Aurélie Clémente-Ruiz, première femme directrice du Musée de l’Homme

Une femme à la tête du Musée de l’Homme c’est fait ! Succédant ainsi à André Delpuech, qui officiait à ce poste depuis 2017, Aurélie Clemente-Ruiz a été nommée directrice du Musée de l’Homme, le 1er avril 2022, à l’issue d’un processus de recrutement qui a sélectionné son projet pour l’établissement.

C’est une petite révolution dans le monde de l’Art, Aurélie Clémente-Ruiz qui occupait depuis janvier 2021 le poste de directrice des expositions, devient la première femme directrice de cette institution : «Il était temps, non ?» a t’elle confié à nos confrères du Parisien.

Le nouveau Musée de l’Homme inauguré en 2015 et situé en face de la Tour Eiffel, a pour objectif la compréhension de l’évolution de l’Homme et des sociétés, en croisant les approches biologiques, sociales et culturelles. Il aborde aussi bien l’étude des périodes les plus anciennes que la période contemporaine qui questionne le devenir de l’Homme.

Musée de restitution des connaissances et de débats publics, le nouveau Musée de l’Homme comporte de vastes espaces publics réservés à ces fonctions. Expositions, balcon des sciences, auditorium, centre de ressources, salles d’enseignements, ateliers pédagogiques sont autant de lieux dans lesquels les visiteurs sont invités à vivre en direct l’actualité des Sciences de l’Homme. Par ailleurs, le Musée de l’Homme héberge des équipes de chercheurs internationalement reconnues qui travaillent sur l’évolution de l’Homme et les interactions entre les sociétés et leurs environnements.

Galerie de l’Homme. © MNHN – J-C Domenech

Aux commandes du Musée de l’Homme, Aurélie Clémente-Ruiz. aura pour mission d’accroître sa visibilité et sa fréquentation en l’ouvrant à de nouveaux publics, grâce à une diversité de projets (expositions mais aussi rencontres, ateliers, visites spécifiques, soirées thématisées…) Elle souhaite en faire un lieu de convivialité, de connaissance et découverte pour tous. Convaincue que l’étude du passé de l’humanité permet de mieux appréhender son futur, Aurélie Clemente-Ruiz entend également renforcer le positionnement du Musée de l’Homme, un des rares lieux culturels traitant à la fois de préhistoire et de sociétés, en les ancrant dans le monde contemporain.

La nouvelle directrice souhaite conserver l’esprit citoyen du Musée de l’Homme qui, depuis sa réouverture en 2015, s’empare de thématiques suscitant l’engagement (à l’image de l’exposition Nous et les autres, des préjugés au racisme, en 2017), avec la plus grande rigueur scientifique. Par ailleurs responsable du pôle Musées, elle sera chargée de renforcer les liens entre le Musée de l’Homme et les autres sites du Muséum national d’Histoire naturelle.

Romane Bohringer : « Mon endroit d’équilibre c’est le théâtre depuis toujours.. »

Au théâtre, en tournée actuellement dans toute la France avec la pièce « L’occupation » sur un texte de l’écrivaine Annie Ernaux1, Romane Bohringer qui commença sa carrière à l’âge où les autres filles jouent encore aux billes, a gentillement accepté de nous rencontrer nous accordant son entière disponibilité et se prêtant au jeu des questions entre deux représentations. Une longue interview investie et habitée, à l’image de sa générosité.

Ce qui frappe quand on rencontre Romane Bohringer c’est sa sensibilité et sa simplicité. A mille lieu des strass et des peoples, à des années lumières de l’image d’artiste torturée qu’elle véhiculait parfois, Romane est une femme bien ancrée dans sa génération, une femme à la carrière exemplaire qui n’a plus rien à prouver et qui se fiche des apparences. Attentive à l’autre et aimant véritablement la gente humaine, cette enfant de la balle, est très proche de ses collaborateurs (techniciens, régisseurs, assistant mise en scène etc…) qui constituent pour elle une véritable « famille ». Ce jour là, Romane et son équipe, avaient organisé un barbecue improvisé sur le parking du théâtre en toute décontraction dans une ambiance de franche camaraderie.. Du jamais vu dans le milieu parfois guindé du spectacle dit « culturel ».
Les personnes ayant eu la chance de travailler avec elle évoquent quelqu’un d' »exigeant artistiquement », « une véritable bosseuse » qui ne se contente pas de la médiocrité là où d’autres comédiennes misent tout sur leur notoriété. Romane Bohringer s’intéresse véritablement aux gens. Nous qui avions peur de la brusquer, finalement c’est elle qui nous a capturé.

Vous êtes actuellement en tournée au théâtre avec le spectacle « L’occupation » sur un texte d’Annie Ernaux, qui traite de la jalousie dans le couple, pouvez-vous nous le résumer pour nos lecteur.ice.s qui ne l’auraient pas encore vu / lu ?

C’est le récit d’une femme qui plonge à un moment de sa vie dans un sentiment de jalousie obsessionnel et assez destructeur. Elle est tout à coup envahi par un sentiment qu’elle ne connaissait pas qui est celui de l’obsession amoureuse de la dépossession de soi-même. « L’occupation » c’est donc une femme qui a quitté un homme et quelques mois après elle apprend que cet homme s’est remis avec une femme ; et à partir de ce moment là alors qu’elle l’avait quitté, alors qu’elle en était détachée, que ça venait de sa propre décision, l’existence d’une autre femme dans la vie de cet homme va la plonger dans une perte de contrôle et Annie Ernaux explore ce moment avec toute la beauté de sa langue.

