Affaire Clarisse Cremer : « Le « Clarisse Gate » n’est que la partie émergée de l’iceberg »

Quelques jours après le début de la polémique, les soutiens envoyés via les réseaux sociaux à Clarisse Cremer se multiplient. Charlie Dalin, Sam Davies, Marie Tabarly se sont exprimés sur cette affaire.

La navigatrice de 33 ans s’est exprimé ce jeudi 2 février. « J’ai appris vendredi dernier que Banque Populaire avait finalement décidé de me remplacer. Par leur décision, et malgré ma volonté constante, je ne serai pas au départ du Vendée Globe 2024 ».
La faute à une évolution du règlement qui demande des points à tous les skippers, en se basant sur les milles parcourus à chaque course. Or, elle a donné naissance à une petite fille en 2022.

 » Le « Clarisse Gate » n’est que la partie émergée de l’iceberg, il est évident que les femmes ne sont clairement pas au même niveau que les hommes dans ce milieu. » Marie Tabarly, navigatrice

Le président de la Fédération française de voile (FFV) Jean-Luc Denéchau a déploré ce mardi 7 février par une déclaration à l’AFP l’éviction de Clarisse Crémer par Banque Populaire après sa maternité et espère que la navigatrice puisse prendre le départ du prochain Vendée Globe. « Je comprends la colère et la déception de Clarisse Crémer. J’ai donc immédiatement pris contact avec les différentes parties pour trouver une solution à l’image des valeurs que nous défendons toutes et tous et faire en sorte de retrouver Clarisse sur la ligne de départ du Vendée Globe 2024, a t’il expliqué. La fédération est engagée depuis plusieurs années dans un programme de féminisation de notre sport et, dans ce cadre, elle est particulièrement attachée à ce que ses sportives de haut niveau puissent concilier maternité et carrière sportive.« 

Clarisse Cremer X Banque populaire – DR.


La navigatrice, installée à Locmiquélic (56), a reçu un énorme soutien, dont celui de la Ministre des sports.

Trois jours après l’annonce de la décision de la Banque populaire d’évincer la skipper du prochain Vendée Globe après sa maternité et un changement de réglementation, le sponsor pourrait revenir sur sa décision. Comme indiqué chez nos confrères du Parisien, RMC Sport confirmait ce week-end que les responsables de la Banque Populaire avaient entamé une réflexion pour revenir sur leur décision et proposer à la navigatrice de prolonger son bail sous les couleurs bleu et blanc.

La 6e journée nationale contre le sexisme fait le procès… du sexisme !

La journée nationale contre le sexisme s’inscrit depuis plus de 5 ans dans le paysage français. Tout au long de l’année, de nombreuses actions sont menées par les différentes associations féministes et les réseaux professionnels en appui des pouvoirs publics permettant des avancées bien réelles et des prises de conscience de l’aspect systémique du sexisme, même si les écarts persistent et les progrès sont encore trop lents.

Pour cette 6e édition, l’association Ensemble contre le Sexisme bouscule les codes et propose de faire le procès du sexisme en présence d‘Isabelle ROME, ministre en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. Procureur.e.s, avocat.e.s, juges seront représenté.e.s par des membres d’Ensemble contre le Sexisme et de grand.e.s témoins.

C’est une façon originale d’aborder les différents thèmes puisque le sexisme se retrouve sur le banc des accusés.

« Notre association travaille en profondeur afin des dégager des thématiques d’une portée sociétale, historique et sociologique. Le fait que nous fédérions de nombreuses associations et collectifs engagés dans des domaines divers nous permet de travailler sur des sujets concrets et de faire des propositions innovantes pour éradiquer le sexisme et libérer les femmes de ce fléau car il reste encore beaucoup à faire » explique Catherine Ladousse, co- présidente d’Ensemble contre le Sexisme.

Les trois grands thèmes 2023 :

  • Le sexisme tue…

Cette thématique fait écho à la campagne de communication offerte par l’agence Nude à l’association avec pour thème : « Le sexisme tue … ». Le sexisme « tue » les femmes, au sens figuré. Il piétine leur créativité, leurs ambitions, leur liberté et leur désir.

…le talent et la créativité

En matière de création artistique et économique, le sexisme a éliminé, tout au long des âges, les femmes talentueuses, que ce soit dans le domaine du spectacle vivant, de la littérature ou d’autres expressions artistiques, les femmes sont les oubliées de l’Histoire.

Plus encore, dans le secteur du cinéma, les jeunes femmes sont souvent instrumentalisées pour leur corps, alors que les plus de 50 ans rentrent dans un tunnel qui les invisibilise.

Par ailleurs, la création de valeurs par les femmes rencontre de multiples obstacles, dans l’accès aux financements notamment. Les start-up dirigées par des femmes ont 3 fois plus de mal à se faire financer que celles des hommes.

…le désir

Les hommes et les femmes devraient comprendre que le sexisme est un vrai tue-l’amour, un tue-le-désir, qui empêche l’épanouissement des femmes dans leur sexualité.

  • Pourquoi les hommes ne se mobilisent-ils pas sur le sexisme ?

Si quelques hommes s’impliquent, ils sont encore trop peu nombreux à se mobiliser. Il ne s’agit pas ici de décrire les manifestations du sexisme perpétrées le plus souvent par les hommes mais de voir leurs réactions contemporaines aux actions menées en faveur de l’égalité : sont-ils des alliés ou des fossoyeurs de la lutte contre le sexisme ? Comment les mobiliser aujourd’hui pour lutter ensemble contre les manifestations du sexisme sous toutes ses formes ?

  • Le sexisme dans les institutions

L’État est loin d’être exemplaire. Les femmes sont souvent invisibles dans la gouvernance et le pouvoir est souvent confisqué par les hommes. Au-delà du sexisme interindividuel, il existe un sexisme institutionnel, souvent invisible et qui présente comme neutres des règles ou pratiques en réalité fondées sur un ethos masculin. De la formation à la prévention, des programmes de lutte contre le sexisme se développent mais pour quels résultats ?

Dans les entreprises privées et publiques comme en politique, il s’agira d’analyser l’impact du sexisme sur le partage du pouvoir et les moyens de l’éliminer.

« La force d’Ensemble contre le Sexisme c’est de jouer collectif pour rendre visible et dénoncer chaque manifestation du sexisme : en entreprise, dans l’orientation, dans la culture, dans la vie quotidienne. Les violences sexistes et sexuelles ne faiblissent pas en France malgré l’urgence et les solutions proposées par les associations féministes et la situation de crise de tous les secteurs, privés comme publics, ne facilitent pas la prise en charge des victimes. Cette année encore, nous combattrons de nombreuses inégalités entre les femmes et les hommes et le verdict sera sans concession… » conclut Yseline Fourtic- Dutarde (co-présidente d’Ensemble contre le Sexisme)

Informations pratiques

Le procès se tiendra en physique ou à distance :

Mercredi 25 janvier 2023 de 14h à 18h

Ministère de la Santé – 20, avenue de Ségur 75007 Paris

Inscriptions : www.ensemblecontrelesexisme.org

La cheffe d’orchestre Marin Alsop offensée par le film « Tàr »

Marin Alsop, la chef d’orchestre interprétée par Cate Blanchett dans son dernier film «Tár», a critiqué le projet, affirmant qu’il l’offensait «en tant que femme… en tant que chef d’orchestre… en tant que lesbienne».

Selon nos confrères de Vanity Fair, Cate Blanchett serait déjà pressentie pour un Oscar pour sa performance en tant que Lydia Tár, une chef d’orchestre lesbienne accusée d’être abusive envers les jeunes femmes.

Un certain nombre de téléspectateurs, dont l’écrivain du New York Times Zachary Woolfe, ont repéré des parallèles entre Alsop et Tár, comme le fait qu’elles sont toutes les deux des les protégées de Leonard Bernstein, qu’elles sont toutes les deux lesbiennes, qu’elles sont mariés à des musiciens d’orchestre (avec qui ils ont des enfants) et toutes deux étaient, jusqu’à récemment, les seules femmes à diriger un grand orchestre (Alsop à Baltimore, Tár à l’Orchestre philharmonique de Berlin.)

Dans le premier acte du film, dans une scène dans laquelle Tár est interviewée par l’écrivain new-yorkais Adam Gopnik, elle vérifie même le nom d’Alsop en disant : « En ce qui concerne la question des préjugés sexistes, je n’ai rien à redire. Ni, d’ailleurs, Nathalie Stutzmann, Laurence Equilbey, Marin Alsop ou JoAnn Falletta. Il y avait tellement de femmes incroyables qui sont venues avant nous, des femmes qui ont fait le vrai lifting.

Une différence majeure entre les deux chefs d’orchestre, cependant, est que dans le film de fiction, Tár est accusé d’inconduite sexuelle, un rebondissement qu’Alsop a maintenant qualifié d ‘«offensant».

Marin Alsop – Crédit : Mastrangelo Reino /A2img

« J’ai lu pour la première fois à ce sujet fin août et j’ai été choqué que ce soit la première fois que j’en entende parler« , a déclaré Marin Alsop à propos du film dans une interview au journal britannique Sunday Times. «Tant d’aspects superficiels de ‘Tár’ semblaient correspondre à ma propre vie personnelle. Mais une fois que je l’ai vu, je n’étais plus concernée, j’ai été offensée : j’ai été offensée en tant que femme, j’ai été offensée en tant que chef d’orchestre, j’ai été offensée en tant que lesbienne.« 

«Il y a tellement d’hommes – des hommes réels et documentés – sur lesquels ce film aurait pu être basé, mais au lieu de cela, il met une femme dans le rôle mais lui donne tous les attributs de ces hommes. Cela se sent anti-femme. Supposer que les femmes se comporteront de la même manière que les hommes ou deviendront hystériques, folles, folles, c’est perpétuer quelque chose que nous avons déjà vu au cinéma tant de fois auparavant. » continue t’elle.

« Tár », qui a été écrit et réalisé par Todd Field , a été créé à Venise l’année dernière où il a reçu une réponse élogieuse . Martin Scorsese s’est également dit fan du film .

Marin Alsop elle-même a fait l’objet d’un long métrage documentaire, « The Conductor » de Bernadette Wegenstein, sorti en 2021.

Vivienne Westwood, l’icône punk s’est éteinte à l’âge de 81 ans

La créatrice de mode et icône de style britannique Vivienne Westwood est décédée à l’âge de 81 ans. Elle est décédée paisiblement, entourée de sa famille, à son domicile de Londres jeudi, selon un communiqué officiel de sa marque.

Pour les médias, elle était « la grande prêtresse du punk » et la « reine de l’extrême ». 
Pour le monde de la mode, elle était un personnage chéri qui a dynamisé et repoussé les limites de l’industrie jusqu’à sa mort.
Après avoir tournoyé sans culotte pour les photographes après avoir reçu son Ordre de l’Empire britannique de la reine en 1992.
En avril 1989, elle a fait la couverture du magazine Tatler, vêtue d’un costume Aquascutum qui, selon elle, était destiné à Margaret Thatcher.

Au fur et à mesure que sa stature grandissait, elle semblait transcender la mode. 
La jeune femme qui avait méprisé l’establishment britannique en est finalement devenue l’une de ses vedettes, même si elle a gardé ses cheveux teints dans cette teinte orange vif caractéristique.

La longue carrière de Westwood était pleine de contradictions : rebelle de toute une vie mais honorée à plusieurs reprises par la reine Elizabeth II. 
Elle s’est habillée comme une adolescente même dans la soixantaine et est devenue une fervente partisane de la lutte contre le changement climatique, avertissant de la catastrophe planétaire.

« La mode peut être si ennuyeuse« , a-t-elle déclaré à l’Associated Press après avoir dévoilé l’une de ses nouvelles collections lors d’un défilé en 2010. « J’essaie de trouver autre chose à faire.« 

Westwood laisse dans le deuil son deuxième mari, le designer d’origine autrichienne Andreas Kronthaler qui possède une ligne de mode sous sa marque, et deux fils.

Charlotte Mery, lorsqu’une femme parle des courses au large

Le milieu de la course au large a beau se féminiser de plus en plus, les livres qui traitent du sujet des courses au large font toujours la part belle aux hommes. Ainsi, ce sont plus de 60 % des livres édités sur le sujet, qui sont écrits par des hommes. Rencontre avec une autrice que rien ne prédestinait à présenter sa vision des courses au large.

Charlotte Méry, Maman, Autrice et Navigatrice
Charlotte Mery – Tout droits réservés

Savez-vous qui mieux qu’un spécialiste peut parler d’un sujet ? Celle ou celui qui le pratique par passion, au-delà des difficultés, des traditions ou des héritages familiaux qui vous prédestinent dès l’enfance.

Lorsque l’amour s’en mêle

Charlotte Mery est de ceux-là. Née en Mayenne – bien loin de la mer donc – elle est tombée amoureuse d’un beau britannique, ami de l’un de ses cousins, qui avait pour particularité de suivre des études d’architecture navale. Autant dire qu’à l’âge des premiers émois sentimentaux, le raccourci est rapidement fait. Elle a aujourd’hui deux enfants – une fille de 10 mois et un garçon de 2 ans et demi.

C’est à 14 ans que Charlotte découvre le métier d’Architecte Naval, loin de la mer de laquelle elle est déjà éprise. Elle se lance alors dans la navigation nautique pour mettre en place la stratégie qui lui permettra de dessiner des bateaux.

Un parcours de compétitions et de hasards

Inscrite aux championnats de France UNSS de son lycée, elle parcourt les bourses aux équipiers pour trouver des bateaux à bord desquels naviguer de par le globe. Décidément liée au hasard et aux coïncidences, c’est au cours d’une soirée en boîte de nuit qu’elle rencontre la championne de France de 470, Cassandre Blandin, qui, parce qu’elle est grande, lui demande si “des fois, elle n’aurait pas envie de faire du bateau ? ».

Commence alors pour la future autrice une course acharnée à l’apprentissage : “Je naviguais trois jours par semaine et il y avait beaucoup de compétitions, quasiment chaque week-end” explique Charlotte.

Charlotte Mery sur le pont, seule, d'un bateau
Charlotte Mery seule sur le pont de son bateau

Impatiente, c’est elle-même qui le dit, Charlotte achève tant bien que mal ses études puis se lance, en 2017, dans le circuit de la course au large, avec la classique mini-transat. Au fond d’elle, elle sait bien, comme elle l’explique qu’elle “ ne veux pas en faire un métier car le haut niveau apporte beaucoup trop de contraintes sur la vie personnelle.

Les défis avant le reste

Charlotte recherche de l’aventure et du feeling. En toute chose, elle ne se donne jamais à moitié, y  compris en écriture. Son précédent livre, “Le Vendée Globe de Mam” qui explique aux enfants et à ceux qui le sont restés ce qu’est la course au large, elle l’édite elle-même car elle sent qu’elle a des choses à dire mais pas encore de nom pour en attirer un grand de l’édition.

Le Vendée Globe de Mam, premier livre de Charlotte Mery

C’est avec romantisme et humanité que Charlotte se lance, avec le concours des éditions Glénat, dans la rédaction de son second livre “Une histoire des courses au large”. Ainsi qu’elle le dit “Ce livre n’est pas un livre de l’Histoire de la course au large. Il faudrait être bien prétentieux pour parler de l’intégralité des courses existantes tant elles sont nombreuses. Et, surtout, je n’ai pas pratiqué toutes les courses, donc j’ai choisi l’aspect romantique et humain des courses que je connais”.

Et ce romantisme déborde dans la manière que Charlotte Mery a d’écrire. Si la technique et la compétition ne sont jamais très loin, l’humain, les sensations et les désirs des individus sont bien présents à chaque page. C’est ce qui différencie Charlotte de ses confrères auteurs et autrices, elle n’a pas de long CV maritime qui aurait pu déformer son rêve.

Il y a encore de l’humain dans la course au large

En 2022, selon Charlotte : “Il y a toujours autant d’humain et d’humanité dans la course au large, seulement le caractère même de cette humanité a changé. Les skippers sont des compétiteurs, tout est compté, tout est calculé et au service de la performance. Les bateaux sont de plus en plus difficiles à faire marcher.

Ici s’arrête la comparaison car, parmi ses modèles, Charlotte évoque Tracy Edwards, qui ouvrit la « voix » et la « voie » aux femmes dans le monde des skippers dans les années quatre-vingt-dix.

Tracy Edwards, la femme qui ouvrit la course au large aux Femmes
Tracy Edwards a ouvert la voie de la grande course au large aux femmes (Crédit : Royal & Sunalliance)

Selon Charlotte : “Il y a, aujourd’hui de plus en plus de femmes qui naviguent, c’est presque devenu normal. L’imaginaire collectif (les sponsors, le public…) par contre, n’est pas encore totalement prêt à voir une femme skipper.” Charlotte d’expliquer alors qu’un de ses partenaires s’est étonné devant elle, sans aucune discrétion ni délicatesse qu’une femme puisse faire de la voile, alors même qu’il connaissait l’objet de leur rencontre. 

Dans le circuit en lui-même, Charlotte ne rencontre pas de misogynie particulière. “Du moins, pas plus qu’ailleurs”, pondère-t-elle. Entre marins, pas de remarque ni de critiques sexuées.

Ce sont les proches qui, dans son cas, ont eu du mal à se dire qu’une femme était capable. Il faut dire que, venant d’une famille de garçons, Charlotte a dû jouer des coudes pour s’imposer !

Se faire confiance et s’écouter avant tout

Pour Charlotte, la principale qualité dont une femme doit faire preuve, quel que soit son métier : “est de se faire confiance. Elle doit s’écouter et ne pas écouter les autres. Surtout, ne pas porter attention aux commentaires sur les réseaux sociaux. Chacun sait ce qui est bon pour lui ou pour elle. Et personne n’est mieux placé que lui-même pour connaître son propre écosystème.

Pour l’exemple, Charlotte compare une course au large avec son expérience de la maternité : “Avant l’accouchement, tout le monde nous dit comment faire. On nous explique comment on doit se comporter avec le bébé, comment le tenir et l’éduquer. Devenue Maman; on sent presque instinctivement comment s’y prendre, comment bien faire. Il ne s’agit pas de dire qu’on n’a pas besoin des autres. On a, dans tous les domaines, besoin de soi et de son expérience en premier lieu.

De l’impossibilité d’être à la fois maman et navigatrice

Dans sa conception à la fois de la maternité et de la navigation, Charlotte ne se projette pas comme menant les deux métiers de front. Elle nous explique donc : “Je navigue dans les livres. Je ne vogue plus, ça ne me manque pas du tout. J’ai énormément skippé pendant une dizaine d’années. J’ai préféré arrêter car je n’envisageais pas d’être maman et navigatrice en même temps, j’admire celles qui y parviennent. Je m’amuserais aujourd’hui plus sur un petit bateau que sur un bateau avec gros équipage.”.

Mais le parfum de l’Iode n’est jamais loin de la plume de Charlotte “On prévoit de partir en famille quand les enfants auront une dizaine d’années pour faire un tour de l’atlantique. En attendant, j’ai d’autres livres en vue, autour de la jeunesse notamment. Et je planche sur un roman qui parlera de la mer, de la course au large et de la place quel a femme y trouve. Ou pas.


