait pas et recrée les modèles de non-communication et d’exclusion qui préexistaient dans la famille. Les valeurs et les codes sont là pour le bon fonctionnement des enfants.

Pour justifier son propos, Latifa cite un exemple qu’elle a connu : “j’ai été invitée à une conférence dans un superbe foyer. Tout était neuf, de beaux meubles, de beaux locaux. Un des jeunes me demande si je veux rester manger avec eux. J’étais très honorée de cette invitation, le partage du repas est très symbolique. Je suis restée avec eux avec énormément de plaisir.” commence l’ancienne cuisinière à la mairie de Rouen.

Le repas préparé, une marmite est amenée sur une table avec des spaghettis d’un côté, de la sauce tomate de l’autre” décrit Latifa.

Ces enfants se servaient comme des animaux. Ils utilisaient tous le même matériel pour se servir. Il n’y avait aucun plaisir ni aucun amour dans la relation qu’ils avaient de leur repas, avec ce plat préparé sans partage de plaisir. Ce qui tombait de la louche sur le sol y restait, sans qu’aucun de ces jeunes ne prenne le temps d’essuyer. D’ailleurs, avec quoi l’auraient-ils fait ?

Ce comportement” poursuit Latifa “ne choquait personne, pas même le directeur. Je me suis permise de lui faire la remarque qu’ils – ces jeunes – ne pourraient jamais trouver leur place à l’extérieur de la structure avec de telles attitudes. Il n’avait jamais fait attention à ce comportement, il n’y voyait que des attitudes adolescentes m’a-t-il expliqué.

Illustration par l’exemple du fond du combat de Latifa :” il faut enseigner à nos enfants les règles. Et celle du repas est nécessaire. Les règles sont des bases communes.”

Les jeunes de ce foyer, Latifa leur a parlé au cours de ce repas aussi. “Ils ont compris que je m’adresse aux enfants qui sommeillent en eux” explique-t-elle.

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Vous mangez parce que vous avez faim, pas pour apprécier ce que vous consommez. Pensez qu’autour de la table, vous pouvez rire, parler, échanger et débattre. Le repas est un moment important.” leur a expliqué Latifa, avant de les remercier chaleureusement pour l’invitation, forme de respect donné à ces jeunes “qui n’en reçoivent que trop rarement” explique la maman.

La société, les prisons, les écoles, les foyers sont ainsi, selon ce qu’explique Latifa, responsables de cet endoctrinement mortifère. C’est obvier nos responsabilités individuelles et penser que ce méta-organisme, l’État, existe en autonomie, hors sol.

Que devons-nous, en tant qu’individus dans la société, faire pour éviter le dérapage ? 

Tout commence dans le regard” explique Madame Ibn Ziaten. “Regardez l’autre avec à la fois un sourire aux lèvres et un regard souriant. Le regard, les yeux et le visage parlent. Tout cela, c’est un contact à la fois des cœurs et des cerveaux.” continue-t-elle. “Lorsque je parle avec quelqu’un, je le regarde dans les yeux. Ils me disent s’il est sincère ou s’il est sérieux. Tout se sent dans le regard. Souvent, ces jeunes embrigadés ont un regard froid et vide qui fait peur. C’est en changeant notre regard sur cette jeunesse qu’elle changera son regard sur le monde que nous lui offrons.

La France est un pays de mixités

La relation à la Nation, à la République et au Pays ? 

Nous avons la chance de vivre tous ensemble. La France est un pays de mixités. C’est une richesse, ce sont des valeurs qui ont construit notre beau pays. Si nous arrivions à vivre tous ensemble avec nos histoires, avec nos valeurs et nos traditions, la France sera un super pays. Chacun a une petite pierre, aussi petite soit-elle, à apporter à la société. Non pas pour la rendre meilleure à sa façon individuelle, mais pour la rendre simplement plus belle dans l’ensemble.” résume Latifa. 

Et l’État dans tout ça, quelle est sa responsabilité dans la perte de ces gamins ? 

Latifa nous fournit une brillante définition de ce qu’est être citoyen : “On ne doit pas tout attendre de l’État. En France, il ne surveille pas ce que fait le peuple. C’est cette liberté qui implique une lourde responsabilité individuelle. Dans les administrations, comme on les appelle, chaque personne fait son travail aussi bien qu’elle le peut. Mais si le changement ne vient pas de la population, rien n’évoluera, l’État ne peut pas aller contre la société. Si chacun donnait une partie infime de son temps à l’autre, dans le dialogue, le partage ou l’éducation, tout changerait. Je dis et je répète à tous les Français de se réveiller, nous sommes tous dotés d’un cerveau, il faut l’utiliser pour ne pas aller vers la simplicité du prêt à penser.

Présidentielles 2022, un moment pour changer les choses

À l’approche d’une échéance électorale majeure pour notre pays, nous ne pouvions pas ne pas évoquer la question politique avec Latifa Ibn Ziaten. C’est en tant que citoyenne que nous avons souhaité receuillir son opinion. Au moins trois femmes sont, aujourd’hui, déclarées candidates à l’élection présidentielle (Nathalie Arthaud pour Lutte Ouvrière, Anne Hidalgo pour le Parti Socialiste et Marine le Pen pour le Rassemblement National).

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Que pense la combattante pour la paix, de cette féminisation possible de la plus haute des fonctions ?

“La femme a sa place aujourd’hui” commence Latifa. “La femme est pacifiste, résistante, patiente et ne veut aucunement la guerre. On a besoin d’une femme à la tête du pays, qui aurait la capacité de le gérer autrement, en étant moins dans le combat que ne l’ont été tous les hommes Présidents de la République jusqu’à maintenant.

Je suis là pour défendre cette jeunesse, lui donner la chance de vivre une belle vie

Avant de nous surprendre : ”Je suis là pour défendre cette jeunesse, lui donner la chance de vivre une belle vie.” 

Sur cette phrase énigmatique, il nous fallait des éclaircissements.

Latifa, candidate en 2022 ?

Je commence à m’intéresser à la politique.” nous explique-t-elle. “Je voudrais rentrer un peu plus en politique et travailler à ouvrir la cité. Il faut recréer la mixité au-delà du principe. Ces jeunes qui se radicalisent sont des Français, la société crée des bombes à retardement et les laisse dans la nature. Les choses commencent à changer dans les cités et dans les quartiers, c’est extraordinaire, même s’il faut garder le cap et continuer d’initier le changement” poursuit Latifa.