Est-ce qu’elle vous ressemble cette femme qui a la quarantaine et est à un tournant de vie, comme on l’imagine ?

Pas seulement à moi. Les immenses auteurs – et je pense qu’Annie Ernaux est une immense autrice – ce n’est pas seulement à moi, elle a une capacité à capter, à décrire, en passant par elle car la chose incroyable sur Annie Ernaux c’est que de tout temps elle écrit sur elle, sur sa vie sociale, de femme, c’est le génie, elle touche à l’humain de manière tellement forte qu’elle parle de toutes. Elle comprend l’humanité, femmes, hommes, c’est ça qui est époustouflant dans son écriture.
Après je peux dire plus spécifiquement que quand j’ai lu le texte oui il touchait en moi des choses. L’histoire d’une grande obsession suivi d’une grande délivrance pour qui est passé par là on s’y reconnaît. Il y a des moments où je me sentais assez proche de ce qui était dit dans le texte.

Romane Boringher – Crédits Romy Zucchet

Vous souvenez-vous de tous les personnages que vous avez incarnés ? Est-ce qu’il y en a qui vous ont accompagnés, suivis pendant longtemps ?

Il y en a des plus marquants que d’autres dans une vie. Beaucoup plus au théâtre qu’au cinéma. Au cinéma il y a des personnages très forts mais ce sont des films, des objets individuels et singuliers. Au théâtre il y a le texte et les textes peuvent vous accompagner vraiment toute une vie et c’est très différent. Il y a des films que j’ai fait qui m’ont marqué pour leur qualité cinématographique pour l’expérience que cela a été mais je ne peux pas dire que des personnages ont continué de m’habiter alors que je peux dire que des textes de théâtre m’ont accompagnés très longtemps. Avoir la chance d’être comédienne au théâtre et d’interpréter des textes c’est comme se remplir sa propre bibliothèque intime et comme on les apprend et « performe » sur scène il y a cette dimension physique aux textes. Et puis la littérature c’est quelque chose qui dépasse l’image, c’est sûr que quand on joue Shakespeare à 20 ans, Brecht à 25, Tenessee Williams ce sont des auteurs qui vous quittent jamais on se souvient toujours, quand je tombe amoureuse je pense toujours à Roméo et Juliette, c’est des auteurs qui ont eu des mots tels.. C’est le texte qui vous accompagne. Une fois qu’on est riche de ça, notre plus grande mission c’est de les transmettre de la manière j’espère la plus populaire possible pour montrer à quel point la littérature est proche et concrète et source de progression sociale, humaine à quel point à l’encontre de l’idée qu’on peut s’en faire c’est quelque chose qui s’adresse à tous.

Quand j’éprouve un texte c’est mon vœu le plus cher que je réussisse à transmettre ce qu’il me procure comme force dans ma vie donc au delà des rôles ce sont les textes qui m’ont accompagnés longtemps et aidée.

Vous avez incarnées beaucoup de femmes dans votre carrière, certaines qui portent des choses lourdes, êtes-vous une femme engagée dans la vie ?

Je ne pourrais pas dire ça, au contraire même.. Je regrette de ne pas l’être mieux ou plus. Je suis extrêmement sensible au monde qui m’entoure, je suis extrêmement poreuse, j’ai les yeux grands ouverts mais je pourrais pas dire ça parce que j’aurai l’impression de mentir par rapport aux gens qui en font le sel de leur vie. moi je me ballade avec un cœur sensible, je suis engagée a essayer de ne pas être une trop mauvaise personne. La seule manière est à travers mes choix, participer à des objets pas trop honteux qui disent quelque chose si possible du monde qui est le nôtre, ne pas céder à la médiocrité, j’ai du mal à dire engagée par rapport à ceux qui le sont vraiment. A partir du moment où l’on est connu il y a une forme de timidité à se mettre en avant. Je voudrais faire beaucoup mais c’est un peu compliqué, ne pas se laisser submerger, ne pas savoir par où commencer ni comment faire.

Vous dites « avoir les yeux ouverts sur le monde », vous avez donc entendu parler du mouvement « Me too » et plus spécifiquement le « Me too » lié au domaine du théâtre, quel regard portez-vous sur ce phénomène ?

Alors là vraiment vous me lancez sur un sujet très difficile pour moi. je trouve évidemment la nécessité absolue que les voix sortent, explosent cela regroupe tout. Cela devrait être.. autour des silences des injustices, la voix des femmes, des enfants, des invisibles, tous les gens qui se battent tous les jours pour faire entendre à quel point la justice n’entend pas les violences faites aux femmes, aux enfants, dans les hiérarchies. Je sens que tout le mouvement, enfin le cri que l’on sent pousser de partout est évidemment incontestable et je suis encore une fois admirative des gens qui vont au devant, qui prennent les coups en première ligne, qui démontent, qui détruisent les systèmes en place. J’ai l’impression qu’il y a un mouvement qui est lancé et que l’on ne pourra plus revenir en arrière, mais parfois on dit ça et.. J’ai l’impression, mais peut-être qu’elle est fausse quand on voit dans les autres pays, mais j’ai l’impression que mes enfants ne sont déjà pas les enfants que l’on était nous et les mots qu’ils entendent, les choses dont on leur parle, ils connaissent des choses que l’on ne connaissait pas. Leurs consciences, je l’espère, du fait de toutes ces voix, seront plus affutées que les nôtres.