C’est bel et bien l’Humanisme et le Romantisme qui pilotent la vie de Charlotte Mery. Si sa maternité a mis entre parenthèses sa vie maritime, c’est avec des parenthèses douces et confortables et, surtout, choisies et acceptées en toute conscience. Charlotte Mery n’est pas dans le modèle du choix stéréotypé, souvent rencontré par les nouvelles mères, entre leurs carrières et leurs enfants.

Et si on apprenait enfin à dire Non ? 

Dans un monde positiviste et optimiste à l’extrême, le non semble être devenu une arme de destruction massive. C’est pourtant, en tant qu’enfant, l’une de nos premières réponses à toutes les demandes. Stéphanie Lautecaze propose de retrouver l’usage de ce “Non” trop souvent oublié et pourtant si simple à prononcer !

Stéphanie Lautecaze – Droits réservés

Oui, j’avoue. Et vous aussi d’ailleurs, nous avons le “oui” facile.

Stéphanie lautecaze a 47 ans et habite dans le sud-ouest de la France. Ancienne directrice des ressources humaines de grandes entreprises françaises, dont Veolia, elle a été amenée à fermer trois sites importants, notamment en France.

Dire non, tout simplement

Cette maman d’une petite fille de 5 ans est revenue en France du Liban en 2019. Elle est titulaire d’une licence en psychologie et adepte de la gestalt-thérapie, qu’elle résume par “une approche globale de la personne, de son environnement, son mode de vie, sa position et sa posture.”

La fonction RH est une fonction à Burnout !

De manière pas si surprenante que cela, notre discussion démarre sur un constat que dresse Stéphanie Lautecaze “Les métiers RH, et notamment la direction des ressources humaines, est un métier particulièrement propice au burn-out. Le Directeur des Ressources Humaines, souvent coincé entre des demandes financières d’un côté et humaines de l’autre ne sait pas ou ne sait plus dire non aux uns ni aux autres et prend sur lui les fruits de décisions qui ne sont pas les siennes”.

Selon l’ex-DRH, en France, il y a “6 millions de burn-out chaque année, dont 2.5 Millions de burn-out sévères (qui induiront des difficultés à reprendre le travail un jour). C’est un coût de 80 milliards d’euros dans la santé mentale et pour l’économie du pays” continue-t-elle.

La question qui vient à l’esprit est de tenter de comprendre le cheminement qui a amené Stéphanie Lautecaze à passer de l’autre côté du miroir, passant de la ressource humaine à la relation humaine ? 

Elle nous explique “Pour parvenir à accompagner des personnes, il faut avoir vécu. Vécu l’entreprise, vécu la pression, vécu les sensations et vécu le mal-être qui peuvent exister dans les grandes entreprises.” “Je voulais depuis longtemps » poursuit-elle “à la fois accompagner des humains et aller vers l’entreprise.” Sortie d’école de commerce, elle cherche sa voie dans ce dilemme et arrive à la conclusion que la fonction RH est la plus proche de la psychologie pour elle. C’est donc ainsi qu’elle approchera pour la première fois le monde de l’entreprise.

Rapidement peu à l’aise dans ce qu’on lui demandait à l’époque, elle crée plusieurs plateformes (psy, sophrologie, coaching) qui, toutes, tendent à rappeler que l’humain est apte à l’acceptation comme au refus. C’est d’ailleurs un des credo de la plateforme “Je dis Non !”

Le message le plus compliqué” selon Stéphanie Lautecaze “est à passer aux entreprises. Autoriser les salariés à dire Non, c’est autoriser la remise en cause de la hiérarchie quasi patriarcale en place. Cela passe par une remise en question des échelles de valeur et de compétences dans l’organisation”.

Pourquoi ne dit-on pas non ?

Nous avons peur de décevoir et de nous opposer à la demande de l’autre. “Très souvent, cette crainte est liée à notre histoire et à des croyances que nous avons construites tout au long de notre vie. En entreprise par exemple, si l’un dit non, un autre dira oui et sera mieux vu” explique la coach. C’est d’autant plus présent chez les femmes qu’on a déformées à dire oui très tôt: “Oui pour faire la bise au monsieur”, “oui pour mettre cette jolie robe rose”. Un lavage de cerveau qui démarre dès l’enfance en somme ! 

L’élan vers le non, vers ce refus, nécessite à la fois soutien et mouvement d’ensemble. “L’exemple inspirant en ce moment de ce qui se masse en Iran en est la preuve flagrante. Les femmes sont nombreuses et sont soutenues par des hommes. C’est à ces deux conditions que le refus peut se mettre en place et, potentiellement, gagner la bataille.” 

Le soutien est le premier pilier du “dire non” ajoute la spécialiste qui continue “Il est important de disposer d’une béquille sur laquelle appuyer ce refus en étant certain qu’elle ne cédera pas. »

La déconnexion d’avec soi-même

Selon Stéphanie lautecaze “Il existe une catégorie de personnes qui ne sentent pas qu’elles veulent dire non. Déconnexion d’avec les sensations et les choix, il faut ralentir énormément  le rythme et la fréquence des demandes avec ces personnes pour qu’elles aient le temps de sentir ce “non et de le dire” sans culpabilité..

L’absence trop répétée de “non”, et donc l’impact physiologique de cette acceptation presque pathologique sont aujourd’hui connus et reconnus, sur certains cancers notamment. Les malades, inconsciemment, acceptent la maladie comme étant un état contre lequel elles ne peuvent absolument rien, y compris se battre, quand bien même le combat serait perdu d’avance.

Le non et le rapport aux autres, égoïste ? 

En opposant un refus, on court le risque d’être taxé d’égoïsme. “Que je préfère appeler égotisme. Etre centré sur soi, sur ce qu’on veut, ce qu’on ne veut pas, ce qui nous fait du mal … “ explique Stéphanie Lautecaze. Cela permet de rappeler que ce “non” n’est pas un mal vis-à-vis de l’autre, mais un bien vis-à-vis de soi.

Il est possible de refuser sans agressivité

Dans ses formations, la spécialiste s’est rendu compte de la nécessité de beaucoup de mises en scène pour aider à aller vers le non. “Il est important de comprendre que colère et violence sont des émotions différentes, qui expriment des choses diamétralement opposées. L’une est la rupture pure et simple de la communication, alors que l’autre est, au contraire, une ouverture de cette communication.

Le non qui dit oui”, mythe ou réalité ?

C’est ce que j’appelle l’autoroute.” explique la thérapeute. “Quand on prend l’autoroute, on dit oui par réflexe. Ne voulant pas décevoir l’autre, on ne nous a jamais appris à dire non. C’est une réponse réflexe, pas pensée.” Il est, selon l’expérience de Stéphanie lautecaze, “important aussi d’apprendre à dire non à son thérapeute, à refuser certaines demandes de celui-ci qui peut, volontairement “pousser le curseur très loin. J’ai vu par exemple de thérapeutes demander volontairement des sommes colossales pour un suivi, pour montrer au patient qu’ils auraient dû dire non à ce moment précis, car leur conscience était claire, la somme est trop élevée.

Comment un homme peut-il différencier le “oui autoroute” du “oui pensé” ?

La femme qui veut exprimer ce nom doit, rapidement, affirmer au moins physiquement le refus qu’elle oppose à telle ou telle situation ou proposition. Par exemple, en reculant sa chaise de la table, en s’éloignant de ce partenaire, elle marque une distance plus propice à l’expression d’un nom.” « J’ajouterais » explique Stéphanie “qu’en cas d’abus sexuel, la société voit les hommes comme des violeurs par défaut. Il faut plus de justesse et de finesse et que chacun apprenne à prendre le temps, prendre son temps et ne pas céder aux dérapages que la société moderne nous offre.(tinder, meetic …).« 

Les outiks modernes, instantanés, sont propices à des oui qui veulent dire non

Les responsabilités, ainsi, sont vues croisées, la femme reprend confiance en elle et en sa capacité, son droit, de refuser quelque chose. Il n’y a pas plus de “méchants hommes” que de “femmes faciles”, simplement un biais cognitif de communication qui a amené les uns à ne plus savoir décoder le non, les autres à ne plus savoir l’exprimer.

La plateforme “Dire non ça s’apprend” ? 

Elle est financée par les entreprises qui y inscrivent leurs salariés.” explique sa fondatrice.

L’Inscription individuelle sur le site jedisnon.fr permet de payer des sessions en ligne avec des thérapeutes.

Nous avons fait le choix de ne travailler qu’avec des thérapeutes qui ont appris à dire non et qui expliquent à leurs futurs patients comment ils ont appris à le faire.

Ensuite, les rendez-vous se font via une interface en ligne, puis les paiements à la séance, au thérapeute directement.

Il n’y a pas de nécessité, pour les personnes en demande d’aide, de s’inscrire pour chercher, trouver ni choisir un thérapeute, ni pour recevoir le lien et pour le paiement à celui-ci. Les tarifs sont ceux fixés par le spécialiste, sans intervention du site..

Et Stéphanie lautecaze de conclure: « Le choix est le maître mot du site et du fonctionnement. Apprendre à faire autrement, selon les contextes, les lieux et les situations pour s’adapter aux messages passés aux personnes en demande.”

http://www.jedisnon.fr

Stéphanie Frappart devient la première femme à arbitrer un match de Coupe du monde masculine

Stéphanie Frappart est devenue la première femme à arbitrer un match de la Coupe du monde masculine après avoir été sélectionnée pour prendre en charge l’affrontement crucial de jeudi entre l’Allemagne et le Costa Rica.

La joueuse de 38 ans, a dirigé une équipe entièrement féminine sur le terrain pour le match du Groupe E au stade Al Bayt, avec la Brésilienne Neuza Back et la Mexicaine Karen Diaz Medina choisies comme assistantes.

Stéphanie Frappart est déjà entrée dans l’histoire du tournoi, pusiqu’elle est devenue la première femme officielle d’un match de Coupe du monde masculin alors qu’elle était quatrième officielle pour le match nul et vierge entre le Mexique et la Pologne mardi dernier.

La Fifa a nommé trois femmes arbitres sur sa liste de 36 pour la compétition, avec Salima Mukansanga du Rwanda et Yoshimi Yamashita du Japon également au Qatar.

Il y a également trois femmes parmi les 69 arbitres assistantes : Back, Diaz Medina et Kathryn Nesbitt des États-Unis.

Quand une globe trotteuse décide de créer sa vie autour de sa passion

Elinor après 8h  mushing par -35 °C
Elinor après 8h de mushing par -35 °C

Faire de sa vie un rêve et de son rêve une réalité. Ce mantra aux relents de diabolo menthe, certaines et certains ne font que le répéter.

Certains n’en font qu’une partie de leur CV.

Et d’autres construisent leur vie autour de ce but. C’est le cas d’Elinor Zucchet, qui nous parle de la façon dont elle a concilié rêves de voyage et réalité matérielle de la vie.

Et si vous laissiez tout tomber pour aller vivre votre rêve ? Faire le tour du monde en auto-stop, aller élever des chèvres dans les Andes ou vivre dans une tribu Masaï, nous sommes nombreux à caresser ces envies d’ailleurs et d’autre chose. Force est de constater que, souvent, le quotidien nous rattrape et les factures à payer, les contingences de chaque jour tout comme les obligations – plus ou moins contraintes – de la vie moderne nous font accepter ces sacrifices.

Aventure, vie et galères en vue

Sauf à avoir construit sa vie autour de ces objectifs de liberté et de vie alternative, comme l’a fait Elinor Zucchet, qui partage avec nous son parcours d’aventure, parcours de vie et, parfois, de galère.

Elle a 39 ans aujourd’hui, pas d’enfant et un couple construit avec un autre nomade des temps modernes, c’est depuis Sitges (Espagne) qu’elle nous parle. Elinor a suivi un parcours relativement atypique dès le début de sa scolarité d’adolescente. “Cette passion est née de mon premier voyage à l’étranger en solo.” Explique la voyageuse. “C’était un voyage scolaire à Londres – grand classique – et pendant que les autres passaient leur temps à jouer ou à faire les ados, je ne pouvais m’arrêter de regarder les paysages, les panneaux routiers différents et les habitudes si surprenantes que je découvrais.

Soutien Familial primordial

L’environnement familial d’Elinor lui permet d’envisager des voyages avec un peu plus d’aisance que les familles moyennes, une chance pour elle qui n’en demande pas plus “J’avais la volonté d’aller aux USA. Le financement du voyage a été découpé en cadeaux de Noël et d’Anniversaire. Je mettais de l’argent de côté pour y parvenir. C’était un investissement familial pas uniquement matériel, j’ai eu avant tout le privilège de naître dans une famille qui a compris l’importance des voyages et des langues dans le développement d’une personnalité.

En Alaska
En Alaska

Selon la globe-trotteuse, “Le système scolaire français n’étant pas très flexible, j’aurais aimé faire quelque chose au niveau des sciences et de la biologie, donc un domaine scientifique. En parallèle, je voulais étudier les langues, donc un domaine littéraire. C’est malheureusement impossible en France. Je me suis lancée dans du littéraire là où je pense que j’aurais aussi pu m’éclater encore plus dans la biologie animale.” regrette-t-elle.

Sortie du lycée, Elinor part pour 6 mois aux USA où elle rêve de retourner après un stage de surf à 15 ans. “Mes parents ne pouvaient pas payer les frais d’une université aux USA, nous avons trouvé une alternative dans un lycée au sein d’une famille d’accueil. J’ai donc à la fois travaillé et étudié durant ce semestre aux Etats-Unis.

Revenue des USA, avec un projet plus mûr, Elle se lance, malgré la mauvaise presse d’un certain tourisme de masse qu’elle considère mal géré, dans une formation « Master en European Tourism Management » au sein de l’IUP de Chambéry. Ces études l’amènent à faire des stages en République dominicaine, six mois en suède et six autres mois en Espagne.

Trouver ou créer des opportunités

Etudes terminées, Elinor part s’installer à Barcelone à la recherche d’un boulot, où vivait son amoureux d’alors. Elle trouve aisément un premier travail en tant que réceptionniste dans un hôtel. Elle quitte cet emploi et travaille durant 8 ans pour une agence française de séjour linguistique à l’étranger, gravissant les échelons doucement mais sûrement au sein de la structure.

Le hasard ne faisant rien sans raison, Elinor se blesse gravement dans un accident. Plusieurs mois d’immobilisation, des idées et de l’imaginaire plein la tête. Elle retourne dans un bureau, mais s’y sent trop à l’étroit. A cette époque précovid, le télétravail n’a pas la reconnaissance qu’on lui a donnée aujourd’hui. C’est donc frustrée et en manque de voyages que celle qui pose rarement son sac à dos cherche un moyen de concilier mobilité et revenus financiers.

Elle s’accorde un mois de vacances en Scandinavie, pour faire le point et, surtout, remettre en route sa machine à voyager. “Disposant de pas mal de cordes à mon arc, je me suis penchée sur la traduction et la rédaction web” explique Elinor, consciente que le marché du travail en Espagne lui permettrait, dans tous les cas, de rebondir en cas d’échec.

Une agence suisse de séjours linguistiques contacte Elinor pour travailler avec eux  à de la rédaction/ traduction d’articles. Elle permet à cette agence d’apporter un morceau de culture française à son offre.

Établie en tant que Freelance, en 2 ou 3 mois Elinor parvient à vivre correctement de son activité professionnelle, en multipliant les contrats et les petits travaux. C’est après 3 ou 4 années de tout-venant qu’elle a décidé de lever le pied et de devenir un peu plus regardante sur les travaux qu’elle réalise.

Sous les aurores boréales, Elinor et son conjoint à Lofofen
Sous les aurores boréales, Elinor et son conjoint à Lofofen

Aujourd’hui, avec mon conjoint nous sommes devenus des digital nomades qui ont un chez eux. Nous aimons avoir un nid douillet comme les Européens.” ajoute la rédactrice.  “Si nous adorons partir, nous aimons autant revenir aussi.”

C’est sans doute sur ce point que la notion de digital nomadisme (la capacité de travailler depuis n’importe quel point du globe) se différencie de l’Amérique du Nord. Jusqu’au COVID, aux Etats Unis, près de 20 %  de la population déménage chaque année, contre à peine 10 % des foyers français.

Le Nord ou rien !

La suite est logique. Elinor multiplie les voyages et se focalise sur les régions arctiques. Tombée amoureuse pour la Laponie Suédoise, Elinor change du tout au tout, de son mode de vie à ses destinations de vacances, tout sera teinté d’aurores boréales et de nuit polaire dans sa vie.

« On me traitait de folle lorsque j’allais dans ces régions. Alors qu’il y a une magie et une poésie dans les zones arctiques. On est dans l’apogée du sauvage en Europe. Notre continent  est aujourd’hui très développé et peuplé et rares sont les occasions de se retrouver face à soi-même. Et, contrairement aux idées reçues, lorsqu’on est bien équipé, les températures négatives ne sont pas du tout un problème ! » termine la voyageuse.

Son étoile du berger, ce sont les aurores boréales et la nuit polaire. “Ces phénomènes inconnus sous nos latitudes trop basses créent des couleurs toujours changeantes. S’il ne fait jamais vraiment ni nuit, ni jour, le ciel se pare en permanence de nouvelles teintes émouvantes. Quant aux aurores, ce sont des manifestations de la magie de l’univers. Des particules, venues du soleil, créent cette danse magique dans la voûte céleste.

La magie des aurores Boréales comme ici à Finnmark
La magie des aurores Boréales comme ici à Finnmark

« La culture scandinave me convient« , ajoute-t-elle. « C’est une fusion permanente avec la nature et, à l’opposé de l’image qu’on en a, si elle est très cosy en hiver, les gens vivent énormément dehors et une vraie vie sociale et de plein air existe dans ces pays froids.« 

Avoir plusieurs cordes à son arc

Aujourd’hui, Elinor mixe les métiers ; Rédactrice, elle propose des services de traduction, de tourisme ou encore de photographie des zones visitées. C’est la multiplicité des compétences qui donne à cette femme la sécurité de toujours rebondir. Comme elle l’explique “si un pays entre en crise, il faut savoir partir et ouvrir une autre destination pour toujours être dans le haut de la vague, sans donner l’impression qu’on fuit ce pays mais en offrant une autre de ses compétences, ailleurs” conseille-t-elle aux futurs nomades.

Le COVID a été une vraie leçon pour les entreprises

Selon la travailleuse nomade “Je comprends que les entreprises aient des craintes quand elles n’ont jamais testé le télétravail ni le nomadisme. Mais lorsque de bonnes relations sont en place entre entreprise et salarié, travailler depuis n’importe où n’a aucune importance. Les entreprises devraient établir des objectifs avec les salariés plutôt que de marquer à la culotte chacun, avec la tradition industrielle de la pointeuse à l’entrée de l’usine.

Pour Elinor, “le moment est idéal pour se lancer dans l’emploi nomade. Les esprits ont été bouleversés par la crise sanitaire et les entreprises ont enfin compris l’impact qu’avaient les déplacements sur la qualité du travail de leurs salariés. Lorsqu’on n’a plus à se soucier de trouver une nourrice, passer des heures de transport en commun ou dans les embouteillages, on est mieux dans son travail et plus efficace.” A condition d’être rigoureux et de savoir ériger les barrières entre vie professionnelle et vie personnelle, évidemment.