Je ne suis pas dans la politique, j’envoie des messages aux femmes et aux hommes qui font de la politique. Les messages sont reçus, où que je me trouve. Je suis la porte-parole de cette jeunesse que nous sommes en train de perdre et qu’il faut absolument ne plus laisser glisser” insiste la mère de famille devenue militante par la force des choses.

La politique n’a pas de lien direct avec mon combat contre cette secte. Mais je sais que si on n’implique pas les politiques, les choses ne changent pas. Je vais donc m’impliquer en politique pour travailler avec eux et faire changer les choses de l’intérieur. Il y a des lois qu’il faut changer et faire évoluer. Les lois sont trop souvent vues et vécues comme des vecteurs d’interdiction ou d’obligation, alors que la loi est avant tout une garantie de droits. Il existe des obligations qui doivent être respectées.

Mon Cœur est avec toutes les victimes 

Pour conclure, Latifa a posté, au démarrage du procès des attentats de 2013, un message appelant à ce que la justice soit rendue pour tous. Comment la mère déchirée a-t-elle le courage d’appeler à une justice à laquelle elle n’aura jamais droit ? 

Combattante au nom d’Imad ? 

La justice doit être rendue pour toutes les familles, qu’elles soient du côté des victimes comme du côté des auteurs. Mon cœur est avec ces familles, je sais par où je suis passée et je pense à elles tous les jours.

NDLR : Cet entretien a eu lieu au début du mois de septembre 2021. C’est pour éviter de faire parler notre témoin à une date clé - démarrage du procès des attentats de 2013 - que nous avons choisi de décaler la publication de cet échange.

#LesFemmesAvecZemmour : Mythe ou réalité ?

Dans le cadre de son travail d’analyse des forces politiques françaises, la Fondation Jean-Jaurès publie « Les questions de genre et de lutte contre le sexisme dans le vote à la présidentielle, un frein au zemmourisme ? », une note rédigée par Louise Jussian, chargée d’études à l’Ifop et membre de l’Observatoire de l’opinion.

Face à l’ascension dans les sondages d’un candidat aussi ouvertement misogyne qu’Éric Zemmour, la question se pose de savoir comment l’électorat féminin appréhende la candidature de l’auteur du Premier sexe (2006) et, plus largement, quel rôle vont jouer les enjeux relatifs aux droits des femmes et à la lutte contre le sexisme dans cette première campagne présidentielle de l’ère post-MeToo.  Dans une pré-campagne souvent marquée par une concurrence entre hommes et femmes au sein de chaque camp (ex : Y. Jadot versus S. Rousseau pour la primaire EELV, X. Bertrand versus V. Pécresse pour la primaire LR, E. Zemmour versus M. Le Pen pour les nationalistes), on peut se demander si le genre des candidat(e)s joue encore un rôle dans un processus de décision électorale marqué cette année – il faut le rappeler – par des appels à « la virilité » (J.-M. Le Pen, juin 2021) ou des assertions selon lesquelles « les femmes n’incarnent pas le pouvoir » (Éric Zemmour).  Confirmant les enseignements tirés de grandes enquêtes publiées récemment, une étude de l’Ifop menée pour le magazine Elle auprès de 2 000 personnes montre que si l’électorat féminin n’échappe pas à une certaine extrême-droitisation, il n’en n’exprime pas moins une forte aversion à l’égard d’Eric Zemmour, qui fait craindre à beaucoup d’électrices une remise en cause des droits des femmes, droits qui constitueront pour les jeunes femmes de la génération #MeToo le critère déterminant de leur vote le 10 avril 2022.    

Louise Jussian part du constat que l’électorat féminin est moins perméable aux discours du « presque » candidat Éric Zemmour, ce dernier faisant craindre à bon nombre d’électrices une remise en cause des droits des femmes. La candidature d’Éric Zemmour réactive ainsi le « radical gender gap », alors même que Marine Le Pen était parvenu à le neutraliser, l’électorat féminin apparait moins perméable à l’extrême droite de Zemmour : 12% des femmes ont l’intention de voter pour le polémiste, contre 17% des hommes. On peut donc se poser légitiment la question, Éric Zemmour, fait-il peur aux femmes ? Plus d’une femme sur trois (66%) se dit inquiète pour les droits des femmes à l’idée que ce dernier soit élu président de la République. Le droit des femmes reste déterminant pour les jeunes femmes (86% des moins de 25 ans le prendront en compte dans leur vote pour 2022) mais pas pour toutes les femmes (47% des Françaises seulement jugent ce thème déterminant dans leur vote). Ces résultats révèlent l’absence d’effet MeToo notable dans l’ensemble de l’électorat féminin, malgré une très forte mobilisation des plus jeunes.   Emmanuel Macron arrive en tête des intentions de vote (25% des femmes ont l’intention de voter pour lui) malgré un bilan mitigé en matière de droits des femmes : moins d’une Français sur deux (47%) est satisfaite de l’action du président de la République.  

Il est à noter cependant la fin du mythe de la prime à la « virilité » dans la compétition pour l’élection présidentielle : 41% des femmes ayant l’intention de voter pour une femme déclarent que le genre de leur candidate est déterminant dans leur choix. Il existerait donc aujourd’hui une prime à la féminité dans une dynamique d’habilitation des femmes dans le politique.    

Un électorat féminin moins perméable au zemmourisme   Cette étude Ifop pour Elle confirme la réémergence du « radical right gender gap » (expression signifiant une adhésion moindre des femmes à l’extrême droite par rapport aux hommes) en la candidature d’Éric Zemmour, mise en lumière récemment dans de grandes enquêtes (ex : étude Ifop pour la LICRA, étude Ipsos-Cevipof-Fondation Jean Jaurès) Le scrutin présidentiel de 2017 semblait avoir confirmé le nivellement des choix électoraux selon le genre. Marine Le Pen était en effet parvenue à capter l’électorat féminin sous sa candidature alors que la droite radicale avait toujours pâti d’un plus faible engagement du vote féminin. A six mois du premier tour de l’élection présidentielle de 2022, la chute du mur entre les femmes et l’extrême droite semble se confirmer comme le donnent à voir les intentions de vote (toutes précautions d’interprétation gardées dans l’analyse de ces dernières à ce stade de la campagne). Les partis comme le Rassemblement national (RN) ne font plus office de repoussoir auprès des femmes ; les votes de l’électorat féminin en leur faveur ont connu une forte augmentation depuis 2012. A cette époque, le bloc de la droite nationale populiste représentait 19% du vote féminin, pour ensuite s’élever à 27% en 2017 et atteindre aujourd’hui 34%. L’hostilité des femmes envers le RN n’est plus. Ce phénomène est sûrement boosté par la posture moins guerrière et plus apaisée affichée par Marine Le Pen par souci de présidentialisation, ainsi que par la précarisation accrue des femmes déjà en situation de fragilité, pour qui la gauche ne parvient plus à s’ériger en « défenseuse » si l’on observe ses difficultés à s’imposer dans les intentions de vote.