Sur le « Me too théâtre » en particulier, je suis un très mauvais exemple parce que je n’ai eu que des expériences magnifiques avec des hommes metteurs en scènes et des partenaires masculins merveilleux et d’une grande délicatesse, donc je regarde avec admiration celles qui arrivent à dire ce qu’il leur est arrivé. Moi j’ai vécu dans un monde tout à fait respectueux, entourée de gars supers et pourtant j’ai commencé très jeune avec beaucoup d’hommes et de femmes. Je regarde ça avec soulagement pour ceux qui arrivent à défaire un système dont ils ont été victimes mais mon histoire personnelle me rend plus témoin qu’actrice. J’ai vécu dans un monde de théâtre tout à fait magnifique.

Romane Boringher – Crédits Romy Zucchet

Vous parliez de vos enfants, quelles valeurs souhaitez-vous transmettre à la future génération ?

La seule trace que je pourrais laisser c’est par le choix des films qui restent, des histoires si possible éclairantes, inspirantes pour regarder le monde autrement, essayer de tracer quelque chose de vertueux. Pour les enfants, évidemment je suis comme beaucoup de gens très assombrie par le spectacle qui s’offre à eux maintenant donc je suis bien démunie pour vous dire ce que j’aimerai leur laisser comme valeur. On avance dans une incertitude complète, dans une violence inouïe, je les regarde avec beaucoup d’inquiétude.

Quelle type de femme êtes-vous au quotidien ? Quel regard portez-vous sur l’amitié, la famille ?

Je suis de nature plutôt discrète, j’aime bien faire mon métier, je suis normale. J’ai des amis fidèles depuis très longtemps, je suis plutôt une fille de troupe donc j’aime être avec les gens c’est une des raisons pour lesquelles j’ai choisi ce métier, être en troupe, faire famille, je suis plutôt famille recomposée. Je suis discrète mais en même temps sociable , je ne suis pas du tout solitaire avec une vie articulée autour de mes enfants.

Vous avez tout joué que ce soit au cinéma, à la télévision comme au théâtre, vous avez récemment réalisé (un film et une série), quel exercice préférez-vous ?

Mon endroit d’équilibre c’est le théâtre depuis toujours même si j’ai fait beaucoup de cinéma et j’adore le cinéma je suis une grande spectatrice de cinéma, par exemple, j’adore les films, j’adore l’image mais mon endroit de plénitude et de complétude c’est le théâtre. J’aime tout au théâtre, j’aime aussi la vie que ça implique, j’ai toujours aimé – un peu moins avec les enfants – mais la troupe, les gares, les théâtres, les hôtels, c’est vraiment une vie qui m’épanouit complétement. Comme je vous disais j’aime les textes, j’aime monter sur scène et puis récemment le fait d’avoir réalisé ça m’a beaucoup beaucoup plu. Je tente de commencer à écrire mon deuxième film. Si je n’y arrive pas.. Il y a dans l’histoire du cinéma des femmes et des hommes qui ont fait un film et puis un seul, mais c’était tellement un bouleversement dans ma vie de faire ça, j’ai tellement aimé ça que j’attends désespérément d’avoir un espèce d’éclair pour aller vers ma deuxième histoire, j’aimerais tellement refaire ça.


Et écrire pour le théâtre ?

J’aime les mots des autres, l’écriture c’est très difficile pour moi, ce n’est pas mon truc. Ce que j’ai aimé c’est avoir une équipe, réaliser, diriger des acteurs, le plateau, les filmer, les regarder j’ai adoré le montage, le mixage ça a vraiment été une aventure démente pour moi.

Quels ont vos futurs projets ?

Le Festival d’Avignon Off en juillet pour « L’occupation », c’est un texte que j’aime tellement que je peux jouer jusqu’à soixante dix ans car Annie Ernaux parle d’une période passée de sa vie. Il est inépuisable car il est riche et il n’a pas d’age – on nous bassine tellement avec ça. Elle c’est une sacrée femme, elle a plus de choses à raconter que moi sur les femmes (rires) il faut lui faire un numéro spécial.
J’ai joué dans le premier film d’une jeune femme que j’aime beaucoup qui s’appelle Julie Laura Garçon son film s’appelle « Petites » et il est en train d’être fini.

Vous dites que l’on « vous bassine avec l’âge », c’est difficile pour une femme de vieillir au cinéma ?

Dans notre métier c’est encore plus difficile que dans la vraie vie j’imagine, vous entendez « t’as plus l’âge du rôle », « après cinquante ans il n’y a plus de rôles » à plus de cinquante ans on se partage un nombre très restreint de rôles disponibles, non seulement les compétences sont réévaluées mais il y a un truc physique. Au théâtre les questions d’âge sont nettement moins présentes qu’au cinéma. Sur scène on peut tout jouer, c’est assez salvateur du point de vue théâtre.

Finalement, une femme brillante pour vous qu’est-ce que c’est ?

Une femme Brillante serait une femme libre ? Énormément de femmes m’inspirent, il y en a pleins qui me viennent au détour de leur parole, mais étant donné le contexte, je dirais Annie Ernaux.

Propos recueillis au Théâtre de la Colonne de Miramas, le 29 mars 2022. Un grand merci à Romane !