Etre une femme ailleurs dans le monde ?

En tant que femme, je n’ai pas l’impression d’avoir rencontré beaucoup d’obstacles. J’ai toujours voulu des environnements de travail internationaux. Cela ouvre l’esprit des personnes qu’on rencontre.” explique Elinor. Amenée à travailler tant avec des supérieurs hiérarchiques hommes que femme, la rédactrice a conscience que les personnes qu’elle côtoie sont comme elle, ouvertes d’esprit et en avance de quelques années sur la pensée dominante, ce qui facilite les échanges.

Etre une femme Européenne implique de ne jamais oublier nos privilèges
Etre une femme Européenne implique de ne jamais oublier nos privilèges

Une chose est certaine, dans la majorité des cas, on rencontre des gens bien partout. Il faut juste avoir un peu de bon sens et être prudente où que l’on se trouve. Mais il n’y a pas de mieux ou de moins bien, du moins dans les régions que j’ai pu fréquenter” insiste Elinor.

Responsabilité des écoles

Selon la voyageuse, en France et en Europe du Sud “L’école ne crée pas des esprits assez autonomes pour proposer aux futurs adultes de se faire leurs carrières. Le système scolaire ne laisse pas assez de place pour le think out of the box.” commence-t-elle.

Si on sait aujourd’hui que le système nordique fonctionne, les pays du sud de l’Europe continuent d’appliquer les mêmes recettes. “J’étais très créative en France lorsque j’étais enfant, mais le système scolaire m’a coupé les ailes dans cette créativité. Il suffit de comprendre comment avoir de bonnes notes et d’appliquer la méthode, pas de montrer ce dont on est capables.  Dans les pays du nord, la place est laissée à la créativité. Les notes, par exemple, ne sont jamais définitives et une place est laissée à la négociation et la discussion avec les enseignants lorsqu’un élève n’est pas satisfait de la notation obtenue.

La place des femmes dans le tourisme 

Elinor n’a constaté aucune différence de traitement entre hommes et femmes dans les pays du nord où, selon elle “le monde du travail est plus juste et inclusif”. Il n’est que deux pays dans lesquels elle a pu remarquer une choquante différence, Dubaï et certaines îles d’Indonésie. “Par exemple, mon ex-conjoint ne parlait pas anglais à Dubaï et, partout, on m’a ignoré en regardant l’homme, attendant qu’il prenne l’initiative et qu’il pose les questions. A l’hôtel par exemple, nos passeports ont été retenus à la réception. J’ai appelé un grand nombre de fois sans effet là où il a suffi à mon partenaire un seul appel pour que les passeports nous soient restitués.” De là à parler de l’impact religieux, Elinor refuse de passer le pas “On est plus ici dans une question complexe d’éducation, de politique et d’individualités que face à une question religieuse” contraste-t-elle.

Etre une femme en 2022

Dans nos sociétés occidentales” commence la jeune femme “on n’a pas trop à se plaindre malgré tout. J’ai souvent tendance à me dire qu’il y a nettement pire ailleurs. Ayant voyagé avec notamment des gens venant d’Iran, je me rends compte de la chance que j’ai. Il faut continuer de lutter pour nos libertés mais on a fait des progrès incroyables en peu de temps. On a beaucoup de bonnes choses dans nos pays, il ne faut pas oublier ça. Les réflexes doivent venir autant des hommes que des femmes.” répond Elinor.

Par exemple, la fameuse question des enfants est souvent posée, sans avoir en tête que certains couples ne peuvent tout simplement pas avoir d’enfants. “La blessure peut être douloureuse pour ces personnes” ajoute Elinor. 

Au féminisme, faut-il ajouter l’empathie ?

Deuxième édition du tour de France femmes 2023 du 23 au 30 juillet 2023

Après trois décennies d’absence, le Tour de France féminin a fait son grand retour lors de l’édition 2022 et un nouveau nom – fini l’appellation Tour de France féminin – pour suivre un tracé inverse aux hommes et terminer sa course dans les Vosges, au sommet de la Planche des Belles Filles, dimanche 31 juillet.

Le jeudi 27 octobre, Marion Rousse, la directrice de la Grande Boucle féminine, a dévoilé le parcours du Tour de France 2023. Après le nord-est, et comme leurs homologues masculins : place au sud-ouest ! 

« Toujours plus haut », affirme la directrice de l’épreuve, qui a pu détailler le programme des huit étapes, totalisant une distance de 956 kilomètres et confrontant surtout les championnes à de nouvelles difficultés. Le principe du passage de témoin avec le Tour a été conservé, mais les coureuses se retrouveront cette fois-ci à Clermont-Ferrand pour entamer dans une première séquence la découverte du Massif Central. En fin de semaine c’est la chaîne pyrénéenne qui fera le tri entre les grimpeuses les plus efficaces : la ligne d’arrivée au col du Tourmalet sera l’objectif de toutes les prétendantes au Maillot Jaune. Il faudra encore le défendre le lendemain sur le chrono final de Pau.

Présentation du parcours 2023 : Annemiek van Vleuten, vainqueur du TDFF 2022 et Marion Rousse, Directrice de la course

En rassemblant le peloton à Clermont-Ferrand, l’accent est une fois de plus mis sur le lien entre la course féminine et l’histoire du  Tour. Elles ne monteront pas au Puy de Dôme cette fois-ci, mais goûteront dès les premiers jours aux aspérités de la géologie auvergnate : de façon délicate dans la première étape qui ne verra peut-être pas le peloton totalement éparpillé ; puis de manière plus marquée sur la route de Mauriac où elles devront encaisser un dénivelé positif de 2 500 mètres avant de batailler pour le bouquet du jour.

Les sprinteuses auront probablement la parole à Montignac, où se trouve la grotte de Lascaux, mais devraient laisser leur chance sur la plus longue étape de la semaine (177 km), les côtes aveyronnaises se chargeant de sélectionner pour l’arrivée à Rodez les plus résistantes d’une échappée ou les puncheuses les plus tranchantes. L’air des Pyrénées commencera à se faire sentir sur les étapes d’Albi et de Blagnac, mais c’est le week-end venu que  les candidates au Maillot Jaune se départageront pour la première fois en haute montagne.

La légende est à nouveau au rendez-vous au col du Tourmalet, où les cyclistes du Tour ont goûté pour la première fois à l’altitude en 1910, à  2115 mètres. La ligne d’arrivée de la septième étape a été tracée cinq mètres plus bas, dans un décor où seules les meilleures grimpeuses du monde peuvent envisager la victoire. Celle qui y parviendra comptera probablement parmi les protagonistes encore en lice sur le contre-la-montre final, empruntant autour de Pau, mais en partie en sens inverse, le parcours sur lequel Julian Alaphilippe avait défendu son Maillot Jaune en 2019.

Le parcours du Tour de France femmes 2023 – A.S.O

A Saint-Malo, le Festival Regards Croisés met en avant les talents des personnes handicapées !

Afiche du Festival Regards Croisés, à Saint-Malo

Créée en 2006, l’association l’Hippocampe s’est donné pour mission d’accompagner l’inclusion des personnes en situation de handicap. Inclusion professionnelle comme sociale, ce sont les outils artistiques et culturels qui sont utilisés.

Mireille Malot est présidente de l’association. Rapporteuse sous le gouvernement de Lionel Jospin d’un document sur l’aide humaine à l’intégration scolaire des élèves handicapés qui aboutira, notamment, à la création de 1 000 postes d’Auxiliaires de Vie Scolaire (AVS).

Mireille Malot, présidente de l'association
Mireille Malot, présidente de l’association Hippocampe

En parallèle, Mireille Malot œuvre au quotidien à ce que les enseignants soient de mieux en mieux formés à l’accueil des élèves en situation de polyhandicaps.

Le festival Regards Croisés, organisé par l’association, se tient chaque année dans la ville qui a vu partir des marins, dont certains en situation de handicap, traverser l’atlantique à bord de gigantesques bateaux, là où certaines entreprises partenaires de ces mêmes bateaux demandent des subventions pour aménager un escalier ou une salle de pause et les rendre accessible aux personnes en situation de handicap.

D’autres priorités sans doute ou politique marketing ?

Une femme discrète et efficace

Quoi qu’il en soit, nous avons voulu faire la connaissance de cette discrète présidente, détentrice de la Légion d’honneur (2021) et de l’ordre national du mérite (2004).

Elle-même maman d’une enfant polyhandicapée (Louise, aujourd’hui âgée de 40 ans), atteinte du syndrome de Rett, elle ne connaît que trop bien dans son quotidien de mère, de militante associative et de femme les difficultés qui parsèment le chemin vers la scolarisation, puis l’emploi des personnes différentes.

La création des AVS a permis d’accompagner, à l’époque, des enfants en rupture sociale. Rescolarisés, ces enfants ont passé le bac, obtenu des qualifications et des titres universitaires” explique la présidente “Puis, lorsqu’il s’est agi de passer du monde scolaire au monde professionnel, ils expliquaient toutes et tous voir les portes se fermer dans les entreprises”. Bref, une génération d’handicapés diplômés venait de voir le jour, sans espoir d’accéder à l’emploi à court terme.

Le handicap n’empêche pas le talent

C’est alors qu’est née l’idée d’un événement qui allait exposer au monde de l’entreprise les compétences et les savoir-faire de ces personnes au sein des structures de toutes tailles qui leur avaient donné leur chance. « C’est, aussi, de mettre un coup de projecteur pour dire telle ou telle entreprise a osé, pourquoi pas la vôtre !” ajoute la présidente.

Depuis 14 ans que se déroule le festival Regards Croisés à Saint Malo, au sein du Palais du Grand Large, les choses se déroulent presque toujours de la même façon. Présentation des courts métrages aux scolaires et collégiens le jeudi, dîner de gala le jeudi soir au cours duquel les entreprises achètent leur table et invitent clients, fournisseurs ou salariés pour exposer leurs réussites comme leurs potentiels avec ces travailleurs autrement capables.

Un job dating en cours de festival

L’originalité de ce festival réside dans le fait qu’entre les petits fours le jeudi après-midi, les entreprises qui connaissent actuellement des difficultés de recrutement sont présentes pour rencontrer ces travailleurs en recherche d’emploi. Dans tous les domaines, depuis le luxe jusqu’aux hautes technologies. Pour éviter le « social washing », les recruteurs ne sont pas informés du type de handicap qui touche les candidats. Chacun a donc sa chance même si, évidemment, certains emplois demeurent inaccessibles à certains types de handicaps.

Le Jib Dating est un rendez-vous aussi majeur qu'inattendu du festival

La journée du vendredi est celle du festival à proprement parler. Les courts métrages (6 minutes au maximum) doivent soit être mis en scène soit être réalisés par une personne handicapée. Pour le reste, le format est libre, pour autant qu’il s’agisse de raconter leur vie au travail. “La finalité” explique Madame Malot “est de montrer leurs capacités à travailler”.

Dominique Farrugia président du jury 2022

L’édition 2022, première post-crise sanitaire, sera présidée par Dominique Farrugia, humoriste bien connu mais aussi travailleur lui aussi autrement capable, touché qu’il est par la sclérose en plaques depuis de nombreuses années.

Dominique Farrugia sera le président de l'édition 2022 du festival Regards croisés
Dominique Farrugia, président de l’édition 2022

Il sera à la tête du jury Adultes. Un second jury, composé de jeunes, vient croiser son regard. C’est là que réside l’ADN de ce festival pas comme les autres, confronter des regards différents sur une question qui nous concerne toutes et tous.

L’entrée au festival est gratuite. Pas de tapis rouge ni de montée des marches mais de l’acceptation, de la tolérance et de la différence. Les animations sont nombreuses pour les personnes présentes, depuis des représentations artistiques jusqu’à des activités ludiques (poterie ).

Le vendredi est la journée des projections et des délibérations. Et l’occasion de moments de grandes émotions pour les participantes et les participants.

Remise des récompenses du Festival
La remise des récompenses est toujours un moment d’intense émotions

Implication locale forte

La présidente de l’association insiste sur le fait que le festival s’ancre localement dans la vie de ces personnes autrement capables. Ainsi, une partie de l’argent que rapporte la vente des tables du dîner de gala ira au bénéfice de la région de Saint Malo, “chapi chat’po”  et “Mer lib”. 


Chapi Chat’po propose de valoriser l’inclusion de jeunes en situation de handicap mental et cognitif. Elle propose à ces jeunes de participer à un food truck qui propose, le temps d’une soirée ou d’un moment familial, de nourrir les convives. Tous les plats et tout le service sont menés par ces travailleurs différents.

Chapi Chat'pot propose à des personnes atteintes de handicaps mentaux de gérer un food truck et d'organiser des prestations de traiteur
Chapi Chat’pot propose à des personnes handicapées de participer à une aventure de Food Truck, en Bretagne

De son côté, est une association Dinardaise qui propose aux personnes handicapées un accès à la mer et à ses vertus au moyen d’un bateau adapté, L’Intouchable. L’association propose une expérience qui a pour but de mettre en exergue les vertus thérapeutiques et pédagogiques que le monde marin peut apporter à toute personne en situation de handicap.

Mer Lib propose à des personnes présentant tous types de handicaps de découvrir la mer
Mer Lib permet à toutes les personnes handicapées de découvrir les plaisirs de la mer, en Côte d’Emeraude.

Une autre route

Cette quatorzième édition du festival Regards Croisés est une opportunité supplémentaire de montrer qu’une autre approche du handicap demeure possible. Des champions tels que le skipper Damien Seguin (qui sera parti traverser l’atlantique quelques jours plus tôt), le nageur Philippe Croizon ou l’acteur Alexandre Jollien sont la preuve que si le handicap n’est qu’une caractéristique de la personne, il ne constitue en aucun cas la personne.

Regards Croisés en résumé

Le festival se tiendra pour sa quatorzième édition les 17 et 18 novembre 2022. La journée du 19 novembre est réservée aux ESAT qui ont pris part à l’organisation et la tenue de cet évènement. Encore une preuve que, lorsqu’on fait l’effort, les valides peuvent laisser leur place à celles et ceux qui ont besoin d’un peu plus d’attention.

Le Festival se déroule au palais du Grand Large, à Saint-Malo en Ille-et Vilaine.

Entrée gratuite le vendredi toute la journée.

https://www.festivalregardscroises.com/

Annie Ernaux, nouveau prix Nobel de littérature et championne des ventes.

Annie Ernaux, 82 ans, remporta le jeudi 6 octobre le Nobel de littérature. Elle est la 17e femme
à remporter ce prix mais surtout la première femme Française.

Figure de proue du féminisme contemporain, dans l’air du temps depuis quelques années, Annie Ernaux séduit ou divise l’élite intellectuelle, mais ne laisse pas indifférent. Suite à l’annonce de sa récompense, les libraires ont eu affaire à une nouvelle vague : tous les titres de la romancière se sont arrachés.
Par conséquent sa maison d’édition a décidé de réimprimer son œuvre pour faire face à la demande croissante.
C’est un chiffre impressionnant, près d’un million de livres, qui vont être réédités par la maison d’édition Gallimard.

Parallèlement à ses romans, Annie Ernaux tient un journal d’avant-écriture ; une sorte de livre de fouilles, rédigé année après année, qui offre une incursion rare de « l’autre côté » de l’œuvre.
Plongé au cœur même de l’acte d’écrire, le lecteur devient témoin du long dialogue de l’autrice avec elle-même : la pensée taillée au couteau, des idées en vrac, des infinitifs en mouvement ; des associations de mots, de morceaux de temps, et de confidences.

Pour la réédition de L’atelier noir, Annie Ernaux a souhaité augmenter l’ouvrage de pages inédites de son journal de Mémoire de fille.

« Nous sommes convaincus qu’elle va élargir son audience et on peut espérer atteindre les 5 millions d’exemplaires d’autant qu’un prix Nobel de littérature s’étend sur une période assez longue, précise le responsable des ventes de Gallimard, dans les colonnes du Parisien. Il poursuit : « Ce prix va donner à l’autrice une visibilité accrue à l’étranger même si son œuvre est déjà appréciée en Allemagne, en Espagne, en Grande-Bretagne ou aux États-Unis. »

En Une des journaux Européen, le lendemain de sa victoire, Annie Ernaux a été accueillie aux Etats-Unis à l’invitation du centre culturel français de New York.
Traduite depuis trente ans aux États-Unis, l’auteure de « L’évènement » a été ovationnée par une assemblée constituée majoritairement de femmes.

Italie : « Femme, mère et chrétienne » Giorgia Meloni est-elle anti féministe ?

Dimanche 25 septembre 2022, le parti d’extrême droite Fratelli d’Italia, dirigé par Giorgia Meloni, est arrivé en tête des élections législatives qui ont eu lieu en Italie.

Âgée de 45 ans, la femme politique conservatrice qui se présente comme « femme, mère et chrétienne » met au cœur de son programme électoral Risollevare l’Italia (Redresser l’Italie), le soutien à la natalité et à la famille.

Qu’est-ce que la famille pour cette extrême droite postmoderne qui réaffirme la valeur de la triade traditionnelle Dieu, Patrie et Famille?

Avec un mélange de valeurs religieuses et laïques, le modèle familial reproposé est celui considéré comme «naturel», fondé sur le mariage hétérosexuel et la division rigide des rôles masculins et féminins, dans lequel les femmes garantissent l’«économie du don», un travail de soin non rémunéré et non reconnu dans une société organisée selon les principes de la hiérarchie des classes et des sexes, de l’individualisme compétitif et du profit individuel.

Le droit à l’avortement menacé en Italie ?

Plus encore qu’une opposition à l’avortement, Giorgia Meloni incarne cette droite dure et nationaliste qui veut renforcer la natalité et qui craint le déclin de la population face à une arrivée d’immigrés.
Il faut que les femmes fassent des enfants et il en va de la survie du pays, clame en résumé Fratelli d’Italia : « La population italienne est en déclin. Je ne dis pas que les étrangers ne devraient pas avoir d’enfants mais nous devons créer les conditions pour que les Italiens se reproduisent », déclarait récemment Carlo Ciccioli, un des leaders du parti.
Toutefois, la candidate d’extrême droite et favorite des sondages a déclaré qu’elle souhaitait protéger la maternité et trouver des solutions pour permettre aux femmes de ne pas avorter. Giorgia Meloni veut limiter le recours à l’IVG. « Nous ne toucherons pas à la loi sur l’avortement, nous voulons juste que (les femmes) sachent qu’il y a d’autres options », a t’elle déclaré.

La France sera « attentive » au « respect » des droits humains et du droit à l’avortement en Italie, a affirmé lundi matin Élisabeth Borne. La Première ministre réagissait après la victoire du parti post-fasciste de Giorgia Meloni dimanche lors des élections législatives italiennes.

Au delà de la question de l’avortement, la communauté LGBT craint elle aussi de voir ses droits limités, au nom des valeurs familiales chrétiennes défendues par Giorgia Meloni.

Lors de rassemblements politiques, Giorgia Meloni a farouchement dénoncé ce qu’elle appelle « l’idéologie du genre » et « le lobby LGBT ».