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus.
 

Toutefois, les données pré-électorales récoltées à ce stade révèlent une réactivation du gender gap à l’extrême droite en la candidature d’Éric Zemmour. Si Marine Le Pen était parvenue à neutraliser ce phénomène, le polémiste le ranime, sa candidature faisant office de repoussoir pour les femmes. Si l’élection présidentielle avait lieu demain, à l’instant T et selon le rapport de force actuel, ce sont 17% des hommes qui voteraient pour Eric Zemmour contre seulement 12% des femmes. Et le négatif photographique de ce résultat se retrouve dans les intentions de vote pour Marine Le Pen : 20% des femmes et 16% des hommes ont l’intention de voter pour elle, donnant à voir une différenciation selon le genre dans le vote d’extrême droite.  

Autre faiblesse de la base électorale du polémiste : les jeunes femmes « primo votantes ». En effet, un clivage générationnel émaille l’électorat féminin, et le poids de cette variable dans les choix électoraux semble presque se substituer à celui du genre dans les intentions de vote pour les autres bords politiques. Les femmes âgées de moins de vingt-cinq ans adoptent des comportements plus typiques que les autres générations, peut-être car leur récente politisation s’est opérée dans un contexte post-MeToo et rythmé par les marches pour le climat, en faisant un électorat encore à part. Quand on focalise sur le vote des femmes âgées de dix-huit à vingt-quatre ans, la hiérarchie entre les candidats semble s’inverser : Yannick Jadot recueille ainsi 22% de leurs intentions de vote quand sa candidature ne rassemble que 7% des voix chez l’ensemble des femmes. Quant à Eric Zemmour, il tombe à 7% des intentions de vote auprès de cette cible.

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus.

 Ainsi, Éric Zemmour, ou « l’agitateur » de cette pré-campagne, vient fractionner l’électorat d’extrême droite ; son ton guerrier et offensant envers les femmes l’empêchant de recueillir leur adhésion. Les électeurs et électrices de la droite nationaliste se retrouvent donc presque scindés en deux groupes : les femmes avec Marine Le Pen et les hommes avec Éric Zemmour.                         

Mais existe-t-il toujours un « vote des femmes » ?   Dans les années 1990, Janine Mossuz-Lavau identifiait trois phases dans la construction du vote des femmes, depuis son acquisition dans les années 1940 jusqu’à l’époque contemporaine de la rédaction de son analyse. La première phase dite de « l’apprentissage » s’étalant jusqu’aux années 1960 se définit par une participation des femmes bien inférieure à celle des hommes, et par une orientation plus droitière de leur vote. La deuxième phase de « décollage » voit, dans les années 1970, une hausse de la participation féminine et une première réduction de l’écart entre les hommes et les femmes sur le vote de gauche. Et la troisième phase de « l’autonomie », dont le tournant des années 1980 ancre encore le virage vers la gauche du vote des femmes, met également en exergue une certaine hostilité de cette frange de l’électorat à l’égard des forces politiques d’extrême droite. Aujourd’hui, et après le chamboulement du scrutin présidentiel de 2017, le vote des femmes s’inscrit-il toujours dans cet âge de l’autonomie ? Il serait impossible d’apporter ici une réponse, mais la précédente analyse d’un alignement de l’orientation du vote des femmes sur celui des hommes au travers de leur appétence pour l’extrême droite constitue un premier point de départ à cette réflexion. Un autre point de départ serait l’analyse du taux de participation des femmes aux scrutins des années 2010.  La phase d’autonomie conceptualisée par Janine Mossuz-Lavau met en exergue une quasi égale participation à des scrutins entre les hommes et les femmes. La variable du genre n’apparaitrait alors plus significative dans l’explication de l’abstention comme l’affirme Mariette Sineau. C’est en effet ce qui est mesuré depuis les années 1980 et qui se confirme lors des premiers tours des derniers scrutins présidentiels : en 2012, 79% des hommes se sont rendus aux urnes et 81% des femmes, et en 2017 ce sont 80% des hommes et 79% des femmes (sondages jour du vote, Ifop). C’est également ce que l’on observait en 2014 pour les élections municipales : 64% des hommes sont allés voter et 62% des femmes. Toutefois, 2015 et les élections régionales voient s’amorcer une baisse de la participation féminine sur les autres formes de scrutin que l’élection reine. Ainsi, aux élections régionales de 2015, ce sont 57% des hommes qui se sont déplacés pour voter contre 45% des femmes, soit un différentiel de 12 points, et aux élections européennes de 2019, nous retrouvons un écart de 8 points sur la participation. La crise du Covid apparait alors comme un catalyseur de cette baisse amorcée lors des précédents scrutins (12 points d’écart sur la participation aux élections municipales de 2020, et 6 points pour les dernières élections régionales), et met à jour la fragilité de l’engagement des femmes par rapport aux hommes dans le vote.                      

Eric Zemmour, demeure pourtant le candidat qui inquiète deux femmes sur trois. L’une des clefs d’explication de la réactivation de cette différenciation du vote entre les hommes et les femmes est à trouver dans la « zemmouro-scepticisme » exprimée par deux électrices sur trois. Diverses études ont montré que malgré sa capacité à capter son électorat dans quasi toutes les strates de l’opinion, la faiblesse de la candidature du polémiste réside dans sa difficulté à rallier le vote des femmes, réactivant ainsi une forme de « radical right gender gap » sur sa candidature, phénomène qui tendait pourtant à se résorber depuis ces dernières années. Pointé du doigts pour ses prises de position misogynes et violentes à l’égard des femmes, non seulement le polémiste souffre d’un déficit de voix chez les femmes, mais il provoque également chez elles une aversion forte. Ce sont en effet 66% des femmes qui se disent inquiètes pour leurs droits s’il était un jour élu à la présidence de la République. Cette « zemmouro-scepticisme » traverse largement toute la gent féminine, et imprègne particulièrement les femmes ayant une sensibilité féministe (70% d’inquiétude chez les « très féministes »).

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus.