1 Annie Ernaux – L’occupation – Editions Gallimard / Folio

Alexia Fabre, première femme nommée à la tête des beaux-arts

Alexia Fabre, conservatrice en chef de longue date du Musée d’Art Contemporain du Val-de-Marne (MAC / VAL), à Vitry-sur-Seine, France, a été nommée directrice de l’École des Beaux-Arts de Paris. Alexia Fabre devient la première femme à diriger la prestigieuse école d’art au cours de ses près de 400 ans d’histoire.


Diplômée de l’École du Louvre et de l’Institut national du patrimoine, Alexia Fabre a dirigé le Musée départemental des Hautes-Alpes à Gap de 1993 à 1998.
Elle a quitté son poste pour rejoindre le MAC/VAL, inauguré en 2005, dont elle a assumé le rôle de conservateur en chef.

Elle a également contribué à rehausser le profil national du musée grâce à un programme de conservation axé sur l’Art contemporain. On se souvient par exemple, des expositions de la vidéaste et photographe Tania Mouraud, de la performeuse Esther Ferrer et de l’artiste multidisciplinaire Nil Yalter.

Avec Frank Lamy, responsable des expositions temporaires au MAC/VAL, Alexia Fabre a relooké la collection pour inclure plus d’œuvres d’artistes et privilégier en général une ligne hétérogène.

De 2007 à 2012 Alexia Fabre a enseigné à l’École du Louvre.
En 2009 et 2011, elle et Lamy sont co-directrices artistiques de la Nuit Blanche à Paris mais également commissaire d’expositions privées du peintre et metteur en scène français Ange Leccia et du sculpteur Christian Boltanski.

En 2015, Alexia Fabre est nommée commissaire de Manif D’art 8 – Biennale de Québec.

L’École des Beaux-Arts est l’une des institutions artistiques les plus légendaires de France. Parmi ses anciens élèves les plus célèbres figurent Jean-Antoine Watteau, Henri Matisse et Neïl Beloufa.

En tant que Directrice de cette véritable institution, Alexia Fabre devra faire face aux critiques qui ont frappé l’institution en termes de diversité et d’équité.
Une période de grands changements dans les directions des musées parisiens et un pas vers la parité puisque une autre femme, Claire Bernardi, vient de prendre la direction du musée de l’Orangerie.

Alexia Fabre succèdera à Jean de Loisy, dont le mandat est arrivé à échéance le 2 janvier dernier.

« La photographie n’est pas un art, c’est un artisanat. » Sabine Weiss n’est plus.

Celle qui restera l’un des derniers grands noms de la photographie humaniste est décédée ce mercredi 29 décembre à l’âge de 97 ans (source AFP).

Doyenne de l’école humaniste, incarnée par Robert Doisneau, Willy Ronis, Édouard Boubat ou Brassaï, Sabine Weiss (née Weber en 1924) se définit elle-même comme une photographe de la compassion, dénonçant l’injustice, la femme est tout autant généreuse que malicieuse. Sabine Weiss photographie des gens simples et pauvres avec émotion, tendresse et empathie, faisant ainsi exister par son regard les plus humbles, ceux que l’on ne voit plus. Sa exigence et sa maitrise du noir et blanc lui permettent de capter la spontanéité des gens, sobrement, sans mise en scène ni pose, tout près du sujet.

Elle s’exprime en 1965 sur son métier, les difficultés d’être une photographe femme, quelques-uns de ses reportages, les voyages qu’elle a fait… Elle photographie des poussins dans son atelier.

Peu connue du grand public, avec à son actif pas moins de soixante-dix ans de métier : photos de mode, portraits de musiciens, artistes et célébrités, photojournalisme, une vingtaine d’ouvrages, des publications dans Paris-Match, Life, Vogue, Time, Newsweek, etc, ses photographies font parties des collections les plus prestigieuses comme le MoMa de New-York, le Musée d’Art Moderne de Kyoto, le Musée Carnavalet, le Centre Georges-Pompidou, et bien d’autres.

« The Space That Makes Us Human », une série documentaire au cœur du débat spatial mondial

Réunissant bon nombre des principaux acteurs.ices de l’écosystème spatial international contemporain, The Karman Project dévoile le documentaire « The Space That Makes Us Human » (l’espace qui nous rend humains), tissant des liens entre l’Art et la science menée par l’agence de production et de stratégie créative Impolite Culture GmbH.

Au moment où l’espace est une part essentielle du futur de l’humanité, l’ambition de ce projet est de faire entendre des voix nouvelles au sein du débat mondial spatial, accélérant ainsi les collaborations et coopérations vers un avenir où l’espace sera exploré et investi dans le sens du bien commun.

Cette nouvelle série de documentaires met en avant l’importance de la diplomatie spatiale avec des leaders de l’industrie spatiale publique et privée, destinée à engager un dialogue entre les acteurs de la communauté spatiale et la société, dans le but de susciter une prise de conscience de l’importance de la coopération spatiale, et analyse ainsi les retombées positives de l’exploration spatiale sur l’humanité.

À travers ce documentaire mêlant aux entretiens inédits des courts-métrages réalisés par des cinéastes reconnus, le projet dévoile les réflexions et anecdotes de figures centrales de la communauté spatiale réunis au sein du Karman Project dont plusieurs femmes d’influences Karen Hitschke, Impact investisseur, Katherine Bennell, Director of Space Capability and Director of Robotics & Automation Australian Space Agency, Hélène Huby, Co-Founder & Chairwoman of The KarmanProject, VP Orion-ESM, dont vous pouvez retrouvez les interviews sur la chaine YouTube de Brillante Magazine.
Mais également des hommes et pas des moindres : Jean-Jacques Dordain, ancien directeur général de l’ESA, William Gerstenmaier, ancien administrateur associé de la NASA et actuel vice-président de Space X, Thomas Pesquet, astronaute, Chris Boshuizen, entrepreneur et investisseur spatial.