L’éducation des enfants par des personnes du même sexe n’est pas normale, a suggéré un membre important du parti d’extrême droite qui devrait remporter les élections italiennes dimanche, jetant un nouveau coup de projecteur sur son programme socialement conservateur.

Les remarques de Federico Mollicone, porte-parole de la culture pour les Frères d’Italie (FdI) de Giorgia Meloni, ont déclenché l’indignation des opposants politiques et des médias sociaux alors que Meloni semble sur le point de devenir la première femme Premier ministre d’Italie.

Giorgia Meloni n’est certainement pas une icône féministe: il y avait une certaine ironie dans sa remarque, adressée à ses adversaires de la gauche réformiste, sur le fait que, si pour la première fois l’Italie avait une femme à la tête du gouvernement, il y aurait là une rupture du «plafond de verre».

Selon Paolo Berizzi, journaliste au quotidien italien La Repubblica, la région des Marches a servi de laboratoire pour les politiques de l’extrême droite. « Ils ont expérimenté à l’échelle locale un modèle qu’ils se préparent à reproduire au niveau national« , analyse le journaliste, spécialiste de l’extrême droite en Italie.

« Cela implique de revenir sur certains droits, d’introduire des politiques adaptées aux familles traditionnelles et de faire campagne contre l’avortement. C’est une voie qui est anti-progressiste, qui s’oppose à la modernité et au principe de l’égalité des droits pour tous, dans laquelle les hommes et les femmes se voient attribuer des rôles spécifiques« .

Zarifa Ghafari, plus jeune maire Afghane sort son autobiographie et un documentaire Netflix

Zarifa Ghafari est afghane. Elle avait trois ans quand les talibans ont interdit aux filles d’aller à l’école, six lorsque les frappes aériennes américaines ont débuté. Autrice et femme politique, Zarifa a obtenu le Prix international de la femme de courage 2020, le Prix Nord-Sud 2021 du Conseil de l’Europe, ainsi que le Prix international des droits de la femme 2022 du Sommet de Genève.

À vingt-six ans, elle est devenue la première maire de la province de Wardak, l’une des plus conservatrices d’Afghanistan. Les extrémistes ont barré l’accès à son bureau, ont tenté de la tuer trois fois. Malgré cela, Zarifa a tenu bon. Elle a lutté contre la corruption, œuvré pour la paix et tenté d’éduquer les femmes. Mais à l’arrivée des talibans à Kaboul en 2021, et après l’assassinat de son père, elle a dû fuir en Europe. Elle continue pourtant d’aider celles qui vivent sous le règne des talibans. Les récompenses internationales ont salué son engagement.
Elle a ainsi obtenu le Prix international de la femme de courage 2020, le Prix Nord-Sud 2021 du Conseil de l’Europe, ainsi que le Prix international des droits de la femme 2022 du Sommet de Genève.

Aujourd’hui réfugiée en Allemagne, l’opposante déterminée aux talibans, vit désormais en exil. Le 14 septembre, elle publie son autobiographie aux éditions JC Lattès, suivi d’un documentaire « Dans ses mains » dont la sortie est prévue en novembre sur Netflix.

Son témoignage offre un éclairage sans précédent sur les deux dernières décennies en Afghanistan, à travers le regard d’une citoyenne, femme et maire. Il incarne la résistance des Afghanes face à l’obscurantisme.

« Dans ses mains » aura sa première mondiale au Festival international du film de Toronto 2022 le 9 septembre.

Le documentaire raconte l’histoire de Zarifa Ghafari, qui est devenue à 26 ans l’une des premières femmes maires d’Afghanistan et la plus jeune à occuper ce poste.

Tourné pendant deux années turbulentes, le film documente sa bataille personnelle pour la survie alors que son pays se défait au milieu du retrait rapide des forces occidentales et du retour au pouvoir des talibans. Face à cette nouvelle réalité, Zarifa doit prendre la décision la plus difficile de sa vie.

« « Dans ses mains » est un travail extraordinaire de narration personnelle qui nous offre un aperçu rare et une réelle compréhension de ce à quoi les femmes afghanes ont été confrontées ces dernières années », ont déclaré Hillary Rodham Clinton et Chelsea Clinton, qui ont produit le film via HiddenLight. « Lorsque nous avons entendu parler de ce projet pour la première fois, nous avons dû nous impliquer. Nous croyons que les filles et les femmes – et les hommes et les garçons – partout dans le monde seront inspirés par le travail acharné, l’intelligence et la pure détermination de Zarifa Ghafari. »

Site officiel Zarifa Ghafari

8e Edition des Journées du Matrimoine

Depuis 2015, chaque année en septembre, les Journées du Matrimoine, en écho aux Journées du Patrimoine, permettent de mettre en lumière des créatrices du passé à travers de nombreuses performances artistiques d’artistes femmes contemporaines qui se réapproprient des œuvres mal connues de leurs aînées.

Le Mouvement HF a été créé en 2009 à l’initiative de femmes et d’hommes travaillant dans des métiers artistiques ou culturels. Née en novembre 2009 à l’initiative de femmes et d’hommes travaillant dans le domaine du spectacle, de la radio et du cinéma, HF Île-de-France se rapproche de HF Rhône-Alpes, créée en 2008, et appelle à l’émergence d’autres antennes partout en France.HF Île-de-France compte aujourd’hui plus de 400 adhérent·e·s, personnes physiques et morales, professionnel·le·s, acteurs·rices de la sphère culturelle, publics, théâtres et organismes partenaires

Son but est le repérage des inégalités entre les femmes et les hommes dans les arts et la culture, la mobilisation contre les discriminations observées et l’évolution vers la parité. Ainsi, depuis plus de 10 ans, le mouvement mène un travail de fond pour sensibiliser tous types de publics (professionnel.les, responsables institutionnel.les, élu.es, grand public, etc.) sur les disparités existantes entre hommes et femmes dans les arts et la culture.

Le mouvement entend ainsi partager les leviers d’actions pour parvenir sans plus attendre à l’égalité réelle. Il réunit aujourd’hui 8 collectifs en France dont la plupart organisent des Journées du Matrimoine.

Cet événement culturel est accessible à tous.tes. Associer «matrimoine» et «patrimoine» permet de valoriser un héritage culturel commun. Les Journées du Matrimoine éveillent les consciences et concourent à favoriser l’égalité entre femmes et hommes dans les arts et la culture et plus largement dans notre société.

Une 8e édition particulièrement riche

Au fil des années, les Journées du Matrimoine prennent de l’ampleur. Organisées par HF Ile de France, elles débuteront dès le 10 septembre, au Théâtre 14 avec une conférence de Titiou Lecoq sur «Les grandes oubliées». Cette année, la Mairie de Paris, celles des 13e et 14e arrondissements, de Bobigny et l’Ile Saint-Denis y participent activement en proposant des événements. 26événements gratuits(entrée libre sur réservation obligatoire)s oit plus de 50 rendez-vous culturels à Paris, Bobigny, Colombes, l’Ile Saint Denis.

Les Journées du Matrimoine 2022 mettront en lumière une cinquantaine de créatrices : autrices, poétesses, compositrices, peintresses, sculptrices, intellectuelles parmi lesquelles: Chistine Desroches-Noblecourt, Gisèle Halimi, Emmanuelle Riva, Maria Szymanowska, Janine Solane, Marceline Desbordes-Valmore… Depuis 2015, près de 400créatrices du passé ont été présentées et répertoriées sur le site : matrimoine.fr.

Quelques chiffres

Les femmes sont plus diplômées

-61% d’étudiantes dans les écoles d’art

mais moins présentes sur le marché professionnel

-40% des actives en moyenne dans les professions culturelles

-17% d’autrices-compositrices sociétaires à la SACEM en 2019

moins programmées

-20% en moyenne des œuvres programmées sont créées par des femmes

-14% de femmes programmées dans les festivals de Musiques actuelles

-moins de 20% des opéras programmés sont mis en scène par les femmes (2020-2021)

moins récompensées :

-0 réalisatrice primée aux Césars depuis 2010

-1 film réalisé par une femme récompensé par la Palme d’or au Festival de Cannes depuis 2010

-0 femme primée pour le meilleur album aux Victoires de la Musique 2021

*Source : Observatoire de l’égalité entre femmes et hommes dans la culture et la communication -Mars 2022

Programme des Journées du Matrimoine : lematrimoine.fr/les-journees-du-matrimoine/

Focus sur la féminisation des sapeurs-pompiers

Depuis qu’elle est enfant, Georgia Nolan n’a qu’une seule ambition : devenir pompier comme son père. Hélas, à New York en 1932, les femmes n’ont pas le droit d’exercer cette profession. Ceci est le pitch du film Disney Vaillante sorti en 2022. 90 ans plus tard, sur un autre continent, des femmes hésitent encore parfois, trop souvent à devenir sapeur-pompier.

Elles ne sont aujourd’hui que 16% à exercer cette activité, soit 1 sapeur-pompier sur 6. Elles constituent donc une ressource précieuse à valoriser, notamment pour le volontariat.

Les femmes sont autorisées à exercer l’activité de sapeur-pompier en France depuis une quarantaine d’années : le décret du 25 octobre 1976 annonce ainsi que « les corps des sapeurs-pompiers communaux peuvent être composés de personnels tant masculins que féminins ». Le taux de féminisation des centres d’incendie et de secours a progressé au cours de ces décennies, mais les femmes ne représentent toujours que 16% des effectifs de sapeurs-pompiers civils1.

Les raisons sont diverses : métier considéré « d’homme », profession à risques, contraintes des responsabilités familiales pesant majoritairement sur les femmes, méconnaissance des conditions d’engagement… Malgré l’augmentation de la proportion de femmes dans les rangs des sapeurs-pompiers, des efforts restent à faire pour que la mixité progresse.

Aujourd’hui, en France, 1 sapeur-pompier sur 6 est une femme

  • Plus de 38.800 femmes sont sapeurs-pompiers en France,
  • Le nombre de femmes chez les sapeurs-pompiers a augmenté de 5% entre 2016 et 2017,
  • Elles représentent 16% des effectifs civils,
  • Elles représentent 4% des sapeurs-pompiers militaires,
  • 50% des effectifs du service de santé et de secours médical (SSSM) sont féminins,
  • Dans les Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS), 55 % des personnels administratifs et techniques spécialisés (PATS) sont des femmes.

Grades

Bien qu’elles soient de plus en plus nombreuses à rejoindre les rangs des sapeurs-pompiers, les femmes sont encore peu représentées parmi les officiers, notamment par rapport aux autres corps en uniformes : en 2016, elles constituaient 24% des effectifs de la police nationale et 17,5% de ceux de la gendarmerie nationale.

  • Chez les sapeurs-pompiers professionnels (hors SSSM), les femmes représentent :
    • 34% des sapeurs,
    • 6% des caporaux,
    • 3% des sous-officiers,
    • 4% des officiers.
  • Chez les sapeurs-pompiers volontaires (hors SSSM), les femmes représentent :
    • 25% des sapeurs,
    • 15% des caporaux,
    • 8% des sous-officiers,
    • 7% des officiers.

Depuis 2017, plusieurs mesures sont mises en place pour modifier de manière appropriée les locaux, les équipements et l’habillement : poursuivre l’installation de vestiaires et sanitaires séparés, adapter des tenues aux tailles et à la morphologie des femmes, mise en œuvre de matériels plus légers et plus ergonomiques de sorte que la force physique ne soit plus un facteur limitant sont tout autant de dispositions qui favorisent l’accueil et l’engagement des femmes chez les sapeurs-pompiers.

Avec le dessin animé Vaillante sorti en 2022, les pompiers débarquent enfin sur grand écran… Et pas n’importe quels pompiers puisqu’il s’agit de Georgia, une héroïne déterminée qui transmet à travers l’humour, un plaidoyer assez efficace pour l’égalité des sexes.

Le personnage a été inspiré par Rochelle Jones, la première femme devenue pompière, en 1982, à New York, ouvrant ainsi la voie à toutes celles auxquelles le film rend hommage, dans son générique de fin.

Sapeur-pompier, pourquoi pas vous ?

Vous avez le sens de l’engagement au service des autres, de l’altruisme et de la solidarité ? Et si, vous aussi, vous rejoigniez les rangs des sapeurs-pompiers ?
Pour s’engager en qualité de sapeur-pompier volontaire, il suffit d’adresser sa candidature directement au Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) de votre département en joignant :

  • une lettre de motivation
  • un CV
  • la copie des titres, diplômes ou attestations de formation.

Vous trouverez les conditions d’engagement sur le site du ministère de l’Intérieur.

1 Sources : édition 2018 des statistiques des services d’incendie et de secours, portant sur l’année 2017, par la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC).

The sorority propose à ses utilisatrices de ne plus jamais se sentir seul(e) face à un danger ou un risque d’agression

Ruelle sombre, piste de danse, couloir d’immeuble, festival…. Les endroits où les femmes comme les minorités de genre sont de potentielles proies sont nombreux. La solution idéale serait assurément que les agresseurs cessent leurs méfaits – et que les pouvoirs publics aient les moyens de les faire cesser. En attendant, ce sont des produits numériques tels que The Sorority qui proposent des solutions en cas de mise en danger de la vie d’autrui.

Priscillia Routier-Trillard, fondatrice de l’application

A 35 ans, Priscillia Routier-Trillard est mariée et a cessé de travailler pour un grand groupe industriel. Cette maman de deux garçons, qui a elle aussi subi le harcèlement de rue, a porté plainte.

Aprés deux burn out, Priscillia a eu l’idée de créer l’application dont nous parlons aujourd’hui lorsqu’enfin, un médecin lui a simplement répondu « Je te crois ». Ces 3 mots ont fait germer dans l’esprit de « The sorority » qu’il fallait inverser la tendance. Une personne victime de violences doit être crue, par les autorités notamment.

Croire les victimes

Croire la femme pour ces agressions et ce qu’elle ressent. Croire la femme dans les attitudes qu’elle dénonce. Croire les personnes transgenres lorsqu’elles se déclarent victimes de violences. Croire, toutes les minorités lorsqu’elles se sentent mises en danger.

Tel était le credo de la créatrice de The Sorority. Prendre le pas inverse de la trop connue “charge de la preuve”. Partir du principe que, la bienveillance était un étant naturel par défaut parmi la plupart des espèces, il allait en être de même pour les humains.

Cette bienveillance, rendue complexe par les manières dont nous vivons au XXIème siècle (grands immeubles, banlieues, campagnes, Priscillia a voulu la manifester au travers de ce téléphone que nous avons tous en poche. C’est donc par une application, “The Sorority” (disponible sur tous les stores) qu’elle a commencé en mars 2019 à mettre sur pied le développement de l’application.

Savoir que l’on n’est pas seule

Tous les inscrit(e), validés et certifiés, de l’application se géolocalisent volontairement sur une carte dès lors qu’ils lancent l’application. Dès lors, toute la communauté est informée de la présence, sans aucune limite géographique, d’une personne bienveillante” poursuit-elle.

Cette personne bienveillante peut être tant votre voisine de strapontin qu’un centre d’hébergement pour les femmes battues. L’idée est de montrer aux victimes, femmes ou minorités de genre, que où qu’elles soient sur le territoire, elles peuvent être aidées.

Au total, ce sont près de 37 000 utilisateurs aux profils certifiés qui proposent près de 3 000 lieux sûrs ou 5 776 moments d’écoute, que ce soit par téléphone ou en physique au moment de cet échange avec Priscillia.

Bien sûr, les numéros vitaux (police, Samu, SOS Violences intra familiales…) sont disponibles dans l’application.

Comment ne pas créer un nid pour prédateurs ?

La première question qui vient à l’esprit est très masculine. Une telle application peut aisément être détournée et devenir le “Tinder” de l’agression. Pour pallier cela, l’enregistrement d’un membre et sa validation (quel que soit son statut, accompagnant, accueillant, écoutant…) est conditionnée à plusieurs conditions, parmi lesquelles :

  • Etre une femme ou être membre d’une minorité de genre
  • Poster un selfie en temps réel dans l’application
  • Présenter une pièce d’identité
  • Indiquer des coordonnées vérifiables (adresse, téléphone…)
L’application propose une cartographie des personnes situées à proximité

Le profil certifié, seuls l’adresse e-mail, le nom, prénom et la photo de la personne demeurent conservés. 

Labellisés ONU Femme France, l’application ne propose que les fonctions essentielles : 

  • Visualiser le nombre de personnes présentes autour de soi à un instant donné et donc aptes à réagir.
  • Déclencher une alerte lorsqu’un utilisateur est victime ou témoin d’une agression, pour contrer l’effet de sidération. Sorte de balise de détresse, en somme.
  • Afficher sur l’écran de son téléphone un appel au secours qu’on pourra montrer à des personnes alentour.
  •  Déclencher une sirène
  • Emettre un appel aux autorités
  • Recherche de structures d’aide ou de soutien

Ces fonctions sont toutes accessibles sur l’écran principal de l’appli, permettant une utilisation facile et rapide.

En général, lors du déclenchement d’une alerte” explique Priscillia, “les victimes reçoivent en moins d’une minute plusieurs appels et plusieurs messages d’autres possesseurs de l’application. L’alerte sonore est particulièrement efficace dans une foule, car elle crée un effet de surprise de l’agresseur qui aura, alors, le réflexe de prendre la fuite.

Pourquoi ne pas juste crier à l’aide ?!!!!!!!!

On pourrait penser que le simple fait de crier “à l’aide” suffit à attirer l’attention. “En fait, les choses sont doublement compliquées, du côté de la victime comme du côté des témoins. L’effet de sidération peut et va souvent totalement paralyser la victime qui se sentira alors dépersonnifiée, comme sortie de son propre corps. Elle est, au moment de l’agression, incapable de bouger, de crier ou de se défendre” explique la fondatrice. “Les témoins, quant à eux, subissent l’effet témoin. Chacun pense que son voisin est plus apte, plus fort ou plus compétent pour agir. En fin de compte, personne n’agit”.

L’écran pour donner l’alerte

The Sorority répond à ces deux questions, la victime peut garder la main dans sa poche pour déclencher une alerte, les témoins sont plusieurs à avoir signé le pacte “moral” de venir en aide. “Souvent, le fait qu’une personne tierce s’approche de la scène violente interrompt celle-ci, sans besoin de donner des poings. Il suffit de proposer un verre à la victime pour que l’agresseur cesse son acte.” termine Priscillia.

Que se passe-t-il lorsqu’une alerte est déclenchée ?

Lorsqu’une alerte est déclenchée, elle est répercutée sur les téléphones portables des  personnes les plus proches physiquement du lieu de l’agression. En même temps que l’alerte est donnée, la photo, le prénom ainsi que la localisation précise de la victime sont transmis. 

Lorsqu’un possesseur reçoit une alarme, il sait comment agir

Les personnes qui reçoivent l’alerte peuvent contacter par appel téléphonique (via l’application) ou par chat la victime qui a déclenché cette alerte.