             

Les droits des femmes : un rôle déterminant du vote des jeunes électrices mais pas de l’ensemble des femmes.  L’impact de cette crainte pour les droits des femmes est tout de même à nuancer car comme le montre l’étude Ifop pour Elle, toutes les femmes ne lui accordent pas la même importance dans la construction de leur vote. Comparativement à 2017, la place des droits des femmes dans les déterminants du vote féminin semble relativement constante. En effet, ce sont toujours 47% des femmes qui jugent cet enjeu « déterminant » dans le choix de leur vote à l’élection présidentielle. Si le positionnement des candidats en matière de droit des femmes reste déterminant, ce dernier est à relativiser une fois mis en concurrence avec d’autres thématiques dont le poids dans le vote a augmenté depuis 2017. Ainsi, la santé (déterminante pour 71% des femmes) a, sous l’effet de la crise liée à la Covid-19, augmenté de 8 points depuis 2017, comme la lutte contre l’insécurité et la délinquance, qui a connu une hausse de 12 points (70% des femmes déclarent que c’est un enjeu déterminant).  

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus

  Toutefois, cette hiérarchie des thématiques dans le déterminant du vote s’inverse totalement chez les femmes de moins de vingt-cinq ans. Beaucoup plus nettement touchées par le mouvement MeToo et l’émergence de collectifs féministes comme Nous toutes, les jeunes placent la défense des droits des femmes en tête de leurs déterminants du vote (86%, soit plus de 27 points depuis 2017). L’impact de la crise sanitaire se fait également sentir au sein de cette population (73% déclarent la santé comme déterminante, soit une hausse de 21 points depuis la dernière élection présidentielle). Enfin, depuis le dernier scrutin national, la protection de l’environnement s’est fortement imposée dans les ressorts du vote des jeunes femmes. Avec une hausse de 30 points, ce sont désormais 71% d’entre elles qui prendront en compte les positionnements des candidats sur la lutte contre le réchauffement climatique dans leur choix de vote pour 2022.

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus

A contre-pied des idées reçues, c’est dans le vote des femmes les moins diplômées et les plus précaires que la défense de la condition féminine sera le plus déterminante : 52% des femmes ayant un diplôme inférieur au baccalauréat jugent cet enjeu déterminant, contre 38% de celle diplômées du supérieur. Pareillement pour les employées qui sont 51% à prendre en compte le droit des femmes dans leur vote, contre 31% des cadres et professions intellectuelles supérieures. Ce résultat peut être compris comme la manifestation de la précarisation accrue des femmes étant dans des situations socio-professionnelles moins certaines et subissant une forme de double peine : celle de leur statut social plus précaire et celle de la domination subie incombant à leur genre. La candidature d’Emmanuel Macron ne pâtit pas d’un jugement mitigé sur son action en faveur des droits des femmes. Preuve que l’aspect déterminant des droits des femmes ne traverse pas l’opinion féminine de manière homogène, Emmanuel Macron parvient, malgré un bilan mitigé en la matière, à se hisser, pour l’instant, en tête des intentions de vote des femmes et des féministes. Au lendemain de son élection, Emmanuel Macron présentait la lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes comme la « grande cause du quinquennat ». A la veille du prochain scrutin, quel bilan les femmes en tirent-elles ? Ce sont moins de la moitié des Françaises (47%) qui se disent satisfaites de l’action du président de la République concernant « l’amélioration des droits des femmes ». Ce résultat mitigé reste cependant important quand on le compare aux autres domaines d’action du chef de l’Etat. L’amélioration de la situation des femmes en France arrive en effet en deuxième position des secteurs vecteurs de satisfaction après l’entretien des relations avec l’Union européenne (56%). Toutefois, cette satisfaction ne semble pas traverser l’opinion féminine de manière homogène : les plus jeunes (qui, on l’a vu précédemment, sont particulièrement attachées à cette thématique) sont 39% à se déclarer satisfaites contre 50% des 35-49 ans. Ce résultat fluctue également selon le positionnement politique des femmes interrogées, et plus particulièrement qu’elles soient sympathisantes ou non de la majorité présidentielle (96% des partisanes de La République en marche sont satisfaites contre 37% des sympathisantes d’Europe-Ecologie-Les Verts ou 41% du Parti socialiste). Le degré de féminisme joue également sur leur rapport au bilan du chef de l’Etat et tend à relativiser sa bonne évaluation : plus les femmes interrogées sont féministes, moins elles s’avèrent satisfaites de l’action menée par le gouvernement (34% des « très féministes » contre 50% chez les « non féministes »).    

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus

 Toutefois, ce bilan en demi-teinte ne semble pas se faire ressentir sur l’engagement des femmes à l’égard du président de la République puisqu’il recueille 25% des intentions de vote de ces dernières, le plaçant en première position chez les femmes. S’il apparaît « fort » chez ces dernières, il l’est particulièrement chez les électrices revendiquant une sensibilité accrue à la condition féminine puisque 31% des femmes « très féministes » ont l’intention de voter pour lui. Ces deux résultats « paradoxaux » donnent peut-être à voir la manifestation de deux formes de féminisme ne donnant pas la primeur aux mêmes problématiques, l’une étant satisfaite de l’action du gouvernement en matière de droit des femmes, l’autre jugeant ce bilan encore largement insuffisant au vu des enjeux et des promesses de début de mandat.   

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus

Le mythe de la prime à la « virilité » dans la compétition présidentielle. Dans un modèle de société où l’identité particulière des individus semble de plus en plus prise en compte, chaque candidat à une élection présidentielle tente de se distinguer de ses adversaires sur ses traits de personnalité et d’appartenance. La virilité a longtemps été présentée comme une qualité incontournable d’un participant au « combat » pour l’Elysée. Flotterait alors l’idée qu’il existe une « prime à la virilité », idée aujourd’hui largement contestée par l’opinion publique. En effet, 41% des femmes ayant l’intention de voter pour une femme en 2022 déclarent que le genre de cette candidate les a incitées à voter pour elle plutôt que pour un homme portant les mêmes idées. Il existe donc une « prime à la féminité » chez les femmes, mais aussi chez les hommes souhaitant voter pour une femme qui sont 43% à partager cette opinion. En négatif, la masculinité d’un candidat semble moins jouer, notamment sur le vote des femmes (15% des électrices potentielles d’un homme votent pour ce dernier du fait de son genre). Ce double résultat peut nous permettre de formuler l’hypothèse selon laquelle la prime au féminin dans le vote féminin s’inscrit dans une dynamique d’habilitation des femmes dans le politique par rapport aux hommes, en effet, leur présence à des postes électifs est plus courante.

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus.
 