Le documentaire met en lumière des aspects clefs, tels que les technologies spatiales en tant que vecteurs essentiels de l’éducation, la connectivité, de la lutte contre le changement climatique ou encore les questions de gouvernance et diplomatie spatiales. Conçus par la Karman Community, ses quatre chapitres explorent également l’étroite relation que l’humanité entretient avec l’espace, autant d’expériences artistiques s’adressant aussi bien aux experts qu’à un public plus vaste fasciné par l’espace.

Le chapitre 1 « Exploring The Unknown » (Explorer l’inconnu) nous entraîne au sein d’un parcours orinique qui commence au début de l’existence, dans cette expérience commune aux êtres humains, qui en regardant vers le ciel, se laissent aller au rêve. Le duo de réalisateurs Bonasia & Narcisi se penche sur la source de toute exploration, nous emmenant dans un voyage vers l’inconnu pour comprendre les limites de l’univers – et y briser les nôtres.

Le chapitre 2 « Cosmic Link » (Lien cosmique) est conçu par trois réalisateurs et produit entre la France, l’Allemagne et l’Ukraine. Ce film emprunte la forme d’une danse légère mettant en scène 30 danseurs dirigés par le chorégraphe Sadeck Waff. Cosmic Link représente la connexion entre l’espace et la Terre,ainsi que la connectivité des hommes et des machines en tout temps et tout lieu, grâce aux infrastructures spatiales. Le film comprend un extrait d’interview deJonathan Hofeller, vice-président des ventes commerciales de Starlink chez Space X, il est réalisé par Lorenzo Musiu, Anastasia Kovalchuk, Stephane Barbato.

Le chapitre 3 « Terra Cene » En 1977, le Golden Record étant envoyé dans l’espace,contenant des sons et des images sélectionnés pour représenter la diversité de la vie et de la culture sur Terre, et destiné à toutes formes de vies extraterrestres intelligentes susceptibles de le trouver. Dans ce film, les réalisateurs Rodrigo Inada et NONO – Nono Ayuso – explorent comment les hommes ont tenté d’établir le contact avec des formes de vies existantes par-delà notre galaxie, sur de lointaines planètes. Un constat s’impose : 50 ans seulement après le lancement d’Apollo, nous avons malheureusement perdu le contact avec notre planète.

Pour clôturer cette série, le chapitre 4 « The Way Forward » (La voie à suivre) souligne notre responsabilité collective face à notre avenir dans l’espace, lequel ne pourra être assuré qu’à travers une collaboration transparente et responsable. Inspiré par les 300 scientifiques impliqués dans le projet Event Horizon Telescope qui a permis de photographier la toute première image d’un trou noir, le duo de réalisateurs Jungle dépeint notre ambition collective d’explorer « The space that makes us human ».

Une première exclusive a été diffusée le 19 juillet 2021, devant un public d’environ 2 millions de personnes sur le site NOWNESS.

Le premier film pourra être visionné le 19 juillet 2021 sur la plateforme : media.karmanproject.org.
Les autres chapitres seront ensuite diffusés indépendamment tous les deux jours.

Les Divas célébrées à l’Institut du Monde Arabe

L’Institut du monde arabe rend un hommage vibrant aux plus grandes artistes femmes de la musique et du cinéma arabe du XXe siècle, avec une exposition très attendue qui célèbre à la fois leur histoire et leur héritage contemporain.

Un peu plus d’un an après leur première fermeture, la réouverture des lieux culturels était très attendue ! Pour marquer cet évènement, nous avons choisi de vous parler d’une exposition 100% féminine.
Le 19 mai, l’Institut du Monde Arabe donne le coup d’envoi de sa réouverture avec l’exposition « Divas, d’Oum Kalthoum à Dalida  » : un voyage à travers l’âge d’or du cinéma et de la chanson arabes, une découverte en musique et en images du destin de ces femmes de légende des années 20 aux années 70.

D’Oum Kalthoum à Warda al-Djazaïria, d’Asmahan à Fayrouz, de Laila Mourad à Samia Gamal, en passant par Souad Hosni, Sabah sans oublier la toute jeune Dalida, l’exposition se veut un voyage au cœur des vies et de l’art de ces chanteuses et actrices de légende, mais également une exploration des changements profonds qu’elles ont portés au sein de leurs sociétés respectives.

Icônes intemporelles, femmes puissantes, symboles adulés dans les sociétés arabes d’après-guerre, ces divas aux carrières exceptionnelles s’imposent du Caire à Beyrouth, du Maghreb à Paris, incarnant une période d’effervescence artistique et intellectuelle, une nouvelle image de la femme, ainsi que le renouveau politique national qui s’exprime du début des années 1920, notamment en Égypte, jusqu’aux années 1970.

L’exposition met ainsi en lumière, à travers ces divas, l’histoire sociale des femmes arabes et la naissance du féminisme au sein de ces sociétés patriarcales, leur participation au panarabisme et aux luttes d’indépendance dans les contextes de la colonisation et de la décolonisation, et leur rôle central dans les différents domaines artistiques qu’elles ont contribué à révolutionner.