C’est d’ailleurs ce qu’explique Eloïse, une utilisatrice belge. Elle a été abordée par un inconnu qui, se montrant insistant, a montré à la jeune femme que cet homme était malveillant. Son témoignage, met en exergue la rapidité de réaction d’une autre “sœur” d’application, pour casser la spirale potentiellement mortifère qui s’amorcerait.*

Un effet rassurant

En dehors des cas extrêmes d’agression, l’application permet de localiser les personnes les plus proches de soi. Cette conscience de la présence d’aides potentielles est un soutien moral aux utilisatrices qui sont ainsi plus sûres que quelque chose se passera en cas de souci, pour le moins qu’une réaction aura lieu de la part d’un tiers de confiance.

Il en va de même pour tous les types d’agression. Piqûre, impression d’avoir bu une boisson au GHB ou malaise de tout type, le déclenchement d’une alerte permet aux victimes de crier “Au Secours”, y compris lorsqu’elles n’en sont plus physiquement capables.

Quel modèle économique pour cette application ?

Lorsqu’on lui parle du modèle économique de son association, la fondatrice éclate de rire. “Nous sommes une association de type loi 1901 et notre fierté est de savoir que l’application est utilisée en France, Belgique, Suisse, Luxembourg, Algérie, Maroc, Tunisie. Nous essayons d’avoir l’oreille des autorités de police et de justice pour que les interlocuteurs spécialement formés aux violences sexistes et sexuelles soient disponibles dans l’application directement, sans passer par un standard ou un autre agent. » « Mais les démarches sont bien complexes !” ajoute la fondatrice.

La Directrice Générale ajoute “Le principal est que le chemin entre la victime et son secours soit aussi court que possible.

Des évolutions à venir

L’application n’est pas encore terminée, des évolutions arrivent, parmi lesquelles on retrouvera :

  • L’intégration des associations en ping fixe
  • L’ouverture aux associations qui pourront se déclarer elles-mêmes en guise de lieux sûrs
  • Ouverture de l’application aux personnes de moins de 15 ans (limite légale  fixée par les stores)
  • Intégration des autorités en ping fixe
  • Intervenants sociaux pour la mise en place d’accompagnement sur le long terme

Lorsque disparaîtra cette application

Il serait illusoire de penser qu’à court terme une telle application disparaisse. Le besoin qu’elle couvre est millénaire et seule l’éducation à la Tolérance et à la Citoyenneté pourra la rendre inutile.

Il faudra sans doute quelques années pour qu’évoluent les mentalités et que les risques d’agression périclitent. En attendant, The Sorority est une initiative intéressante et à suivre.

Qui est sa fondatice ?

Âgée de 35 ans, Priscillia a suivi une préparation HEC. Elle a ensuite intégré l’école de commerce de Strasbourg.

Partie une année aux USA pour un échange, elle s’est découvert une passion pour la gestion de projets.

Elle a vécu deux burn-out dans sa carrière, le premier en 2013 et le second en 2019.

Elle est, aujourd’hui, naturopathe.

L’équipe des 3 co-fondateurs de The Sorority

Véronique Gallo en pleine crise de la quarantaine.. au féminin

Le spectacle Véronique Gallo « Femme De Vie « est au programme du Festival Off d’Avignon 2022. Après le succès de « Vie de mère » et plus de 300 dates de tournée, Véronique Gallo est de retour avec un nouveau spectacle.

L’humoriste belge a encore frappé fort dans un Théâtre quasi comble et comblé, mercredi à Avignon, avec son dernier spectacle « Femme de vie ».

Nous y avons assisté avec délectation. Dans son dernier spectacle, l’humoriste Véronique Gallo s’interroge sur sa vie depuis que ses enfants ont grandi. Un spectacle qui lui permet de raconter ses doutes, ses peurs et de livrer ses angoisses pour camper sa personnalité de femme forte et fragile, mais loin du sucre d’orge.

La tornade blonde, à l’aise dans ses Stan smith, navigue, danse sur scène et présente un show bien rodé, ciselé au millimètre. Elle est perfectionniste dans le travail et ça se voit.
Celle qui commença sa carrière professionnelles comme professeur de lettres, a tout plaqué à 42 ans pour se faire connaître grâce à ses capsules vidéo « Vie de Mère », un carton sur you tube dans lesquelles elle racontait ses déboires de mère de famille nombreuse à sa psy face caméra.

Dans « Femme de vie », cette « energic mum » nous fait tout d’abord rire, puis réfléchir.

Vous avez dit féministe ?
Tout en légèreté mais avec un discours affirmé, Véronique Gallo tente de sensibiliser son public sur les injonctions faites aux femmes, la charge mentale, la répartition des tâches ménagères et autant le dire, les hommes en prennent pour leur grade !

Un hommage aux femmes de sa vie puisqu’il y est souvent question d’arbre et de racines mais également à la vie d’une femme avec ses doutes et ses remises en question.

Le one woman show d’une femme accomplie qui ne triche pas, tout en générosité et amour pour son public.

Théâtre Episcène Du 7 au 30 juillet 2022 | 16h00
Relâche le lundi

Une expo féministe aux rencontres de la photographie d’Arles

« Une avant-garde féministe des années 1970 » tel est le nom de l’exposition de photographies et performances des années 1970 de la collection Verbund, Vienne.

Les Rencontres d’Arles présentent pour la première fois en France l’exposition Une avant-garde féministe des années 1970, qui réunit plus de deux cents œuvres de soixante-et-onze femmes artistes de la collection Verbund à Vienne, constituée pendant dix-huit ans sur les années 1970, d’un point de vue européen.

À travers cinq thématiques, l’exposition présente les travaux des premières artistes qui proposèrent une nouvelle « image de la femme », dénonçant le sexisme, les inégalités sociales et les structures du pouvoir patriarcal.

L’exposition s’articule ainsi autour de cinq thèmes :

1. La rébellion contre l’attribution du rôle exclusif de « mère, femme au foyer et épouse ». Birgit Jürgenssen accroche une cuisinière sur son corps et enfourne une miche de pain dans le four. Une allusion à l’expression « avoir une brioche au four», qui signifie être enceinte.

2. Le sentiment d’être « enfermé » et de vouloir sortir de ce rôle unidimensionnel. Sonia Andrade entoure étroitement son visage d’un fil. Annegret Soltau et Renate Eisenegger enveloppent également leur visage à tel point qu’elles ne peuvent plus ni voir ni parler. Mais tandis que Soltau coupe le fil avec des ciseaux et suggère la possibilité de libération du patriarcat, Eisenegger reste immobile. Il est intéressant de noter que l’artiste brésilienne et les deux artistes allemandes ont toutes deux créé des oeuvres similaires sans se connaître.

3. Rébellion contre le « dictat de la beauté » et « l’instrumentalisation du corps de la femme ». Katalin Ladik et Ana Mendieta appuient toutes deux leur visage contre une vitre, déformant ainsi leur nez et leurs lèvres, afin de subvertir l’idée qu’une femme devait être gentille et bien habillée. Aucune des deux ne connaissait les oeuvres de l’autre. La plupart du temps, les artistes utilisent leur propre corps pour créer leurs oeuvres. En représentant le corps féminin, les femmes conquièrent un terrain qui, pendant des siècles, était réservé aux hommes, aux hommes artistes.

4. L’exploration de la « sexualité féminine ». Penny Slinger place son corps dans un gâteau de mariage, écarte ses jambes et colle un oeil sur sa vulve et nomme son collage I See You. Elle dit ainsi adieu au statut la femme-objet et montre clairement que les femmes revendiquent activement leur sexualité et veulent être désormais perçues en tant que sujets. Il est surprenant de constater qu’Annegret Soltau avait également placé un oeil sur sa vulve.

5. « Jeux de rôles et identité ». La philosophe française Simone de Beauvoir affirmait déjà : « On ne naît pas femme, on le devient ». Ce sont les conditions sociales qui engendrent la construction de la féminité. De nombreuses artistes ont étudié par biais de jeux de rôles ce que cela signifiait d’être une femme dans les années 1970. À l’aide de maquillage, de perruques et de mimiques, les artistes se sont déguisées et ont ainsi démasqué les stéréotypes et les clichés. Par exemple, les artistes américaines Martha Wilson, Suzy Lake, Lynn Hersman Leeson ou Cindy Sherman. Il est passionnant de voir que, à la même époque, l’artiste italienne Marcella Campagnano a également créé des mises en scène très similaires. Dans les années 1970, les femmes artistes de couleur étaient la cible de discriminations multiples telles que le racisme, les discriminations de classe et de genre. Leurs oeuvres évoquent clairement l’intersectionnalité, avant même que Kimberlé Crenshaw n’invente ce terme en 1989. C’est le cas de l’activiste et chorégraphe péruvienne d’origine africaine Victoria Santa Cruz, qui témoigne de son expérience personnelle de discrimination dans sa performance vidéo Victoria. Black and Woman (1978). Howardena Pindell et Emma Amos procèdent de manière similaire. Dans sa performance photographique Mlle Bourgeoise Noire, Lorraine O’Grady pointe du doigt le comportement de sa communauté noire, qui ne devrait pas se conformer aux directives des curateurs et curatrices blancs, mais produire son art de manière indépendante.

S’il est ici question d’« une » avant-garde, c’est pour faire référence à la diversité des mouvements féministes, pensés selon une approche intersectionnelle, tenant compte des différents types de discriminations dont de nombreuses artistes ont été et sont encore la cible, en raison de leur race, de leur classe ou de leur genre.

Mécanique générale, Parc des Ateliers : 35, Avenue Victor Hugo. 
Du 4 juillet - 25 septembre 2022

Yaël Braun-Pivet devient la première femme élue à la présidence de l’Assemblée nationale

C’est historique ! Le 28 juin 2022, Yaël Braun-Pivet est arrivée en tête du premier tour de l’élection pour la présidence de l’Assemblée nationale, avec 238 voix. Elle devient la première femme à accéder au perchoir.

La députée des Yvelines succède à Richard Ferrand et marque l’Histoire de la politique française en féminisant la présidence de l’institution.

Éphémère ministre des Outre-mer, Yaël Braun-Pivet a quitté ces fonctions pour être candidate de la majorité à la présidence de l’Assemblée nationale.

L’avocate de 51 ans et mère de cinq enfants, vient d’être élue présidente de l’Assemblée nationale. Elle est la première femme à accéder à cette fonction prestigieuse, devenant ainsi le quatrième personnage de l’État. « Enfin ! Pour la première fois de son histoire, l’Assemblée nationale sera présidée par une femme », venait de la féliciter M. Véran sur Twitter, avant l’annonce officielle du résultat.

Députée depuis seulement cinq ans, Yaël Braun-Pivet a commencé sa carrière d’avocate en droit pénal au barreau de Paris, avant de rejoindre celui des Hauts-de-Seine. Elle avait mis sa vocation entre parenthèses pour suivre son mari, cadre chez L’Oréal, sept ans à Taïwan et au Japon, et élever leurs cinq enfants.

Militante associative, elle lance le réseau « accès à la justice » et assure des permanences juridiques gratuites en 2014. Elle rejoint par la suite Les Restos du cœur par « souhait d’être utile » et dirige bénévolement l’antenne de Chanteloup-les-Vignes en 2015, avant de superviser la création du centre d’accueil de Sartrouville, dans lequel elle dirige une centaine de bénévoles. Elle quitte la vie associative lorsqu’elle se lance en politique en 2017, après avoir adhéré à « En Marche » fin 2016.

L’engagement politique de Yaël Braun-Pivet a débuté du côté du Parti socialiste, au début des années 2000. Novice, on pointe son « amateurisme ». Son poste est exposé et suscite des critiques, certains pensent même qu’elle l’a obtenu pour que la parité soit respectée. « J’ai déjà connu ces procès en incompétence pendant la campagne. Mais je me sens légitime à ma place », répond-t-elle à L’Obs.

Dix choses à savoir sur la prodige Nigériane des mathémathiques Faith Odunsi

La « reine Africaine des Mathématiques » a de nouveau été couronnée.

Déjà «championne du monde de mathématiques» en 2021, la lycéenne de 16 ans vient de remporter un nouveau concours, cette fois à l’échelle nationale, renforçant encore son image d’icône de l’excellence continentale.

Après ses performances de l’an dernier aux Global Open Mathematics Tournament, en Angleterre, le centre national de mathématiques du Nigéria (NMC) a couronné la nigériane Faith Odunsi, en tant que «Reine des mathématiques» pour sa performance exceptionnelle au concours national des Olympiades.

Faith Odunsi – Crédit photo : Afrique femme

C’est un trophée de plus qui vient s’ajouter à tous ceux qui ornent déjà le mur de la chambre de la jeune fille. Le 24 janvier 2022, Faith Odunsi a remporté sans difficultés l’édition 2022 du concours national des Olympiades. Il s’agit d’un concours organisé par le Centre national de mathématiques du Nigéria, qui réunit les meilleurs élèves du pays et les soumet à des tests de rapidité.

Cela fait plusieurs années déjà que la lycéenne dispute des compétitions de mathématiques sur le plan national, panafricain ou international. Mais c’est le titre mondial décerné en 2021 au Royaume-Uni qui a provoqué le plus d’enthousiasme dans les médias du continent.

Faith Odunsi bénéficie d’une notoriété au sein de la communauté internationale des mathématiciens. C’est en mars 2021 qu’elle a réalisé sa plus belle performance en remportant le Global Open Mathematics Tournament, organisé au Royaume-Uni. Un concours qui réunissait des jeunes venus du monde entier.

10 choses que vous devez savoir sur cette génie des mathématiques :

1. Faith Odunsi a résolu 19 questions de mathématiques en 60 secondes, devenant ainsi la meilleure candidate du concours de mathématiques 2021.

2. Elle a participé au Global Open Mathematics Tournament, une compétition internationale avec des participants d’Europe, d’Afrique, d’Amérique, d’Asie et d’Australie où elle a obtenu les meilleures notes, battant toutes les autres nations.

3. En 2018, Odunsi a reçu un Record Holder Award pour le plus grand nombre de questions répondues sur Cowbellpedia Secondary Schools Mathematics TV Quiz Show, un quiz télévisé national nigérian sur les mathématiques où elle a répondu à 19 questions mathématiques en 60 secondes.

4. La première et la deuxième étapes du concours étaient des tests informatisés et Faith a obtenu 66 points chacune dans les deux étapes. Les quarts et les demi-finales se sont déroulés sur Microsoft Teams où le premier à donner les bonnes réponses a obtenu 10 points.

5. Faith est une étudiante de 16 ans d’Ijebu dans l’État d’Ogun qui fréquente les Ambassadors Schools, Ota, où elle a été nommée ambassadrice.

6. Faith a remporté la compétition avec 40 points tandis que le premier finaliste avait n’avait que 10 points.

7. Faith a également participé à plusieurs autres compétitions, y compris l’Olympiade nationale qu’elle fait depuis qu’elle était en JSS2 et a été nommée reine des mathématiques de JSS3 à SS2.

8. Elle a également participé à l’Olympiade mathématique d’Afrique du Sud où elle a reçu des médailles.

9. Odunsi a également participé au Kangourou Sans Frontières, au Concours américain de mathématiques et à l’Olympiade panafricaine de mathématiques où elle a également reçu une médaille d’argent.

10. Son exploit au Concours mondial ouvert de mathématiques a suscité des éloges de tout le continent et a incité le gouverneur de l’État d’Ogun, Dapo Abiodun, à rendre hommage à l’élève de 15 ans de l’école Ambassadors, Ota. Elle a été honorée aux côtés d’autres compatriotes; Olasukanmi Opeifa, Oluyemisi Oladejo et Olalekan Adeeko, qui ont remporté des lauriers académiques dans différents domaines.

Actuellement lycéenne à l’école Ambassadors de l’État d’Ota Ogun, elle n’a pas laissé la compétition affecter ses activités académiques.

Au-delà des concours, elle ne cache pas son intérêt pour les Nouvelles Technologies et elle prévoit d’étudier un jour le génie informatique à l’université.

Dossier – Des mères condamnées pour avoir voulu protéger leurs enfants de l’inceste paternel – Témoignages 2/2

A lire : « Comprendre comment des enfants peuvent être incestés en toute impunité en France en 2022 »

Quand la réalité dépasse la fiction. Être quitté par sa femme n’est jamais acceptable pour certains hommes.

On se croirait dans un film. Ces événements-là, ne se passent que dans des séries policières, pensons-nous. Pourtant, certaines femmes les vivent dès lors qu’elles décident de se séparer, parfois même d’un commun accord, de leur conjoint violent, manipulateur voire incesteur. Car, au pays des droits de l’homme, dans une culture où le père, l’aîné, le présentateur télé vedette a tout pouvoir sur la mère, le cadet, la jeune journaliste, être séparé de « sa » femme n’est pas acceptable, pour certains, même en 2022. Il n’est qu’à consulter les chiffres pour s’en convaincre. À l’heure où nous écrivons, ce 22 mai, ce sont 54 femmes qui ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint. À la fin de l’année, si nous comptons bien, elles seront près de 135, si rien ne change.

Mais place à ce que beaucoup imaginent être de la fiction.

Propos recueillis par Élodie Torrente

Ça se passe près de chez vous : l’histoire de Claire

« J’avais pour projet de la tuer, de l’enfermer dans le coffre et de déposer le camion à la casse, direction le compacteur. »

Claire1, 45 ans, mère de deux enfants nous raconte. Il y a plusieurs années de cela, alors qu’elle avait décidé avec son compagnon et père de ses jeunes enfants, Justine* 4 ans et Lucas* 2 ans, une séparation avec garde à la mère et droit de visite d’un week-end sur deux au père, Claire, après avoir été empoissonnée durant leur dernière année de vie commune, subit plusieurs agressions. Mais c’est dans la période de son déménagement, bientôt libre, qu’elle va être victime d’une tentative de meurtre. Engagée sur un rond-point, ce jour-là, elle est bloquée par une camionnette conduite par un inconnu qui en descend et la menace avec un démonte-pneu. Elle esquive les coups et parce qu’une automobiliste arrivée sur les lieux s’arrête et prend sa défense, l’inconnu range son arme et déguerpit. Grâce aux caméras qui surveillent l’endroit et au casier judiciaire déjà fourni, l’homme est identifié par la victime dans les fichiers de la Police Nationale. Malgré cette identification, les forces de l’ordre ne le retrouveront que des mois plus tard. Peut-être parce que le futur ex-conjoint de Claire, à la suite de l’agression et du dépôt de plainte, a surpris sa compagne disant lors d’une conversation téléphonique qu’elle avait reconnu l’agresseur sur les photos présentées par les policiers ? En tout cas, le lendemain de cet échange, le coupable avait quitté la ville et même la région. Il sera retrouvé pour d’autres faits bien plus tard et à des centaines de kilomètres du domicile de Claire. Il dira dans sa déposition : « J’avais pour projet de la tuer, de l’enfermer dans le coffre et de déposer le camion à la casse, direction le compacteur. » Autant dire que si son funeste dessein avait été mené à son terme, Claire n’aurait jamais été retrouvée. L’homme qui ne dévoilera pas son mobile sera condamné par la justice à 400 € de dommages et intérêts (sur les 4 000 € demandés), à quatre mois de prison ferme assortis de cinq ans de sursis. Quand on vous dit que la vie d’une femme ne vaut pas grande chose.