De plus, le fait de voter pour une femme en raison de son identité de genre apparaît comme un choix « féministe ». En effet, les femmes déclarant avoir une sensibilité féministe sont plus nombreuses à prendre en compte ce critère que celles n’en déclarant aucune, et les plus militantes placent ce critère au premier plan (61% d’entre elles) lorsque deux candidats présentent des idées semblables. Le fait qu’aucune femme n’ait encore été élue à la présidence de la République peut appuyer cette démarche des électeurs et électrices à voter davantage pour l’une d’elle. Être un femme candidate à la présidentielle en 2022 ne semble plus représenter un handicap. Si ces résultats rendent caduques les « appels à la virilité » de certains hommes politiques, le genre des candidats n’apparaît tout de même pas totalement déterminant au point de surclasser les propositions programmatiques et la personnalité de ces derniers dans les déterminants du vote. Contrairement aux assertions d’Eric Zemmour selon qui « les femmes n’expriment pas le pouvoir », la figure de la femme présidente de la République semble de plus en plus s’imposer dans l’opinion publique. La capacité des femmes à occuper de hauts postes électifs n’est plus frontalement questionnée par les Français puisque nous mesurons depuis les années 1980 un tournant dans la confiance accordée aux femmes pour assumer les fonctions de présidente de la République. Ce sont ainsi près de huit Français sur dix qui déclarent leur confiance envers une femme pour mener le pays, et ce résultat imprègne dans les mêmes proportions aussi bien les hommes que les femmes. Non seulement l’ensemble des Français apparaît en adéquation avec l’idée qu’une femme puisse être présidente, mais il semblerait que ce taux soit supérieur à celui mesuré à l’égard des hommes. En effet, « seulement » 71% des femmes et 77% des hommes disent faire confiance à un homme pour tenir le rôle de président de la République, contre 80% des femmes et 81% des hommes qui déclarent faire confiance à une femme.

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus.

Toutefois, il convient de prendre ce résultat pour ce qu’il est, c’est-à-dire purement déclaratif, avec tous les biais que cela comporte. Ce phénomène déclaratif n’a en effet toujours pas abouti à l’élection d’une femme comme présidente de la République, et nous notons une autre forme de paradoxe : si l’idée qu’une femme est capable d’être présidente imprègne l’opinion publique féminine de manière quasi homogène, les femmes les moins diplômées semblent légèrement plus en retrait que les plus diplômées. Ces dernières sont aussi moins nombreuses à déclarer voter pour une femme parce que c’est une femme. Pour autant, on retrouve une partie de ces femmes moins diplômées dans l’électorat de Marine Le Pen, la femme politique rassemblant ces dernières années le plus de voix autour de sa candidature.

Sources

« Sociologie du « zemmourisme » : radiographie d’un nouvel électorat national-populiste », par François Kraus. Note de l’Ifop pour la Licra et la revue « Le DDV ».

« Radiographie de l’électorat potentiel d’Éric Zemmour », par Antoine Bristielle et Tristan Guerra dans une enquête de la Fondation Jean-Jaurès intitulée « Le Dossier Zemmour : idéologie, image, électorat ».

Mossuz-Lavau Janine. Le vote des femmes en France (1945-1993). In : Revue française de science politique, 43?? année, n°4, 1993. pp. 673-689.

« Sociologie du « zemmourisme » : radiographie d’un nouvel électorat national-populiste », par François Kraus et « Radiographie de l’électorat potentiel d’Éric Zemmour », par Antoine Bristielle et Tristan Guerra.

Réussite professionnelle des femmes.. État des lieux.

Pourquoi les femmes sont-elles moins nombreuses à occuper des postes de pouvoir ? Existe-t-il vraiment un « leadership féminin » ? Et surtout, comment la féminisation des entreprises et des directions peut-elle devenir un véritable tremplin d’innovation et de performance pour les organisations ?

D’après l’enquête « Great Insights » menée en janvier 2021 par le leader mondial dans l’évaluation de l’expérience au travail et l’amélioration de la qualité de vie au travail, Great Place To Work® France auprès d’un échantillon représentatif de 4119 actifs français; 79% des Français estiment que « l’entreprise est un environnement propice à la réussite professionnelle des femmes« (contre 65% en 2018) et 76% que « les femmes ont les mêmes chances que les hommes d’accéder à des postes de direction » (63% en 2018). Elles / ils ne sont pourtant encore que 68% à considérer qu’à poste égal, hommes et femmes perçoivent la même rémunération.

Ces chiffres soulignent une belle progression. Mais face au challenge toujours important de l’égalité professionnelle, il reste essentiel de mettre en lumière les organisations qui misent sur leur capital humain et font de l’inclusion un axe fort de leur succès.

L’année dernière, Great Place To Work France en partenariat avec le Think Tank Marie Claire Agir pour l’Egalité, dévoilait la première édition de Best Workplaces For Women, qui comptait dix sept entreprises, huit de plus ont été sélectionnées cette année sur les mêmes critères méthodologiques.

La liste des Best Workplaces For Women a été révélée en janvier lors de l’événement citoyen « L’Appel pour l’Égalité » se tenant au Siège de l’UNESCO à Paris. En 2021, 25 organisations s’illustrent et inspirent toutes les entreprises par leur engagement concret.

Trois aspects sont évalués; la représentativité des femmes au sein de l’organisation et aux postes de management; la perception des femmes au Trust Index© sur des questions spécifiques sur quatre thématiques : responsabilisation, promotions et équité, reconnaissance, équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle et les pratiques mises en œuvre par l’organisation en matière d’égalité professionnelle et de parentalité.

Pour être éligible à la liste Best Workplaces For Women, une organisation doit dans un premier temps remplir certains critères : être lauréate du Palmarès Best Workplaces France 2021, compter au moins 33% de femmes dans ses effectifs et compter au moins 33% de femmes managers.

Sur les 25 entreprises de la liste, une majorité est issue du secteur des services. Si une seule, Stryker, possède des unités de production en France, d’autres entreprises industrielles sont présentes sur la liste, comme Brown-Forman ou SC Johnson. Deux d’entre elles, AbbVie et Biogen, représentent le secteur de l’industrie pharmaceutique. On trouve aussi des distributeurs comme Bleu Libellule (produits de coiffure et d’esthétique) ou W.L. Gore, qui distribue le fameux tissu Gore-Tex. Du côté des services financiers et assurances, on retrouve Cofidis et Monabanq, Direct Assurance, Garance, HomeServe, Lelynx ou encore L’Olivier Assurance. Le secteur des services est bien représenté, tant aux particuliers (leboncoin Groupe, lesfurets) qu’aux professionnels (Easylife, Epsa Tax & Innovation, Start People ou Utopies). L’immobilier est présent avec la société foncière Hammerson, tout comme les technologies de l’information : Des Systèmes et des Hommes, Infiné Group, Intuit Quickbooks ou le centre d’appel UES MCRA.