Un voyage en quatre actes

L’exposition se déploie en quatre grands moments. Le visiteur rencontrera successivement les femmes pionnières et avant-gardistes féministes dans Le Caire cosmopolite des années 1920 ; les divas aux voix d’or que furent Oum Kalthoum, Warda, Fayrouz et Asmahan durant la période 1940-1970 ; les productions cinématographiques de « Nilwood » et le succès des comédies musicales égyptiennes qui consacrent les divas actrices telles que Laila Mourad, Samia Gamal, Sabah, Tahiyya Carioca, Hind Rostom ou Dalida.

Dalida

La dernière partie de l’exposition met en valeur les regards d’artistes d’aujourd’hui sur ces divas, dont l’héritage est une profonde source d’inspiration pour toute une nouvelle génération.  La photographe et vidéaste libanaise Randa Mirza associée au musicien et compositeur hip hop Waël Kodeih, les plasticiens et plasticiennes Lamia Ziadé, Shirin Neshat – qui a offert une image de son film Looking for Oulm Khaltoum (2017) pour l’affiche de l’exposition – Youssef Nabil, le photographe Nabil Boutros, … Création musicale holographique, installation vidéo, films, photomontages : autant d’œuvres fortes nées de ce patrimoine musical et iconographique unique réapproprié.

Autour de l’exposition, une riche programmation culturelle fait la part belle aux femmes en interrogeant leur place au sein des sociétés arabes actuelles au travers de concerts, de conférences, de projections de films et d’événements exceptionnels.

Institut du Monde Arabe du 19 mai au 26 septembre 2021 (dates susceptibles de changer en fonction de la situation sanitaire)

Art : Camille Walala et Quai 36 signent une nouvelle collaboration avec Ada

Ludique et décalée, cette initiative s’inscrit dans la démarche engagée par Quai 36 il y a plus de 5 ans : rendre l’art accessible à tous et catalyseur de bonne humeur.

Camille Walala, artiste Française et désormais incontournable à l’international est installée en Angleterre depuis 1998. Après avoir fait de la ville de Londres son terrain de jeu favori, elle a collaboré a de nombreuses opérations alliant l’Art et le marketing, comme bon nombre d’artistes l’ont fait avant elle, notamment un certain Andy Warhol, chef de file du mouvement Pop Art.
Au style ludique, coloré et décalé, Camille Walala réalise des installations immersives, des décors d’intérieur mais également des fresques monumentales, marqués par des couleurs vives et des formes géométriques pop. L’une de ses collaborations la plus connue est sans nul doute la construction d’une maison entièrement en brique pour la marque LEGO.

Lego House of dots, Londres, 2020, Camille Walala

Camille en collaboration avec Quai36, première maison de production d’Art urbain, dévoilent une nouvelle collaboration bien Française cette fois-ci. La marque française de mobilité Ada a ainsi sollicité la maison de production artistique pour la conception d’une création artistique destinée à habiller deux Clio V. Au printemps, deux véhicules parisiens seront intégralement habillés aux couleurs de l’artiste dont le style n’est pas sans rappeler l’univers visuel de l’entreprise de location de véhicules.

Pour cette œuvre, l’artiste Camille Walala puisera dans le vocabulaire plastique et le style audacieux qui ont fait sa renommée : géométrique et coloré, dynamique et moderne, qui font écho au mode de vie de l’acteur historique de la mobilité Ada. Les créations pop de l’artiste ajouteront de la couleur à la flotte de l’auto-partageur.

La production de l’œuvre sera réalisée en amont depuis son studio londonien. Une fois réalisées, les œuvres seront traduites sont forme de stickers dont les formes et découpes envelopperont les deux véhicules. Les voitures seront disponibles en location auprès d’Ada dès le mardi 25 mai.

Le loueur Ada organise un sondage afin que le public choisisse la réalisation de l’artiste qui circulera pendant un an.

Pour participer, il suffit de se rendre sur le compte Instagram de l’entreprise : @ada.location.

Van Gogh : une veuve si discrète

Vincent, Théo. Il en va de certains prénoms comme de certaines pièces. A peine percevons-nous les premières notes d’une mélodie que tout un monde se crée dans nos esprits. Si l’histoire se souvient des correspondances entre les deux frères Van Gogh, elle a oublié le travail essentiel d’une femme, Jo Van Gogh-Bonder, l’épouse de Théo.

Jo van Gogh-Bonger ,Amsterdam , April 1889 (Photo:Wikipedia/Woodbury_and_Page)

Lorsqu’un marchand d’art rencontre une professeur d’anglais, que l’un vit dans l’ombre d’un frère à l’esprit fatigué et l’autre dans les traces d’une famille conservatrice, élevée dans les principes de compromis et de discrétion des protestants bataves, le mélange est extrêmement compliqué à faire prendre et à faire tenir. 

Ne ne pas faire de vague, culte familial de la discrétion.

C’est en 1885 que Théo Van Gogh rencontre Johanna Bonder, surnommée Jo. À la seconde de leurs rencontres, Théo est tombé éperdument amoureux de l’enseignante. Difficulté, elle est déjà en couple et respectueuse de ses engagements sentimentaux. Peu encline à l’impulsivité et aux décisions hâtives, elle fera patienter son prétendant durant deux années avant d’accepter sa demande en mariage.

Passionnés l’un comme l’autre de vie et des autres, le couple aime à échanger et dialoguer. Théo, notamment, s’exprime avec insistance à propos de son frère, Vincent. Le marchand d’art ne cesse de parler du caractère torturé du peintre de génie. Il sème, sans le savoir, dans l’esprit de Jo les graines d’un chemin de vie qu’elle suivra jusqu’à son décès, en 1925. Concrètement, l’appartement qu’habite le couple se remplit des lettres reçues par Théo et des toiles offertes par Van Gogh.