Une séparation difficile mais pas impossible

Claire en réchappe et parvient à se séparer malgré le comportement douteux de son ex-compagnon qui, du temps de leur vie commune avait demandé à une conseillère conjugale d’écrire une lettre destinée à interner celle qu’il disait vouloir garder auprès de lui. Au passage, monsieur vole ses économies à Claire, écrit des faux, ne respecte pas les modalités de garde des enfants. Malgré ces actes délictueux, la justice par le biais du juge aux affaires familiales oblige le maintien d’une garde à 50 % du temps pour chaque parent. Claire obtempère. Après tout, elle ne veut plus vivre avec lui mais il est le père. Il n’a jamais été question pour elle de l’empêcher de voir leurs enfants. Pour cette cadre supérieure, si le couple marital ne peut plus exister, le couple parental est légitime et primordial pour assurer le bon développement des enfants.

Un père violent, des alliés de poids

Mais un jour, tandis qu’il vient chercher Justine à l’école, la petite fille refuse de le suivre. Il l’insulte, la tire par les bras, les cheveux, l’enfant hurle, supplie devant tous et toutes, qui n’interviennent pas en dehors d’une conductrice qui tente de le calmer. Le père s’en prend alors à Claire en la frappant sur le haut du corps. Certaines mères de famille présentes à cette heure de sortie des classes tentent de faire entendre raison à ce père violent. La directrice de l’école qui assiste à la scène reste de marbre, comme si cette violence devant les enfants ne la concernait pas. La mère réussit à partir avec Justine et Lucas, traumatisés. Elle portera plainte. Pour prouver ses dires, Claire demandera les vidéos puisqu’une caméra, dirigée vers le parking, est installée sur le fronton de l’établissement. L’école, en la personne de sa responsable, refusera prétextant qu’elle était en panne le jour de l’altercation. Or, quand la plaignante demande à la mairie s’il est vrai que la caméra en question était hors-service, l’administration rétorquera que son matériel de vidéosurveillance est en bon état de fonctionnement dans toute la ville. La plainte de Claire sera classée sans suite.

Sabotages, usage de faux et défaut de pension alimentaire : isoler sa proie

Les sabotages de la voiture de Claire, de sa boîte à lettres avec vol de courrier, la violence envers les enfants, une fois la garde complète des Lucas et Justine en poche, imposent à la mère de famille de s’éloigner de son ex-conjoint à des centaines de kilomètres. Elle inscrit donc ses enfants dans l’école située dans sa nouvelle ville mais c’est sans compter sur l’ancienne directrice qui vraisemblablement a pris fait et cause pour le père et appelle son homologue pour que cette inscription soit refusée. Claire prouve par décision de justice qu’elle a bien la garde de ses enfants. Le nouvel établissement accepte Justine et Lucas. De son côté, le père paye la pension quand il en a le temps mais, même si elle ne travaille qu’à mi-temps, Claire est heureuse de voir ses enfants s’épanouir dans leur nouvelle vie. Elle ne l’attaque pas pour défaut de paiement de pension alimentaire. Les enfants sont en sécurité, se dit-elle, c’est le principal. Pourtant…

« Moi, j’aime pas quand on m’embrasse les fesses et après la bouche. »

Au retour des vacances de Noël 2 019 passées chez leur père, l’institutrice convoque la mère. Elle s’interroge. Le comportement des enfants est très différent depuis la rentrée. Inquiète, Claire les amène en consultation chez un psychologue, comme elle l’avait fait par le passé pour Justine, alors âgée de quatre ans et insomniaque. Là, le petit Lucas dessine des fesses et

déclare : « Moi, j’aime pas quand on m’embrasse les fesses et après la bouche. » À la fin de cette séance, il refuse de donner son dessin, fait une crise et part en courant. Quand Claire l’interroge plus tard, il confie : « Chez papa, je regarde des films d’horreur, il fait froid chez lui, il m’oblige à dormir tout nu. » Claire s’inquiète de ces déclarations mais sait qu’en vivant chez elle à plein temps, son fils est protégé.

« C’est là que le piège s’est refermé sur moi. Là, j’ai été fichée dès l’appel. ».

Des semaines plus tard, alors qu’ils sont chez leur père pour les vacances, les enfants appellent Claire. Au téléphone, après que la mère lui a demandé si ça va, Lucas répond : « Ben papa m’a mis le zizi sur le visage. » Sur cette déclaration, elle entend son ex-conjoint derrière l’enfant crier « Tais-toi, tais-toi ! » puis le silence d’un appel raccroché brutalement. La mère rappelle, très inquiète. Elle demande des précisions à Lucas qui redit : « Papa me met ses fesses sur le visage. » Le père arrache alors le téléphone, insulte la mère. Claire en parle à son entourage qui lui conseille de contacter le 119. Elle nous dira à ce moment de son récit : « C’est là que le piège s’est refermé sur moi. Là, j’ai été fichée dès l’appel. ». En revanche, malgré son signalement, personne ne la recontacte.

« Lui aussi, on lui a fait ! Il est obligé de le faire à ses enfants car s’il le fait aux autres enfants, les autres parents vont le tuer. »

Trois mois plus tard, tandis qu’elle est avec son fils sur une aire de jeu, Lucas touche le zizi du copain avec qui il jouait. Claire lui ordonne d’arrêter mais il recommence. Lorsqu’elle se lève pour lui dire que ça ne se fait pas, que c’est interdit, l’enfant rétorque, en colère : « Ah bon, alors pourquoi papa il le fait ? » avant de se blottir dans les bras de sa mère et de tout lui raconter. Elle pleure, tremble en pensant à mon fils de cinq ans tout seul aux mains de ce prédateur, nous confiera-t-elle le souffle coupé par l’émotion toujours aussi vive des années après. Plus tard, ahurie par les déclarations de son fils, elle va trouver sa fille, la jeune Justine qui n’ose pas parler et prend la défense de son père. « Lui aussi, on lui a fait ! Il est obligé de le faire à ses enfants car s’il le fait aux autres enfants, les autres parents vont le tuer. » Claire comprend alors que ses deux enfants sont victimes d’inceste, que le père parvient à leur faire peur, à les culpabiliser et les oblige ainsi à se taire. Claire est perdue. Elle ne sait pas à qui confier ces horreurs car malgré ses appels au 119, personne ne l’a rappelée.

Une plainte mais pas deux

Elle téléphone au commissariat dont un des agents lui demande de venir en urgence. Elle s’y rend accompagnée de son fils. Une audition Mélanie2 est décidée. Mais les moyens donnés à la police étant ce qu’ils sont, Lucas sera entendu par des hommes, des policiers en civil, aucun jouet ne lui sera prêté et l’interrogatoire sera très rude pour l’enfant. Quant à Justine, le lendemain, pourtant prête à tout dire, elle n’aura pas l’occasion de parler. Les policiers refusent la présence de Claire à ses côtés pendant l’audition. La petite, apeurée par les menaces de son père, ne veut pas déposer sans sa mère. Claire voit, de la part des forces de

l’ordre, un moyen d’éviter un second dépôt de plainte. Dès la fin de la déposition de Lucas, les policiers conseillent fortement à Claire de ne pas présenter les enfants au père pour les prochaines vacances.

« Ne vous culpabilisez pas, ce n’est pas vous la coupable, c’est lui. »

Les enfants et leur mère sont reçus ensuite, pendant une heure chacun, par un psychologue judiciaire. Dans ce cabinet, Claire se remémore les problèmes de sommeil de Justine, son envie de mourir quand elle avait quatre ans qui l’ont amenée à consulter un psychologue et comprend que les agressions sexuelles ont dû commencer à cette époque où elle vivait encore avec son ex-conjoint qui au même moment la droguait à son insu. Elle s’écroule, culpabilise de n’avoir rien vu et rien fait en dehors du fait d’amener sa fille en consultation dans un CMPP. La psychologue la réconforte : « Ne vous culpabilisez pas, ce n’est pas vous la coupable, c’est lui. Vos enfants vous parlent. C’est rarement le cas. Allez voir un psy, faites tout ce que vous pouvez et coupez tout lien avec ce malade. » Claire décide de suivre ses conseils. Le soir de cet entretien, Justine qui depuis longtemps et à sa demande, dormait avec un slip et une combinaison, s’endort dans son lit chez sa mère torse nu.

En attendant une expertise légale

Même si le 119 ne rappelle jamais Claire malgré plusieurs signalements, lors de son premier appel l’enfance en danger lui indique de demander une expertise chez un médecin légiste. Or, pour qu’un médecin assermenté puisse expertiser une victime, il faut une autorisation de la police et une plainte. Justine n’ayant pas été entendue, l’expertise ne peut avoir lieu. Claire attend donc que l’enquête par suite de la plainte de Lucas mette en examen le père incestueur pour qu’une expertise soit diligentée.

Une ordonnance de conciliation et une mesure d’AEMO

Pendant ce temps, une conciliation est ordonnée entre les deux parents. Le juge aux affaires familiales reconvoque Monsieur et Madame afin de statuer sur les modalités de garde. Claire s’offusque et demande au magistrat pourquoi une telle décision alors que le père est coupable ? La seule réponse qui lui sera faite résidera dans une mesure d’AEMO (Action Éducative en Milieu Ouvert) ordonnée par le juge des enfants à cause de la plainte. Dès lors, au motif qu’il y a un conflit parental, Claire a un droit de visite médiatisée d’une fois par mois tandis que le père se voit octroyer le même droit mais tous les quinze jours. Les enfants sont violés ? Peu importe ! Le principal, c’est de protéger le lien familial, quitte à détruire les enfants à vie.

Le policier dira à la fillette « Faut te défendre, Justine. »

Dès la première séance en milieu ouvert, le gentil papa « pelote » sa fille dans la cour des services sociaux devant tout le monde. Personne n’intervient. Quand Justine le confie le soir à sa mère, l’avocat de Claire conseille de porter plainte. Ce qu’elle fait. Au commissariat, Justine accepte de parler seule. Pour toute réponse à son traumatisme, le policier dira à la fillette « Faut te défendre, Justine. » Comme si une fillette de sept ans pouvait se défendre contre un adulte, son père, cette autorité qu’elle a appris à respecter et qu’elle aime comme tout enfant. À la suite de cette audition, la petite fille libérée s’épanouit chez sa mère. Timide et introvertie depuis toujours, elle intègre même le spectacle de l’école.

« Ne vous inquiétez pas, vous avez la garde, rien ne peut leur arriver. »

Une expertise psychiatrique a enfin lieu. Les enfants racontent, dénoncent pendant vingt minutes chacun. Quand Claire demande ensuite pourquoi le monstre n’est pas en prison, les policiers se veulent rassurants : « Ne vous inquiétez pas, vous avez la garde, rien ne peut leur arriver. » Pourtant, ils ne veulent pas enregistrer les autres preuves. Et le pire arrive.

Quand la mère est jugée aliénante, le père incestueur obtient tout pouvoir

Les mois défilent, l’audience auprès du juge des enfants s’annonce. Le père, absent, est représenté par son avocat. Claire est là, bien décidée à protéger Lucas et Justine de la lourde menace qui pèse sur eux. Mal représentée par un avocat venu en dilettante qui s’est préalablement entendu avec la partie adverse et le juge des enfants, ce conseil, le sien, ne lui octroie que cinq minutes pour lire les conclusions. À son grand désarroi, elle n’en aura pas le temps. La juge des enfants inhabituellement assistée du juge aux affaires familiales invoque l’aliénation parentale dans laquelle Claire se trouverait. Les magistrates la désignent comme une mère histrionique, ce que confirment la partie adverse et les conclusions des expertises diligentées par le juge des affaires familiales. Claire argumente, sort les expertises psychiatriques, les plaintes, les confirmations des enfants. Elle demande un report afin de pouvoir lire les conclusions. Aucune pièce du dossier, aucune demande n’y fait. Les juges en sont convaincus. C’est une mère aliénante, le conflit parental est important, il faut protéger les enfants de cette femme. Claire comprend qu’un piège inimaginable est en train de se refermer sur elle et sur ses enfants.

Des enfants en danger

Le soir même, Claire raconte que « les enfants sentent et ne veulent plus aller à l’école ». Et pour cause. Dans les jours qui suivent, elle est convoquée au commissariat. Le grand-père paternel des enfants a porté plainte contre elle pour diffamation. Coincée à l’hôtel de police pendant deux jours, elle sera ainsi empêchée d’être à l’école en début d’après-midi de ce jeudi-là où, même si le jugement qui donnera la garde au père n’a pas encore été prononcé, il le sera en fin d’après-midi, son ex-conjoint soutenu par les services sociaux et les gendarmes traîne sa fille par terre et récupère son fils. Prévenue par l’appel téléphonique d’une maman, Claire arrive en urgence. Justine supplie sa mère de la protéger. Les forces de l’ordre la somment de ne pas intervenir sinon ils l’arrêtent. Claire essaye de faire bonne figure pour ne pas stresser ses enfants encore plus et notamment Justine qui hurle encore et toujours qu’elle ne veut pas y aller. Entourée par les services de l’État censés les protéger, contrainte et forcée, elle laisse partir Lucas et Justine avec le père, ce pédocriminel qui, grâce aux dysfonctionnements et à l’aveuglement de la Justice, pourra « jouir » dans ses enfants en toute impunité.

Deux ans plus tard

Malgré l’enquête de la police qui démontre que le père est coupable, le juge aux affaires familiales refuse d’entendre et laisse les enfants au père. Depuis plus de deux ans, il a la garde complète. Claire est en attente d’une nouvelle date d’audience avec le juge aux affaires familiales. Depuis le printemps 2021, elle n’a droit qu’à une visite médiatisée par mois d’une durée de deux heures. Punie pour avoir été soutenue par un collectif de maman sur Internet, sans en être à l’origine, elle fait 1 200 kilomètres aller-retour pour voir ses enfants deux

petites heures par mois. L’enquête de viol a été classée sans suite. Elle est condamnée à ne pas porter plainte de nouveau malgré l’inceste à répétition sur ses enfants car à la dernière audience, le juge aux affaires familiales a été très clair : « J’espère que vous stoppez la plainte sinon vous ne reverrez jamais plus vos enfants. »

Et les enfants maintenant ?

Lors des premières visites médiatisées, Lucas et Justine, âgés maintenant et respectivement de 9 et 11 ans, étaient très fermés, absents, comme s’ils étaient ailleurs. Claire les décrit comme s’il n’y avait plus aucune étincelle de vie dans leurs yeux, ressemblant à des robots. Progressivement, au fur et à mesure des visites, ils se sont ouverts à leur mère, ont été plus dans le contact. Justine semble recouvrir une certaine humanité, de la complicité et vouloir se confier de nouveau à Claire. Depuis l’âge de huit ans, elle est consciente que sa mère est punie pour avoir voulu les protéger tandis que Lucas, plus petit, sous emprise du père et de l’ex-belle famille, pense que sa mère a fait quelque chose de mal. L’inceste et la violence du père sont des sujets tabous entre la mère et les enfants. À chaque entretien, Lucas et Justine demandent toutes les cinq minutes combien de temps il leur reste encore ensemble à cette séance, ils sont collés à elle et quand elle repart, contrainte et forcée, elle sent une tristesse horrible les envahir tous les trois. 


D’une ordonnance de protection à la perte de la garde : le cas de Marie et de ses trois enfants

Propos recueillis par Élodie Torrente Coarasa

Marie est une maman de trois garçons âgés respectivement de 3, 7 et 10 ans au moment des faits. Cette mère de famille qui a souhaité se séparer de son conjoint qu’elle estime « manipulateur » à la suite de violences psychologique et sexuelle, nous raconte le même genre d’histoire, tentatives d’empoisonnement et de meurtre en moins.

Une information préoccupante et une ordonnance de protection

Tout commence quand Gabin*, l’aîné de Marie, confie à son institutrice qu’il est victime d’inceste de la part de son père. À la suite de cette déclaration en milieu scolaire, une information préoccupante est lancée. Deux semaines plus tard, le juge des enfants est saisi. Il n’en faut pas plus au père pour qu’il prenne ses affaires et quitte, sans l’annoncer, le domicile conjugal. Marie se retrouve seule avec ses trois fils. Aussitôt alerté, le juge aux affaires familiales prononce une ordonnance de protection. Le père redevient gentil, se calme, la mère qui a peur de lui et de ses couteaux dont il fait la collection, arrange les choses, lui laisse récupérer ses affaires et voir les enfants.

Mais une mesure d’AEMO malgré tout

Comme le juge aux affaires familiales, alerté par le juge des enfants, estime ces derniers sont en danger au contact du père et que la mère doit être aidée, une mesure d’AEMO (Assistance Educative en Milieu Ouvert) est fixée. Une expertise psychologique est réalisée chez les deux parents. La conclusion des experts montre que les enfants sont en danger chez le père et chez la mère, que ces derniers devraient gérer le conflit parental dans l’intérêt des enfants, ce en quoi la mesure AEMO devrait les aider. À ce stade de la procédure, l’ordonnance de protection censée protéger Marie et ses enfants de cet ex-conjoint violent et incesteur semble être déjà tombée dans les oubliettes.

Un père qui se victimise

Lors d’une rencontre avec une psychologue intervenant dans le cadre d’une AEMO, Marie confie que son ex-conjoint boit beaucoup d’alcool, qu’elle en a peur notamment parce qu’il est addict aux couteaux. Le père déclare de son côté qu’il est une victime de sa conjointe, qu’elle est perverse, violente et manipulatrice, qu’elle frappe les enfants. Les enfants sont entendus. Ils déclarent : « Tout va bien chez papa et y a juste une fois où il nous a frappés et c’est à cause de maman parce qu’elle ne faisait pas assez à manger, pas bien les courses. » Si l’expert relève chez la mère un stress post-traumatique et une discordance émotionnelle, le père pleure beaucoup pendant la séance ce qui lui vaudra d’être considéré dans le rapport comme la victime alors qu’il a surtout dit qu’il était la victime sans en apporter la preuve. Cette expertise sera systématiquement reprise tout au long de la procédure.

Un éducateur malveillant envers la mère protectrice

L’AEMO induit également la présence d’un éducateur qui vient chez Marie toutes les semaines ; le professionnel la menace de rapport contre elle dès qu’elle parle des violences qu’elle a subies. Un jour, il la convoque dans son bureau afin de lui ordonner une médiation en lui signifiant bien que si elle refuse, son rapport sera en sa défaveur. Malgré la menace, elle refuse la médiation car elle sait d’avance que ça n’aboutira à rien avec ce conjoint manipulateur et violent. Après tout, elle bénéficie d’une ordonnance de protection.

La garde complète accordée au père incesteur   

Tandis qu’elle a la visite régulière des services de l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance), le père qui vit à l’autre bout de la France ne sera convoqué par une éducatrice que deux fois en un an. Une année, cette année-là, c’est le laps de temps qu’il faudra pour être convoqué par le juge des enfants. Pour cette rencontre, l’éducateur en charge de la mère rédige un rapport mitigé où il évoque le conflit parental duquel elle ne serait pas sortie. Le père de son côté réclame la garde. L’avocate de Marie rappelle l’ordonnance de protection. Pourtant, le juge statue. La garde complète est octroyée au père avec un droit de visite d’un week-end sur deux à la mère qui vit à plusieurs centaines de kilomètres de là. Marie fait appel de la décision. Malgré les violences, les alertes de l’école, les juges confirment le conflit parental et au prétexte de ne pas redéplacer les enfants, ordonnent une médiation.