Pour Tiphaine Galliez, directrice consulting chez Great Place To Work® France, « la surreprésentation des entreprises de services pourrait s’expliquer, entre autres, par le caractère moins ‘genré’ des emplois proposés, avec souvent moins de barrières à l’entrée pour les femmes, un marché de l’emploi plus fourni en profils féminins, la possibilité de se projeter dans un environnement perçu comme plus favorable… « .

Plus de 50% des entreprises de la liste sont d’origine française, « ce qui montre que les entreprises françaises sont largement capables de s’emparer du sujet et d’en faire une priorité, tout en développant une approche culturelle autonome – même si les politiques d’inclusion sont aussi parfois impulsées par des groupes multinationaux », analyse Tiphaine Galliez.

12 entreprises de la liste ont entre 50 et 250 collaborateurs – ce qui en fait la catégorie la plus représentée. 7 d’entre elles ont entre 250 et 1000 collaborateurs, 3 entre 1000 et 2500, et 3 en comptent moins de 50. Si cette répartition reflète plutôt bien celle du Palmarès Best Workplaces 2021, « il reste étonnant de ne pas y voir plus de grosses entreprises, qui auraient davantage les moyens de créer des pratiques et outils », s’interroge Tiphaine Galliez, pour qui « si les 50 à 250 sont bien représentées, c’est d’abord parce qu’elles ont un enjeu fort de marque employeur et d’attractivité ».

Liste des Best Workplaces for Women 2021 (par ordre alphabétique) 

  • AbbVie (250 à 1000 salariés) – secteur biotechnologie et industrie pharmaceutique
  • BIOGEN France (50 à 250 salariés) – secteur biotechnologie et industrie pharmaceutique
  • Bleu Libellule (250 à 1000 salariés) – secteur production et fabrication 
  • BROWN-FORMAN France (50 à 250 salariés) – secteur production et fabrication
  • Cofidis (1000 à 2500 salariés) – secteur finance et assurance
  • DES SYSTEMES ET DES HOMMES (50 à 250 salariés) – secteur numérique
  • Direct Assurance (250 à 1000 salariés) – secteur finance et assurance
  • Easylife (50 à 250 salariés) – secteur consulting
  • EPSA Tax & Innovation (50 à 250 salariés) – secteur consulting 
  • GARANCE (50 à 250 salariés) – secteur finance et assurance
  • Hammerson France (50 à 250 salariés) – secteur construction, BTP & immobilier
  • HomeServe France (250 à 1000 salariés) – secteur finance et assurance
  • Infine Group (moins de 50 salariés) – secteur numérique 
  • Intuit France (50 à 250 salariés) – secteur numérique
  • leboncoin Groupe (1000 à 2500 salariés) – secteur médias
  • LELYNX (moins de 50 salariés) – secteur finance et assurance
  • lesfurets (50 à 250 salariés) – secteur médias
  • L’Olivier Assurance (250 à 1000 salariés) – secteur finance et assurance
  • MONABANQ (50 à 250 salariés) – secteur finance et assurance
  • SC Johnson (50 à 250 salariés) – secteur production et fabrication
  • Start People (250 à 1000 salariés) – secteur consulting
  • Stryker France (250 à 1000 salariés) – secteur production et fabrication
  • UES MCRA (1000 à 2500 salariés) – secteur numérique 
  • Utopies (moins de 50 salariés) – secteur consulting 
  • W.L. Gore & Associés (50 à 250 salariés) – secteur production et fabrication

Ces entreprises pionnières endossent leur responsabilité politique et contribuent largement à faire progresser la société en prenant l’initiative de mettre en place des pratiques sur la parentalité, l’égalité salariale, la sensibilisation, le recrutement ou le leadership féminin.

«Réparer les violences» : le nouveau podcast de La Maison des femmes

La Maison des femmes de Saint-Denis accueille entre 50 et 80 femmes par jour et assure près de 15 000 consultations par an. Elle lance aujourd’hui un podcast pour comprendre et agir face à une urgence de santé publique : les violences faites aux femmes. Une immersion sans filtre pour comprendre et se mettre en action.

Au fil des épisodes, on rencontre des femmes victimes de violences et celles et ceux qui œuvrent au quotidien pour les écouter, les accompagner et les soigner. Témoignage essentiel pour montrer l’importance du travail sur le terrain, ce podcast donne de la voix à un lieu unique, créé par la gynécologue Ghada Hatem.

L’équipe de La Maison des femmes de Seine Saint Denis – Crédits LMDF

Ce podcast a une double vocation : faire entendre directement les voix des femmes et de celles et ceux qui les soignent. À travers elles, raconter les répercussions des violences subies sur le corps, l’esprit et la vie toute entière. Raconter aussi un collectif et un modèle de « médecine et de prise en charge globale de la violence » qui fonctionne et qui doit être développé en France et à l’international.

«Réparer les violences» a été réalisé grâce au soutien de la Fondation Kering, partenaire historique de La Maison des femmes, qui lutte contre les violences faites aux femmes depuis 2008. Convaincue par l’impact de ce modèle, la Fondation s’est engagée en juin dernier à financer, aux côtés de l’État, le déploiement de 15 nouvelles «Maisons des femmes » en France.

«Réparer les violences», une urgence de santé publique !

Le point de départ, c’est un constat accablant : en France, chaque année, 93 000 femmes sont victimes de viol ou de tentatives de viol et 220 000 femmes sont victimes de violences conjugales. Les répercussions de ces violences sont médicales, sociales et impactent la société tout entière.La réponse, c’est une unité de soins unique en son genre, à Saint-Denis, qui prend en charge les femmes en difficulté ou victimes de violences. Rattachée au Centre hospitalier de Saint-Denis, La Maison des femmes réunit soignants, thérapeutes, policiers, juristes, mais aussi artistes ou sportifs, qui coopèrent pour accompagner les patientes vers la guérison et l’autonomie.50 à 80 femmes passent chaque jour la porte de La Maison des femmes de Saint-Denis pour recevoir une aide et se reconstruire, tant physiquement que psychologiquement.

«Réparer les violences» a été présenté en avant-première au Paris Podcast Festival ce samedi 16 octobre, au cours d’une table ronde qui a réuni Ghada Hatem, fondatrice et médecin cheffe de La Maison des femmes, Sophie, patiente de La Maison des femmes, Céline Bonnaire, déléguée générale de la Fondation Kering, Jennifer Padjemi, autrice du podcast et Théo Boulenger, réalisateur du podcast. La discussion a été animée par Enora Malagré.