Théo veut un enfant. Vincent naîtra quelques mois plus tard. 

En 1890, le génial peintre décède, dans des circonstances encore peu claires aujourd’hui. Suicide ou assassinat, la vérité ne sera certainement jamais connue. La disparition de Van Gogh mène Théo dans une déchéance tant psychologique que physique. C’est en 1891 que Théo Van Gogh meurt. Il laissera en héritage à son épouse pas moins de 400 toiles et plusieurs centaines de dessins et croquis du peintre torturé. Et une importante correspondance entretenue entre les deux frères Van Gogh.

Seule, Jo part s’établir à Bussum, aux Pays-Bas, où elle envisage de fonder une maison d’hôtes. La vie culturelle y est abondante, Jo souhaite trouver l’endroit idéal pour porter la parole qu’elle sent vive de son beau-frère, malgré les recommandations d’Emile Bernard qui lui propose de laisser toutes les toiles à Paris. C’est ainsi chargée de toute l’œuvre de Van Gogh qu’elle prend la route de la Hollande.

Convaincue de la valeur du travail de son beau-frère, Jo Van Gogh-Bonder se lance dans un apprentissage du monde des Arts. Elle écume les galeries et les collections pour s’acculturer de ce monde masculin des marchands d’art. 

Portrait de Jo Van Gogh-Bonger en 1925 par Isaac Israels (Photo : Flickr/Niels)

Elle ne désespère pas devant les portes fermées, les éclats de rire ou les moqueries. Jo dépouille les correspondances entre Van Gogh et Théo. Ce dernier, organisé et méthodique, a conservé l’ensemble des lettres reçues du peintre. Van Gogh, lui, dans la folie de son art, aura été moins ordonné dans la gestion de son courrier. Peu importe, Jo s’imprègne de la peinture de son beau-frère et de ses mots. Elle conscientise peu à peu la valeur inestimable de l’œuvre que les unes et les autres constituent, inséparables. Les lettres de Van Gogh sont écrites comme il peint. Annotées et complétées, comme pour donner à ses écrits la clarté complète de ses tableaux. Ce n’est pas pour rien qu’en 1888, en Arles, alors qu’il sombre de plus en plus dans la folie, Gauguin écrit à Van Gogh qu’il est “plus doué en réalisme qu’en peinture”.

Mise en pratique du marketing artistique

Stratège, Jo se forme. A l’art, avec la lecture, notamment, du journal Belge “L’Art Moderne” qui positionne les arts comme des formes d’expression politique. Elle entretient son féminisme socialiste dans la lecture de Mary Ann Evans, pro-féministe Anglaise qui a écrit sous le pseudonyme Georges Eliot.

Ce n’est que lorsqu’elle portera en elle la conviction d’avoir atteint la compétence à aller porter la parole de Van Gogh que Jo s’autorise à aller proposer le travail du peintre. 

Cette conviction, elle va l’acquérir à la lecture scrupuleuse de l’ensemble de la correspondance entre les deux frères, lecture qui lui offrira l’outil de décodage de l’œuvre de Van Gogh. Elle comprend que les peintures et les écrits sont indissociables les uns des autres pour constituer une œuvre complète.

Elle explique, dans son journal “Il [Théo NDLR.] ne m’a pas confié qu’un enfant. Il m’a légué le travail de Vincent et la tâche de le faire connaître”. Ce journal, il aura été conservé sous clé par sa famille jusqu’en 2009. La première entrée que l’adolescente de 17 ans coucha sur le papier était annonciatrice d’une vie qu’elle voulait différente. “Je trouverais terrible de devoir dire à la fin de ma vie que je n’ai vécu pour rien, que je n’ai réalisé rien de superbe ou de noble.”

L’agent du peintre se lance. Elle va à la rencontre du critique d’Art Jan Veth. Le promoteur de l’expression individuelle, pourfendeur de l’art académique, condamne de prime abord le travail de Van Gogh. Il se déclare “repoussé par la violence pure de certains tableaux” allant jusqu’à qualifier le travail de Van Gogh de “presque vulgaire”. Comme si une telle critique n’était pas suffisante, Jan Veth a certainement peu goûté le fait qu’une femme désire pénétrer le monde de l’Art. C’est ce que laissent penser les écrits de Jo qui, dans son journal intime, explique “Nous, les femmes, sommes pour une part considérable ce que les hommes attendent que nous soyons”. Mais la stratège a décelé chez le critique un potentiel à apprécier le travail de Van Gogh, elle termine sur “Je ne jouirais pas de repos aussi longtemps qu’il n’appréciera pas son travail.”

Elle adressera ainsi au critique d’Art une sélection des lettres de Van Gogh, incitant l’intellectuel à considérer les œuvres picturales au travers du prisme de ses écrits. Intelligente, elle ne va pas sur le terrain de la critique d’Art, mais sur celui des sentiments et de l’humain. Jo remporte une première victoire lorsque Veth écrit à propos des tableaux et de l’œuvre de Van Gogh qu’il voit “l’étonnante clairvoyance de grande humilité” et qualifie Van Gogh d’artiste qui “recherche la racine lointaine des choses”. Il conclut sur une note qui atteste de la justesse de regard de Jo “Une fois saisie sa beauté, je peux à présent accepter l’Homme dans son ensemble”.