Des coups et blessures constatés sur le plus jeune des enfants

Puis, lors d’un week-end, Marie constate que Paul *, le plus jeune, âgé de 5 ans et demi, est très violent avec elle. Au début, elle en parle aux éducateurs mais comme ils invoquent encore et toujours le conflit parental, elle finit par se taire. À la fin de cette année-là, le même enfant arrive chez sa mère pour le week-end couvert d’hématomes de la tête aux pieds. Paul dénonce son père, ses frères aînés qui le frappent. Le lendemain, Marie contacte SOS Médecin. Un généraliste se déplace. Il faut amener l’enfant à l’hôpital. Paul est vu par trois médecins qui prennent des photos. L’enfant dit, en montrant les différents hématomes : « Là, c’est papa, là c’est Jean*, là c’est Gabin, mes deux grands frères. » Des radios sont prises. Paul reste toute la journée du samedi à l’hôpital. Le dimanche, Marie hésite à ramener l’enfant chez le père. Par peur de ne plus le protéger au moins un week-end sur deux, elle prend la route et le dépose chez le père malgré l’envie de lui éviter d’autres supplices. Personne ne veut la croire depuis le début, il n’y a aucune raison pour que ça change, pense-t-elle.

« Si vous ramenez votre fils au père c’est contre vous que l’on fait une information préoccupante… »

Un mois plus tard, pendant le week-end chez sa mère, quand Marie dit à Paul qu’il rentre le lendemain chez son père, le petit garçon fait une crise de nerfs puis, une fois calmé, lui confie : « Mais maman, papa me touche aussi les fesses et le zizi. » Aussitôt, elle ramène l’enfant à l’hôpital. Des photos sont faites, un rapport psychiatrique est réalisé. Les médecins décident de garder Paul pour la nuit. Quand le lendemain Marie annonce qu’elle doit ramener l’enfant au père, les soignants la menacent : « Si vous ramenez votre fils au père c’est contre vous que l’on fait une information préoccupante pour non-assistance à personne en danger. » Elle garde son fils, soulagée pour lui, bien que stressée par les conséquences. Qui ne tardent pas à venir.

Une plainte pour non-représentation d’enfant : le procureur ordonne à la mère de confier l’enfant au père incestueur.

Le lundi, le père porte plainte pour non-représentation d’enfant. Le mardi, elle reçoit une lettre recommandée du juge dans laquelle est mentionnée la perte de tous ses droits de visite et d’hébergement. Elle va au commissariat avec Paul pour déposer une plainte. L’enfant est entendu dans le cadre d’une audience Mélanie. Le mercredi, l’éducateur lui téléphone en lui ordonnant de ramener l’enfant au père, l’accuse d’avoir mis ces histoires dans la tête de son enfant, qu’elle l’a manipulé, qu’il y a conflit parental. Marie nous confiera à ce propos : « Pourtant je les ai appelés pour qu’il vienne à l’hôpital les deux fois et jamais ils ne se sont déplacés. » Le dimanche suivant de cette semaine très mouvementée, un policier appelle Marie. Elle doit confier l’enfant au père sur ordre du procureur de la République. C’est lors de ce week-end que les deux autres enfants de la fratrie avouent avoir frappé souvent leur frère tout en protégeant le père et en suppliant Marie : « S’il te plaît maman, ne nous ramène pas. » Détruite et angoissée pour eux, elle les dépose chez son ex-conjoint sinon, elle le sait, ils ont tous été très clairs, elle ira en prison.

Comme pour Claire, les services sociaux et la justice sourds aux violences sexuelles et accrochés au conflit parental.

L’hôpital fera trois informations préoccupantes. Les forces de l’ordre ont enregistré les plaintes. Malgré cela, les services sociaux et la justice resteront sourds et accrochés au conflit parental. De fait, pour avoir voulu protéger son fils, Marie passera six mois sans revoir ses fils, qui, pendant trois mois de confinement ont été enfermés avec le père violent et incesteur. En juin, elle aura enfin le droit de les rencontrer en milieu médiatisé, au parloir, comme elle appellera ce lieu froid et surveillé.

« Oui, mais Madame, même si c’est vrai qu’il a dit ça, c’est vous qui avez mis ça dans la tête de vos enfants. ».

Quand elle est de nouveau entendue par le juge des enfants et qu’elle évoque l’inceste, le magistrat lui répond : « Oui, mais Madame, même si c’est vrai qu’il a dit ça, c’est vous qui avez mis ça dans la tête de vos enfants. ». Elle comprend alors qu’il vaut mieux se taire. En milieu médiatisé où elle se rend deux fois, les éducatrices font un rapport en faveur de Marie attestant qu’elle n’est pas dans le conflit parental. Malgré cela, le même juge recommande de placer les enfants pendant les deux mois d’été, loin des parents afin de les éloigner du conflit parental. Il assortit sa recommandation d’une interdiction de tout contact. La voilà « désenfantée ». Fin août, tandis qu’elle espère les retrouver, l’Aide Sociale à l’Enfance téléphone à Marie. Le juge a ordonné un placement d’un an avec droit de visite pour la mère et le père en milieu médiatisé une fois par mois. Marie est punie, toujours au prétexte du conflit parental. La fratrie est séparée. Il faudra attendre un an pour qu’un nouveau juge des enfants en charge de son dossier lève le placement. Dès lors et parce qu’elle ne dénonce plus rien, elle retrouve depuis ses droits petit à petit.

Et les enfants après ça ?

Comme on s’en doute, ils ne vont pas bien. À quinze ans, Gabin l’aîné est en échec scolaire mais d’après l’éducateur c’est parce que l’adolescent n’aime pas l’école et d’ailleurs ce n’est pas grave. Il est violent avec ses deux frères mais respecte sa mère. Jean, le cadet âgé de douze ans est énurétique, très violent à l’école, provoque et insulte les élèves comme ses professeurs malgré de bons résultats scolaires. Dans les escaliers du collège, il dessine des phallus et mime des fellations dès qu’il mange une saucisse. Avec sa mère, il est très protecteur. Quant à Paul, le plus jeune, il ne quitte pas sa mère d’une semelle, hurle toujours quand il faut rentrer chez le père mais d’après les éducatrices c’est parce qu’il est capricieux ; Marie devrait d’ailleurs faire attention à ces caprices. N’empêche, à maintenant huit ans, en pleine période d’élection, Paul a confié l’autre jour à sa mère : « Dans dix ans, je voterai dans ta région. » Preuve qu’à sa majorité, enfin libre, il ne se voit pas vivre à côté de son père.

Une mère condamnée à se taire pour voir ses enfants.

D’ailleurs, les trois garçons ont demandé à résider chez leur mère. Le juge des enfants a refusé une nouvelle fois. Quant au juge aux affaires familiales, malgré la longue lettre écrite par Gabin quand il avait treize ans, la réponse a été négative toujours pour la même raison : c’est la mère qui lui a mis ça dans la tête. Et Marie ? Condamnée à se taire, elle attend que ses fils grandissent, consciente que leur enfance est brisée. Elle n’a pas le choix si elle veut conserver l’autorisation de leur offrir du répit, ne serait-ce qu’un week-end sur deux. Comme beaucoup de mères séparées qui veulent protéger leurs enfants de conjoints violents ou incesteurs, elle est pieds et poings liés par un mythe relayé par la justice, certains experts et les services sociaux : le pseudo-syndrome d’aliénation parentale.

1 Afin de respecter l’anonymat et la sécurité des personnes qui ont accepté de témoigner, nous avons modifié leur prénom et ceux de leurs enfants. 

2 Du prénom de la première fillette qui en a bénéficié, cette procédure adaptée aux enfants est menée par des officiers habillés en civil. Elle se tient dans une salle équipée de caméras et de micros pour éviter de devoir entendre une nouvelle fois l’enfant par la suite et, de fait, l’obliger à revivre le traumatisme. Décorée comme une chambre d’enfant, on y trouve des poupées, des puzzles anatomiques afin que les plus jeunes puissent montrer et nommer les parties du corps qu’ils connaissent et ce qu’ils ont subi. Un pédopsychiatre se tient dans une salle de contrôle près de la salle d’audition afin de surveiller et d’interpréter le comportement de l’enfant. 

Dossier – Des mères condamnées pour avoir voulu protéger leurs enfants de l’inceste paternel 1/2

Lire les témoignages 2/2

« Aidez-nous, sauvez nos enfants. »

Elles sont des centaines ces mères en lutte dont la seule ambition est de protéger leurs enfants de pères incestueurs. Elles hurlent, dénoncent, portent plainte mais prises au piège du pseudo-syndrome d’aliénation parentale dont la justice les accuse, elles perdent la garde au profit du père violent et incestueur.

Qu’elles s’appellent Sandrine, Latifa, Joëlle, Claire ou Marie1, toutes racontent un parcours impossible pour protéger leurs enfants d’un ex-conjoint animé d’une haine d’avoir été quitté au point de se venger sur les corps de ceux qu’ils ont vu naître, quand ils n’ont pas eu des relations incestueuses avant, provoquant ainsi la séparation.

Ils sont nombreux ces enfants qui, après la rupture, profitent d’être en sécurité chez leur mère pour dévoiler l’inceste et demander à ne plus aller chez leur père. Ils sont des centaines à être obligés de s’y rendre malgré les signalements de l’école, le dépôt de plainte dans le cadre d’une procédure Mélanie2, les preuves médicales et psychologiques de violences sexuelles qu’ils subissent le week-end ou pendant les vacances chez papa. Et ils sont tout autant à se retrouver ensuite à plein temps chez celui qui les viole ou les agresse sexuellement parce que la justice et les services sociaux refusent de prendre en compte leur parole, estimant qu’ils sont sous l’emprise d’une mère aliénante.

Un rapport circonstancié de la CIVISE pour arrêter le massacre

La Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants (CIVISE) mandatée par une lettre de mission signée par Adrien Taquet le 23 janvier 2021 et coprésidée par le juge Édouard Durand et Nathalie Mathieu, a fait de ce phénomène préjudiciable pour les enfants et donc la société dans sa totalité, l’objet de son premier avis, le 27 octobre 2021.

Dans À propos des mères en lutte, la CIVISE atteste que des centaines de femmes les ont contactés pour porter à leur connaissance des plaintes déposées à la suite de révélations par leur(s) enfant(s) de violences sexuelles de la part du père et qui, malgré les preuves, ont vu ces accusations se retourner contre elles et ceux qu’elles veulent protéger.

Des pères manipulateurs qui utilisent le système pour incester leurs enfants en toute impunité

Afin de comprendre ce phénomène qui consiste à faire taire les mères et leurs enfants, nous avons rencontré deux femmes, Claire et Marie, respectivement maman de deux et trois enfants incestés par leur père, toujours manipulateur, parfois violent.

De leur parcours au moment de la séparation à la perte de la garde de leurs enfants, nous avons recueilli leurs témoignages. Leur parole a mis en évidence une stratégie identique de la part de l’agresseur, un père souvent reconnu dans le milieu où il évolue et qui, en accusant la mère d’être dans le conflit parental et d’aliéner ses enfants contre lui, connaît les moyens de faire taire celle qui l’a quitté et ses enfants, ceux qui lui doivent respect et obéissance.

La stratégie de l’agresseur

Car si chaque histoire est particulière, la stratégie de l’agresseur est toujours la même, comme le souligne la CIVISE : isoler sa proie (Je ne savais pas à qui en parler, raconte Claire), créer un climat de peur (la pression subie par Claire, la présence des couteaux dans le domicile de Marie), passer à l’acte (récupérer les enfants de force en utilisant la violence, comme le vit la maman de Lucas et Justine), inverser la culpabilité (Il est obligé de le faire à ses enfants car s’il le fait aux autres enfants, les autres parents vont le tuer », confie la petite Justine à propos de son père), imposer le silence (Depuis que je me tais, j’obtiens de nouveau des droits, nous relate Marie), rechercher des alliés (les grands-parents, la directrice d’école pour l’ex-conjoint de Claire, les éducateurs, la psychologue pour celui de Marie) et assurer son impunité (en accusant la mère de conflit parental pour s’attribuer les bonnes grâces des juges).

Dans un tel contexte, au sein d’un pays où la culture du viol n’est plus à démontrer, si une mère ou un enfant dénonce un viol ou une agression sexuelle incestueuse, la victime est renvoyée dans son silence par les institutions en arguant que face aux dénégations de l’agresseur, c’est parole contre parole. Quand, en plus, le syndrome d’aliénation parentale (SAP) s’invite dans les têtes des magistrats, il devient impossible de protéger ses enfants.

Au nom du pseudo-syndrome d’aliénation parentale 

Inventé aux États-Unis en 1985 par le docteur Richard Gardner, l’aliénation parentale accrédite l’idée selon laquelle dans la plupart des séparations conflictuelles, le parent qui vit avec l’enfant, bien souvent la mère, « monte » l’enfant contre le père, afin que l’enfant refuse de le voir. Cette théorie n’a, à ce jour, jamais été reconnu par la communauté scientifique et a fait l’objet, en 2019, dans le rapport du GREVIO3 du Conseil de l’Europe, d’une alerte auprès des autorités françaises sur l’impact néfaste pour la protection de l’enfance de la diffusion de ce concept dans les pratiques des professionnels. Si en Espagne des mesures ont été prises en juin 2021 pour

empêcher l’utilisation de ce « SAP » par des professionnels, en France il est encore et toujours en vigueur dans les décisions de la plupart des professionnels, qu’ils soient magistrats, experts psychiatriques ou professionnels de l’enfance malgré la résolution du 6 octobre 2021 du Parlement européen faisant part de sa préoccupation sur le recours fréquent à ce pseudo-syndrome qui empêche de prendre en compte le témoignage des enfants et les risques de violences auxquels ils sont exposés

Une note d’information du ministère de la Justice ignorée par les magistrats

Pourtant, dès juillet 2018, grâce à l’action de Mme Laurence Rossignol alors ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes, une note d’information a été mise en ligne par le ministère de la Justice afin d’« informer les magistrats du caractère controversé et non reconnu du syndrome d’aliénation parentale, les inciter à regarder avec prudence ce moyen lorsqu’il est soulevé en défense et leur rappeler que d’autres outils sont à leur disposition en matière civile. » Il faut croire que la plupart sont restés sur la théorie infondée du SAP enseignée pendant des années à l’École Nationale de la Magistrature car, pour Claire, Marie et tant d’autres cette fausse théorie a mis en danger leurs enfants en invisibilisant et laissant faire les violences sexuelles dont ils sont encore victimes, en condamnant le parent protecteur et ce, bien après cette alerte du ministère de la Justice.

Une fausse théorie relayée par des experts masculinistes

De SOS Papa à certains experts en vogue : utiliser l’image du père aimant pour manipuler l’opinion contre les mères dites aliénantes

Des professionnels de renom tels que le docteur Bensussan, un psychiatre sexologue, expert depuis 1996 auprès de la cour d’appel de Versailles dont le texte remarqué, publié en 1999, Inceste, le piège du soupçon, lui permettra de développer ses thèses sur les fausses allégations d’abus sexuels des enfants, sévissent encore dans les prétoires, non sans rallier d’autres spécialistes. Le Dr Benssussan, d’ailleurs invité dès 1999 par SOS papa, une association masculiniste qu’il défend et dont les coups d’éclats sont largement relayés par la presse, devient une caution d’envergure au point de voir des juges rejoindre le mouvement. Pourtant, l’auteur réalisateur Patric Jean, dans son enquête choc au nom évocateur, La loi des pères, publiée en 20204 et pour laquelle il a infiltré les groupes masculinistes, démontre qu’« Une rapide enquête aurait pu montrer que l’homme [membre de SOS Papa qui a escaladé une grue en 2013 à Nantes] avait perdu le droit de garde, le droit de visite, ainsi que son autorité parentale, ce qui est très rare et implique des faits gravissimes. L’opinion aurait découvert qu’il avait en effet enlevé, avec violence, son propre fils pendant deux mois et demi. Et qu’il serait pour ces faits condamné à quatre mois de prison ferme. » Il faut souligner que cela fait de belles images pour défendre la mythologie sur la famille, ces pères qui réclament, au prix de leur vie, la garde de leur enfant. Quitte à condamner la mère protectrice sous prétexte d’une aliénation et

d’un conflit provoqué par les violences et l’inceste et, ce faisant, laisser se perpétuer des viols et des violences sur des enfants.

Des idées reçues infirmées par les statistiques

Pourtant, les études scientifiques démontrent (et notamment celle de 2005 réalisée par Trocmé et Balla) que sur 7 672 dossiers de maltraitance sur enfants, la mère n’est l’auteur des dénonciations que dans 7 % des cas et qu’elle ne commet une dénonciation intentionnellement fausse que dans 2 % des cas. De fait, la CIVISE estime après avoir croisé les enquêtes Contexte de la sexualité en France et Cadre de vie et sécurité que chaque année 160 000 enfants subissent des violences sexuelles et que 22 000 d’entre eux sont victimes de leur père. D’après l’enquête VIRAGE de l’INED, les victimes ayant été violées dans leur enfance désignent leur père dans 14 % des cas pour les filles et 10 % pour les garçons. Enfin, si le service statistique de la Justice ne dispose pas de données permettant d’isoler le nombre de poursuites relatives à des incestes paternels, nous savons qu’en 2020 seuls 1 697 personnes ont été poursuivies pour viols incestueux ou agressions sexuelles sur mineur quel que soit le lien de parenté avec la victime et qu’en 2018, seules 760 personnes ont été condamnées pour l’une ou l’autre de ces infractions. Ça en fait des pères qui échappent aux poursuites et à la condamnation.

La vérité ne sort plus de la bouche des enfants depuis l’affaire d’Outreau 

Il faut dire que ce pseudo-syndrome d’aliénation parentale associé au déni de la parole des enfants (induit par le fiasco judiciaire de l’affaire dite d’Outreau) favorisent largement la stratégie de l’agresseur.

C’est ainsi qu’on parvient à un nombre aussi effrayant d’enfants incestés par leur père chaque année. Que des mères luttent et hurlent sans être entendues. Que dans 80 % des cas, ce sont ces mêmes mères, comme en témoignent Claire et Marie, qui sont condamnées pour non – représentation d’enfant (d’après une étude de 2019 du ministère de la Justice) alors que beaucoup d’entre elles et de leurs enfants dénoncent, preuves à l’appui, des actes interdits par la loi. En conséquence, des enfants grandissent dans la haine de la Justice, de la société au nom de la protection de l’enfance qui ne fait rien pour les protéger. Pire qui les envoient subir des viols, des agressions sexuelles et des violences chez leur père pour préserver un lien parental à conserver coûte que coûte. N’en doutons pas, ceci nous coûte.