Florence Foresti et de nombreux artistes s’’engagent contre les violences faites aux femmes.

Depuis maintenant deux ans, le nombre de cas de violences faites aux femmes et aux enfants explose. Face à ce fléau, la France peine à apporter une réponse adéquate. Sur le terrain, les associations qui viennent en aide et accompagnement ces victimes font face à une vague de demandes sans précédent. C’est le cas de Women Safe & Children, qui doit continuellement adapter son dispositif pour tenter de répondre à des besoins exponentiels.

À l’initiative de sa marraine Florence Foresti, Women Safe & Children lance une grande tombola solidaire sur la plateforme Karmadon. Les fonds récoltés favoriseront la poursuite de son action de terrain et la duplication de son modèle dans toute la France en métropole et outre-mer.

Women Safe & Children : un accueil, une écoute et un accompagnement gratuit qui se développent sur tout le territoire.

Depuis 2014, ce sont plus de 4 000 femmes et enfants qui ont bénéficié de la méthodologie pionnière et unique de WS&C. La spécificité de l’association est de leur proposer, en un même lieu, un accueil, une écoute et un accompagnement pluridisciplinaire gratuit. Professionnel·les de la santé (Infirmières, médecins, psychologues, ostéopathes etc.) et de la justice (juristes et avocat·es) mettent ainsi leur expertise au service des bénéficiaires afin de leur proposer une stratégie de sortie de violence concertée, efficace et pérenne.

Accueilli·es physiquement dans cet espace sécurisant, les femmes et enfants suivi·es se voient proposer un parcours adapté à la singularité de leur situation, et peuvent envisager leur reconstruction dans un climat de confiance et de bienveillance.

Reconnu à l’échelle nationale, l’accompagnement imaginé par Women Safe & Children peut maintenant se développer sur l’ensemble du territoire. Une première antenne a vu le jour en Haute-Savoie, et d’autres sont en préparation. À terme, l’objectif est d’accompagner le plus grand nombre possible de femmes et d’enfants grâce à l’implantation locale de nouveaux centres pluridisciplinaires.

Pour Frédérique Martz, Fondatrice de l’Institut : «La libération de la parole autour des différentes formes de violences subies par les femmes et les enfants suscite un tsunami des demandes d’accompagnement. Il faut s’en réjouir, car sortir du silence est une étape cruciale, mais il faut aussi répondre à ces appels à l’aide par une prise en charge effective et qualitative. Nous devons donc augmenter nos moyens et ouvrir de nouvelles antennes pour aider toujours plus, toujours plus vite et toujours au plus près des besoins. Nous attendons beaucoup de cette tombola et espérons une mobilisation citoyenne à la hauteur de l’enjeu : plus vous jouerez, plus nous aurons les moyens d’offrir une “Seconde vie” aux femmes et aux enfants que nous accompagnerons. »

Plus de 30 artistes et personnalités s’associent à la lutte contre les violences faites aux femmes et leurs enfants, en mettant en jeu des objets très personnels à gagner, afin de collecter des fonds pour soutenir l’Institut WS&C dans ses actions.

Sous l’impulsion de Florence Foresti, une trentaine de célébrités, dont Vanessa Paradis, Angèle, Gims, Vianney, Jennifer, Natoo, Jamel Debouze, et bien d’autres ont décidé de s’engager dans cette tombola solidaire sur la plateforme www.karmadon.org.

Association Women Safe & Children 
9 rue Armagis, 78100 Saint-Germain-en-Laye  
0139108535

Nathalie Goulet : « Je suis contre l’écriture inclusive et pour la chasse », une interview sans filtre

Nathalie Goulet est une femme aux avis tranchés et au parcours atypique s’il en est. Arrivée en politique brutalement suite au décès de son mari sénateur, elle se retrouve sénatrice de l’Orne et membre du groupe Union centriste au Sénat depuis 2007.
Celle qui tente actuellement de boucler sa liste en Seine Maritime, a eu la gentillesse de prendre le temps de répondre à nos questions sur les femmes, la société et son action politique.
Une interview fleuve et sans filtre d’une femme au franc parler, sans concession qui a accepté de se confier.

Lorsque nous la contactons, Nathalie Goulet vient tout juste d’apprendre la naissance de sa troisième petite fille aux États-Unis, elle ne manque pas de nous faire part de la bonne nouvelle, enthousiaste : « Une brune pour une fois, ma fille n’a fait que des blondes aux yeux bleus, ce qui n’est pas trop le genre de la famille. »

A l’aube de ses 63 printemps le 24 mai, la sénatrice vit difficilement son propre vieillissement : « J’ai détesté être grand-mère. J’ai l’angoisse de ce délabrement physique auquel on est condamnés, je suis en sursis je fais le maximum, je suis végétarienne et fais de la gym tous les jours. J’ai l’obsession de la balance, en cela le premier confinement a été terrible à vivre. J’ai fait la moitié du confinement en boulimie et l’autre moitié au régime. »
Que pense t’elle alors de la condition des femmes à travers cette crise sanitaire ? « La crise sanitaire a été une caisse de résonance pour les inégalités hommes-femmes au plan domestique et salariale avec une aggravation des situations. Les femmes occupent plus d’emplois à temps partiel vous ajoutez à cela la condition des femmes en tant que mère, épouse, il a fallu maintenir des équilibres familiaux avec beaucoup plus d’efforts dans un contexte très difficile. Psychologiquement cela a été plus difficile pour les femmes que pour les hommes.« 

Au niveau de votre région avez-vous envisagé de donner un écho à ce débat là ? « J’ai une femme tête de liste dans chaque département. C’est un choix stratégique qui m’a été reproché d’ailleurs par un « vieux cheval de retour » qui voyait d’un très mauvais œil l’une des tête de liste puisque lui même ambitionnait d’être tête de liste pour moi. Entre une femme qui travaille le terrain et un « vieux cheval de retour » qui a trainé ses guêtres dans tous les partis je n’ai pas hésité ! « 

« En politique les femmes se conduisent aussi mal que les hommes, il n’y a pas de différences. J’adore la phrase de Françoise Giroud : « Une femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente ». C’est difficile d’avoir des femmes sur les listes électorales, elles déclinent volontiers aux motifs qu’elles ne seraient soir pas assez compétentes ou pas assez disponibles. Ce qui n’est jamais le cas d’un homme qui accepte quasiment systématiquement même s’il est très mauvais ou n’a pas d’expérience. Le scrutin de liste, comme celui des régionales ouvre une porte importante pour les femmes, cela leur donne une visibilité dans le cadre d’une liste ce qui est plus difficile au scrutin majoritaire à deux tours. »