Ce succès engrangé, Jo va à la rencontre de Richard Roland Holst, un peintre, pour lui demander de l’aider dans la promotion du travail de Van Gogh. À son propos, Holst écrira à un de ses amis “Madame Van Gogh est une femme charmante. Mais rien ne m’est plus déplaisant que de remarquer une personne s’agiter frénétiquement à propos d’un sujet qu’elle ne maîtrise pas”. Elle aura gain de cause. En décembre 1892 Holst soutiendra Jo dans l’organisation de la première exposition entièrement consacrée à Van Gogh à Amsterdam.

Femme avant d’être belle-sœur, Johanna poursuit sa vie

Johanna Bonger, veuve de Théo van Gogh, avec son fils et son second mari, Johan Cohen Gosschalk (1873-1912). (Photo : Wikipedia/Thomon)

Johanna Van Gogh ne néglige pas pour autant sa propre vie. Elle fréquente le peintre Isaac Israëls qu’elle quitte, car il refuse de se marier. Ultérieurement, elle adhère au parti socio-démocrate des travailleurs Hollandais et est co-fondatrice d’une organisation travailliste et de soutien aux femmes. Puis elle se marie avec un autre peintre batave, Johan Cohen Gosschalk.

Quadrilingue (néerlandais, français, anglais et allemand), Jo n’éprouve aucune difficulté à entrer en relation avec des propriétaires de galeries et autres organisateurs d’expositions aux quatre coins d’Europe. En 1895, alors qu’elle a 33 ans, ce sont pas moins de 20 tableaux de Van Gogh que le marchand d’Art Ambroise Volard inclut à son exposition. Dans le même temps, un groupe de jeunes peintres d’Anvers demande à emprunter des toiles pour mettre en valeur leur propre travail.

Devenue experte en Art, Jo applique des principes de marketing aux expositions des créations de son beau-frère. Lorsqu’une pièce majeure est exhibée, elle est systématiquement entourée de tableaux moins éclatants. Elle parvient ainsi à proposer aussi ces tableaux. Mieux, elle instille lentement les œuvres du peintre hollandais en Europe, veillant minutieusement à la quantité des peintures exposées à un même moment. Ainsi, à Paris en 1908, alors qu’elle expédie 100 tableaux pour être exposés, elle stipule qu’un quart de ces pièces ne sont pas à vendre, créant ainsi une bronca chez les marchands d’Art. La frêle héritière hésitante de la fin du XIXe siècle s’est muée en Générale d’armée conquérante au début du XXe.

En 1905, arrive la consécration. Elle organise, au sein du Stedelijk Museum d’Amsterdam ce qui, aujourd’hui encore, reste la plus grande concentration d’œuvres du peintre de tous les temps. Elle a la sensation que le moment est venu de frapper fort. Se rappelant des difficultés des premières années lorsqu’ aucun critique n’accordait de crédit au travail qu’elle leur présentait, Jo préfère gérer l’intégralité de l’évènement. Elle loue elle-même les galeries, imprime les affiches et va elle-même acheter les nœud-papillons du staff.

Elle demande à Vincent, son fils alors âgé de 15 ans, d’écrire les cartons d’invitation. Au résultat, 484 tableaux de Van Gogh sont exposés au cours de ce majestueux évènement. Le cours des peintures est, en l’espace de quelques mois, multiplié par 3 dans toute l’Europe.

C’est après avoir fait le tour du monde plusieurs fois pour promouvoir l’homme Van Gogh tout autant que ses tableaux qu’au début des années 1920, Jo voit sa santé décliner. Atteinte de la maladie de Parkinson, elle s’installe dans un appartement d’Amsterdam. Entourée des siens et souffrante, elle passera le reste de ses jours à expédier des toiles dans le monde entier pour exposer et faire connaitre le travail de Van Gogh.

Dernier hommage à son beau-frère et son défunt mari, elle fera reposer Théo et Vincent côte à côte, dans le cimetière d’Auvers sur Oise en organisant le déplacement des restes du corps de Théo.

En 1925, âgée de 63 ans, Johanna Gezina van Gogh, née Bonger s’éteint, laissant ses héritiers gérer l’une des plus magistrales œuvres picturales modernes.

Plus de 100 années d’oubli

En 2020, Emilie Gordenker devient directrice du musée Van Gogh. En guise de présent d’accueil, son équipe lui offre la biographie de Jo van Gogh-Bonger écrite par Hans Luitjens. La spécialiste de l’Art Flamand du XVIIe siècle saisit l’intérêt qu’elle a à découvrir le personnage. Elle parle aujourd’hui en ces termes : « Bien sûr, je ne possède pas le talent dont disposait Jo. Mais je pense pouvoir ressentir ce qu’elle a ressenti. Lorsque je prends des décisions, on me fait souvent remarquer ce que je suis. “Tu es une femme, tu fais les choses de façon singulière”. Nous voulons être évaluées sur des idées, mais sommes mis dans des cases. Ce devait être bien pire à l’époque de Johanna, d’entendre dire qu’une chose est impensable, uniquement car c’était une femme”.

La Galerie Van Gogh à Amsterdam (Photo : Flickr/Dennis Jarvis

Inauguré en 1973, le musée Van Gogh était prévu pour accueillir 60 000 visiteurs par an

En 2019, ce sont 2.1 millions de visiteurs qui sont venus admirer le travail du peintre qui, sans les efforts incessants d’une femme pour faire reconnaître le génie de l’Homme serait tombé dans l’oubli.