Nathalie Goulet dit détester les réseaux mais suis l’activité d’associations telles que Jamais sans elles « J’ai remarqué que les femmes travaillent très facilement en réseau alors que les hommes ont besoin de référer dans un fonctionnement hiérarchique. Je ne suis pas une ayatollah du féminisme, je ne suis pas Laurence Rossignol. Je suis militante de la parité, du droit des femmes et de l’égalité salariale. Je préfère que l’on m’appelle LE sénateur que LA sénatrice. »
Vous êtes donc contre l’écriture inclusive ? « Ah oui ! Je suis POUR la chasse et CONTRE l’écriture inclusive ! Je trouve cela d’une absurdité délirante, cela n’a aucun sens c’est une négation de la culture et de l’histoire. Le « pater familias » est une notion connotée et datée. »

Quel sont vos principaux défis professionnels à venir : « Finir les régionales, ma liste en Seine maritime qui est un vrai enjeu car il faut 39 membres et je ne les ai pas pour l’instant, le défi le plus important c’est en ayant une candidature indépendante ne pas faire le jeu du Rassemblement National, c’est fondamental. Il y a un enjeu immédiat de territoires mais également un enjeu de programme pour l’instant je suis la seule à avoir publié un programme, j’espère que l’on pourra marquer le débat. Je m’emploie a finir ma liste.« 

Nathalie Goulet vient d’apprendre que l’un de ses colistier en Seine Maritime était atteint du COVID : « Nous continuons de faire campagne, de faire du porte à porte et les marchés puisque l’on a maintenu les élections. Je voulais absolument qu’on les reporte. »

Le second défi est concomitant au Sénat puisque l’on va examiner le 25 mai, une proposition de loi que j’ai déposée le 8 janvier 2020 sur l’irresponsabilité pénale liée non seulement à l’affaire Halimi mais à d’autres affaires, le code pénal ne peut pas être un permis de tuer si l’on prend des stupéfiants ou si l’on se met soi même dans une situation d’irresponsabilité. »

Un conseil pour les jeunes femmes des générations futures ? « Il faut y aller ! Il faut aller aux élections, confronter les idées, s’imposer. il faut faire la différence entre Paris-Lyon-Marseille où la politique est un peu pipée, sur des territoires plus ruraux qui sont quand même la majorité de la France, c’est le terrain qui est très important. les femmes doivent s’engager qu’elles soient infirmières, agricultrices, on a besoin d’une représentation pluriprofessionnelles féminine sur les territoires et il ne faut pas avoir peur, il faut s’organiser pour aider les femmes débordées. C’est très important. »

Propos recueillis par Romy Zucchet, le jeudi 29 avril 2021

Journée mondiale de lutte contre l’endométriose : Une proposition de loi pour mieux prévenir et lutter !

Souvent ignorée, douloureuse et source de graves complications sur la santé des femmes… l’endométriose est aujourd’hui encore en France, une pathologie diagnostiquée trop tardivement. Le député Éric Pauget et la sénatrice Alexandra Borchio-Fontimp ont déposé une proposition de loi commune visant à prévenir et lutter contre cette maladie méconnue qui touche plus d’une femme sur dix dans notre pays.

Des professionnels de la santé au grand public, l’endométriose est une pathologie gynécologique qui sou re encore d’un grand manque de reconnaissance alors qu’elle touche une femme sur dix. Silencieuse, cette pathologie invalidante qui se traduit par de vives douleurs peut menacer gravement la fertilité des femmes.

Avec un retard de diagnostic moyen de sept ans, l’endométriose engendre parfois des complications lourdes et coûteuses qui pourraient être évitées par un meilleur dépistage.

C’est face à ce constat que les deux parlementaires antibois, le député Éric Pauget et la sénatrice Alexandra Borchio-Fontimp ont chacun déposé une proposition de loi commune à l’Assemblée nationale et au Sénat instaurant un parcours de prévention, de dépistage et d’accompagnement de l’endométriose. Cette proposition de loi qui a été élaborée en concertation avec la présidente de l’association EndoFrance.

Au delà des mesures de reconnaissance de cette maladie déjà engagées par des parlementaires français, ce texte propose desormais :

– À 15 ans, une consultation médicale gratuite et obligatoire de sensibilisation et de prévention de l’endométriose, qui pourra être accompagnée d’un examen gynécologique facultatif nécessitant le consentement de la mineure et de son tuteur légal.
– À 21 ans, une seconde visite de prévention sur la base du volontariat.

– Une prise en charge intégrale des consultations et examens de prévention de l’endométriose ainsi que des soins de cette maladie.
– La gratuité des pilules contraceptives prescrites dans le cadre de l’endométriose.
– Un module de sensibilisation à la prévention l’endométriose durant la formation des

futurs médecins.

Estimée à 75 millions d’euros, cette mesure permettrait de faire considérablement chuter les dépenses de soins liées à cette pathologie, dont le coût avoisine les 750 millions d’euros par an. Et au delà du simple aspect financier, c’est avant tout la santé des Femmes et le droit de l’enfant pour chaque famille qui est en jeu.

Aïssa Maïga : « Nous ne laisserons pas la France tranquille »

Plus de 20 000 personnes, parmi lesquelles les actrices Leïla Bekhti, Géraldine Nakache, Marina Foïs, Adèle Haenel, Adèle Exarchopoulos et Aïssa Maïga, se sont ainsi réunies à Paris lors de la manifestation à l’initiative du Comité de soutien à la famille d’Adama Traoré (un jeune homme noir de 24 ans tué en 2016, lors d’une interpellation), malgré l’interdiction de cette manifestation.

Ce mardi 2 juin, l’actrice et réalisatrice de 45 ans qui dénonçait le manque de diversité dans le cinéma français lors des César, a repris la parole aux côtés d’Assa Traoré, sœur d’Adama Traoré, lors de la manifestation contre les violences policières organisée devant le tribunal de justice de Paris.

@theomaneval

« Je suis fière d’être ici, aux côtés d’Assa et de toutes les familles victimes de la brutalité policière en France. Je suis là en mémoire de tous ceux, la liste est trop longue, qui ont subi ces violences et qui l’ont payé de leur vie. Je suis actrice et réalisatrice, le combat que nous menons au cinéma, à la télévision et dans le théâtre en France est le même combat« , a-t-elle déclaré devant la foule.

Un discours qualifié de « poignant », « magistral », « flamboyant » qui a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.