Des propositions concrètes pour protéger les mères et les enfants d’un père incesteur

Les recommandations de la CIVISE

Malgré ces amers constats, nous conservons un espoir grâce aux travaux de la CIVISE qui, pour en finir avec le déni de la réalité des violences sexuelles faites aux enfants et la présomption de culpabilité des mères recommande :

  • D’assurer la sécurité de l’enfant dès les premières révélations de viol, d’agressions sexuelles incestueuses en suspendant de plein droit l’autorité parentale, les droits de visite et d’hébergement du parent poursuivi pour ces actes,
  • D’assurer la sécurité du parent protecteur en suspendant les poursuites pénales pour non-représentation d’enfants contre un parent lorsqu’une enquête pour pratiques incestueuses est en cours contre l’autre parent,
  • D’assurer enfin la sécurité durable de l’enfant et du parent protecteur en prévoyant dans la loi le retrait systématique de l’autorité parentale en cas de condamnation d’un parent pour des violences sexuelles contre son enfant.

Un espoir mitigé

Si Emmanuel Macron a déclaré le 23 janvier 2021 : « Vous n’êtes plus seul.e.s, on vous croit. » et a donné les moyens à la CIVISE de mener ses enquêtes, force est de constater que les avis de la Commission n’ont pas encore été concrétisés par des mesures notables. De fait, l’espoir de voir ces recommandations aboutir reste mitigé dans le contexte actuel où l’Ordre des médecins n’est pas favorable à une obligation de signalement, où tant de ministres sont mis en cause pour viol, agressions sexuelles, violences conjugales ou parce qu’ils ont tenu des propos sexistes. Surtout quand en plus, lors du procès d’Outreau, l’avocat qui a défendu la thèse selon laquelle on ne pouvait décidément pas prendre en compte la parole de l’enfant a été récemment reconduit comme ministre de la Justice.

Pourtant, une société qui ne protège pas ses enfants est une société vouée à s’éteindre. Nos dirigeants, nos magistrats et tous ceux qui refusent de voir cette réalité feraient bien de s’engager au côté des mères protectrices et de défendre l’avenir que sont nos enfants notamment aux côtés du collectif Enfantiste (dont la première manifestation se tiendra ce vendredi 10 juin à Paris) plutôt qu’un lien paternel qui se révèle dans certains cas dévastateur et assurément nocif pour tous. Ne l’oublions pas. L’injustice crée les injustes. Et les violences sociales qui vont avec.

1  Afin de protéger l’anonymat des personnes qui ont accepté de témoigner, tous les prénoms ont été modifiés.

2  Du prénom de la première fillette qui en a bénéficié, cette procédure adaptée aux enfants est menée par des officiers habillés en civil. Elle se tient dans une salle équipée de caméras et de micros pour éviter de devoir entendre une nouvelle fois l’enfant par la suite et, de fait, l’obliger à revivre le traumatisme. Décorée comme une chambre d’enfant, on y trouve des poupées, des puzzles anatomiques afin que les plus jeunes puissent montrer et nommer les parties du corps qu’ils connaissent et ce qu’ils ont subi. Un pédopsychiatre se tient dans une salle de contrôle près de la salle d’audition afin de surveiller et d’interpréter le comportement de l’enfant. 

3  Groupe d’experts sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique

4  Éditions du Rocher

La première rectrice d’une université publique en Belgique francophone, une femme engagée.

Anne-Sophie Nyssen est élue rectrice de l’Université de Liège le 12 mai 2022, fonction qu’elle exercera officiellement à partir du 1er octobre 2022, succédant au Pr Pierre Wolper. Elle sera alors la 63e personnalité académique à occuper cette fonction depuis la création de l’Université de Liège en 1817, première rectrice de l’histoire de l’ULiège et première rectrice d’une université publique en Belgique francophone.

Anne-Sophie Nyssen (57 ans) est professeure de psychologie du travail à la faculté de Psychologie, Logopédie et Sciences de l’Éducation de l’Université de Liège (ULiège) et, depuis 2018, Vice-rectrice à l’Enseignement et au Bien-être. Elle a été précédemment Vice-doyenne de sa faculté.

En tant que Vice-rectrice, Anne-Sophie Nyssen a développé la campagne #RESPECT qui vise à lutter contre les différentes formes de discrimination vécues au sein de l’Université : lutte contre le harcèlement, pour la communication non-violente et le respect des différences.

Elle s’est engagée dans la lutte contre la violence sexuelle à l’égard des femmes et des filles dans le cadre de la Chaire Mukwege à l’ULiège.

Durant la période du Covid, elle est notamment à l’origine de la distribution des paniers bio-solidaires à destination des étudiant.es. Dans le contexte de la pandémie, qui a bousculé brutalement les méthodes d’enseignement tant pour les enseignant·es que les étudiant·es, elle a lancé un processus de réflexion sur une vision moderne de la place du numérique dans l’enseignement universitaire et plaide, en ce sens, pour une sobriété raisonnée des outils numériques.

Parallèlement, elle a participé activement en interuniversitaire aux réformes du décret Paysage et de la Formation initiale des enseignants.

Ses domaines de recherche portent sur le rôle des facteurs humains et organisationnels dans les milieux de travail (industrie, aviation, hôpitaux,…) : l’erreur humaine, l’accidentologie, la souffrance au travail, l’ergonomie cognitive, la prise de décision et le développement de l’expertise, la conception, l’évaluation des nouvelles technologies, l’analyse des systèmes complexes et la fiabilité des systèmes.

Anne-Sophie Nyssen est également détentrice du certificat d’hypnose ericksonienne obtenu à l‘Institut Erickson de Liège. Elle est à l’origine, dans le cursus universitaire, d’un cours sur la sensibilisation au processus hypnotique et à la communication thérapeutique.

La future rectrice prendra ses fonctions le 1er octobre 2022 pour un mandat de 4 ans.

Inédit en Europe, l’Espagne vers un « congé menstruel »

Le gouvernement de gauche espagnol a présenté un projet de loi créant un « congé menstruel » pour les femmes souffrant de règles douloureuses, une première en Europe.

Le gouvernement de coalition dirigé par le Premier ministre Pedro Sánchez (parti socialiste) a présenté ce 17 mai un projet de loi en ce sens en conseil des ministres avec la volonté de lever un « tabou ».

« Nous allons être le premier pays d’Europe à instaurer un arrêt maladie temporaire financé intégralement par l’État pour des règles douloureuses et invalidantes », s’est félicité la ministre de l’Egalité, Irene Montero, à l’issue du Conseil des ministres.

Irene Montero Photographer: Gabriel Bouys/AFP/Getty Images

« Les règles ne seront plus taboues (..) C’en est fini d’aller au travail avec des douleurs » ou en « se gavant de comprimés » et « de cacher notre douleur », a ajouté la ministre, l’une des chefs de file du parti de gauche radicale Podemos, partenaire du parti socialiste du Premier ministre Pedro Sánchez au sein du gouvernement de coalition.

« Nous avançons en matière de féminisme. Les femmes doivent pouvoir décider librement de leurs vies », a salué Pedro Sánchez sur Twitter en référence à un projet de loi qui renforce par ailleurs le droit à l’avortement dans le pays.

En France, comme au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, quelques entreprises accordent un tel « congé menstruel » à leurs salariées mais il n’est pas inscrit dans la loi.

En Espagne, la mesure a toutefois suscité des réticences au sein même de l’exécutif, parmi les ministres socialistes, mais aussi au sein des syndicats.

« Il faut faire attention avec ce type de décision », avait mis en garde vendredi la secrétaire générale adjointe de l’UGT, l’un des deux principaux syndicats espagnols, Cristina Antoñanzas, en se disant inquiète vis-à-vis d’un possible frein à l’embauche des femmes de la part d’employeurs voulant éviter ces absences.

Une analyse réfutée par Commissions ouvrières (CCOO), l’autre grand syndicat espagnol, qui a salué une « avancée législative » majeure, de nature à « rendre visible et reconnaître un problème de santé jusqu’à présent ignoré ».

Le texte du gouvernement prévoit aussi un renforcement de l’éducation sexuelle dans les écoles ainsi que la distribution gratuite de moyens contraceptifs ou de produits d’hygiène menstruelle dans les lycées.

La ministre de l’Égalité était aussi favorable à une réduction de la TVA sur les produits d’hygiène menstruelle, de 10% à 4%, mais cette mesure n’a pas été retenue.

L’Espagne est un pays considéré comme l’un des pionniers en Europe en matière de féminisme depuis l’adoption en 2004 d’une loi sur les violences de genre. Se revendiquant féministe, le gouvernement Sánchez compte plus de femmes (14) que d’hommes (9 en incluant le Premier ministre).

© 2022 AFP

Karine Jean-pierre, la nouvelle porte-parole de la maison blanche au parcours hors du commun

Karine Jean-Pierre, née le 13 août 1977 à Fort-de-France, est « tout ce que Trump déteste » comme elle s’amusait à le dire il y a quelques mois. Femme, mère, noire et ouvertement homosexuelle, le président américain, Joe Biden, a annoncé, jeudi 5 mai, avoir choisi Karine Jean-Pierre pour remplacer Jen Psaki au porte-parolat de la Maison Blanche.

C’est la première fois que ce poste très exposé est attribué à une femme noire.

Et pas n’importe quelle femme ! La nouvelle porte-parole aujourd’hui âgée de 44 ans, est francophone. Et pour cause : elle est née à Fort-de-France, en Martinique, de parents haïtiens qui avaient fui la dictature de Duvalier. Toute petite, elle vit ensuite quelque temps à Paris, avant que ses parents ne s’installent à New-York dans le quartier du Queens. Son père devient alors chauffeur de taxi (il y a beaucoup de Haïtiens chauffeurs de taxi à New-York) et sa mère aide-soignante.

Press Secretary Jen Psaki introduces incoming Press Secretary Karine Jean-Pierre as the first Black and out LGBTQ person to hold the position in the Briefing Room at the White House in Washington, DC on Thursday, May 5, 2022.

S’ensuit un parcours fulgurant et une sucess story dont sont friands les américains. Diplômée de la prestigieuse université Columbia avant de s’engager dans le monde associatif et politique, la nouvelle porte-parole de la Maison Blanche milite pour faire tomber les préjugés en matière de santé mentale dont elle a souffert : une dépression et tentative de suicide dont elle sortira renforcée.

En 2008, Karine Jean-Pierre n’a alors que 30 ans et elle s’engage dans la primaire démocrate aux côtés de l’un des candidats, John Edwards. Barack Obama remporte la primaire. Karine Jean-Pierre rejoint son équipe de campagne. La fille d’immigrés haïtiens sera également de la campagne 2012, celle de la réélection d’Obama. Elle devient ensuite chargée de cours à l’université Columbia, là où elle avait étudié, puis s’engage dans des associations de défense des droits.

Karine Jean-Pierre et son épouse la journaliste politique Suzanne Malveaux

Le vendredi 13 mai, elle s’installera derrière l’iconique pupitre de la « Briefing Room » de la Maison-Blanche où elle aura à répondre aux questions des médias américains et internationaux.

Sa sucess story, elle l’a dédié aux jeunes femmes et hommes à travers un message rapporté par l’AFP : « Si vous travaillez très dur pour un objectif, cela arrivera. Oui, vous subirez aussi des coups durs, vous traverserez des moments difficiles et cela ne sera pas toujours facile mais la récompense sera incroyable, surtout si vous restez fidèles à ce que vous êtes. »

Cette nomination intervient alors que les États-Unis se trouvent actuellement secoués par une vague conservatrice qui entend remettre en cause le droit à l’avortement des femmes. Tout un symbole !

Femme oubliée de la science victime de « l’effet Matilda », Marthe Gautier s’est éteinte.

La femme à qui l’on doit le cocktail Molotov et médecin française co-découvreuse du chromosome surnuméraire responsable de la trisomie 21, est décédée samedi 30 avril à l’âge de 96 ans.

Son nom a longtemps été oublié, a l’instar d’un grand nombre de femmes dans l’Histoire et contrairement à ceux de ses homologues masculins, les Prs Jérôme Lejeune et Raymond Turpin.

Marthe Gautier DR.

C’est seulement à partir des années 2010 que le rôle de la Française Marthe Gautier dans la découverte du chromosome surnuméraire responsable de la trisomie 21 a été pleinement reconnu.

Marthe Gautier écrira : « Je suis blessée et soupçonne des manipulations, j’ai le sentiment d’être la « découvreuse oubliée » ». Convaincue d’avoir été trahie, Marthe Gautier décide d’abandonner la trisomie 21 pour retourner vers les soins de l’enfant atteint de cardiopathie.

Elle sera la fondatrice et la directrice du département d’anatomopathologie des maladies hépatiques de l’enfant à la demande de Daniel Alagille, directeur de l’unité de recherche INSERM 56 « Hépatologie infantile », à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre (1966). Elle sera ensuite maître de recherche (1967), puis directrice de recherche à l’INSERM, et membre de la commission scientifique spécialisée (CSS) de l’INSERM « Métabolismes inorganiques, physiologie et pathologie hépatiques et digestives ».

Marthe Gautier a été élevée directement au grade d’officière dans l’ordre de la Légion d’honneur et a été décorée le 16 septembre 2014 par Claudine Hermann, professeure honoraire de physique à l’École polytechnique et membre fondatrice de l’association Femmes & Sciences.. Après avoir refusé deux fois cette distinction, elle l’accepte finalement, selon ses termes, « par indignation à l’égard de l’impudence de la Fondation Lejeune ».

En 2014, Marthe Gautier recevait la légion d’honneur (grade d’officière) des mains de Claudine Hermann (fondatrice de l’association Femmes & Sciences). Crédit Femmes & Sciences.

Si son histoire a été médiatisée ces dernières années, elle n’est pourtant pas unique. Cette méconnaissance des femmes de sciences est principalement liée à ce que l’on appelle aujourd’hui « l’effet Matilda ». Qu’est-ce que c’est ? L’effet Matilda part d’un constat : les femmes à l’origine de recherches et découvertes scientifiques majeures sont longtemps restées dans l’ombre, au profit des hommes.
Supprimées de l’Histoire, oubliées, reniées ou dénigrées, ces femmes n’ont eu ni l’honneur de se voir décerner un prix, ni celui de figurer sur les manuels scolaires.

On parle d’effet Matilda lorsque des hommes s’approprient le travail intellectuel effectué par des femmes pour s’en attribuer les mérites.

Réduites à des remerciements en bas de pages ou tout simplement supprimées du projet, nombreuses sont les femmes scientifiques à avoir été mises aux oubliettes. Leurs contributions sont minimisées, niées ou reniées.

Au-delà de l’omission par intérêt, on remarque également qu’en cas de découvertes simultanées ou communes, le nom retenu par la presse et le public était uniquement celui de l’homme.

Femmes brillantes de l’Histoire : l’inventrice du Monopoly

Presque chaque famille en possède une version, mais au fond, que sait-on vraiment du Monopoly? Et de son inventrice, Elizabeth Magie ?

«Lizzie» Magie, née en 1866, est une femme indépendante et sténographe, également poétesse et inventeurice. Elle a déjà déposé un brevet en 1893 facilitant l’usage de la machine à écrire quand, inspirée par l’économiste Henry George ( la pauvreté découle de la possession par certains des terres), elle enregistre en 1904 le Landlord’s Game («le jeu du propriétaire»). Les participants pourront mesurer la «nature antisociale du monopole». Le jeu circule pas mal au cours des années 1920 et retient l’attention de Darrow qui l’accommode à sa sauce.

Pendant de nombreuses décennies, le jeu a été attribué à Charles Darrow, mais cette croyance répandue a été remise en question dans les années 1970. Des recherches au cours d’un procès à l’époque ont révélé qu’une Elizabeth J. Magie semble avoir créé le jeu au moins 20 ans avant le brevet de Charles.

Qui est Charles Darrow ? A-t-il inventé le Monopoly ?

Charles Brace Darrow est l’homme qui, pendant de nombreuses années, a été officiellement reconnu comme l’inventeur du Monopoly. Le succès ultérieur du jeu l’a amené à devenir le tout premier concepteur de jeux millionnaire de l’histoire et cimenterait son nom dans l’histoire – mais il n’aurait peut-être pas été entièrement honnête dans ses premières affirmations.

Avant le développement de Monopoly, il était vendeur de chauffage domestique à Germantown à Philadelphie juste avant la Grande Dépression. Darrow finira par perdre son emploi dans la société de vente lors du krach boursier de 1929 et travaillera plus tard divers petits boulots pour joindre les deux bouts.

Il est intéressant de noter qu’Elizabeth Magie a effectivement approché les frères Parker en 1910 avec son jeu original publié par Economic Game Company. Mais malheureusement pour Magie, ils ont ensuite refusé. 

Elle les approchera plus tard en 1924 avec une version améliorée qui comprenait de nouveaux mécanismes de jeu, comme des loyers plus élevés lorsque les trois chemins de fer et les services publics étaient détenus, etc. Une fois de plus, les Parker Brothers ont refusé, qualifiant le jeu de « trop ​​​​politique » pour leur entreprise. 

En fait, les premières versions du jeu étaient dessinées à la main à l’aide de stylos techniques, les planches elles-mêmes étant fabriquées à partir de morceaux ronds de toile cirée au lieu d’un carton carré rigide. Après avoir eu un certain succès, Darrow a contacté des imprimeries locales pour produire des ensembles de jeux plus standardisés et d’aspect professionnel.

George Parker l’a cependant encouragée à retirer son brevet de jeu de 1924. 

Lorsque Darrow les a finalement approchés avec sa version, le jeu avait subi quelques changements cosmétiques, notamment le symbole désormais emblématique de la locomotive, Free Parking, l’emblématique Red Go Arrow, les actions de cartes colorées, les cartes Chance et les jeux de cartes Community Chest, etc. 

Darrow approchera les Parker Brothers en mai 1934 mais, comme Magie avant eux, verra sa candidature rejetée. Cette fois, pour différentes raisons, ils pensaient que le jeu était « trop ​​compliqué, trop technique et prenait trop de temps à jouer ». 

Au cours de la période de Noël 1935, la version de Darrow a rencontré un certain succès financier à Philadelphie. La nouvelle parvint aux Parker Brothers qui décidèrent de recontacter Darrow pour organiser une nouvelle rencontre et achetèrent le jeu en 1935.

Plus tard la même année, les frères ont appris que Darrow n’était pas le seul inventeur du jeu et ont racheté tous les autres brevets existants, y compris celui de Magie de 1924 pour un montant forfaitaire de 500 $ . Ils ont également acquis tous les autres droits d’auteur et autres variantes commerciales du jeu pour garantir sa propriété incontestée de sa propriété intellectuelle.

Dès qu’ils ont eu la pleine propriété, les frères Parker ont commencé des efforts de marketing à grande échelle dès qu’ils ont pu. Ils ont produit et publié une version standard et Deluxe du jeu de Darrow et ont ensuite publié six autres versions avec les plus chères comprenant une planche en bois et des pièces de joueur en laiton.  

Qui est Elizabeth J. Magie ? 

Elizabeth (Lizzie) J. Phillips était une ingénieure américaine, une conceptrice de jeux et une géorgiste (une philosophie économique du XIXe siècle). Elle est née à Macomb, dans l’Illinois, en 1866 et a ensuite inventé une première version de l’un des jeux de société les plus populaires de l’histoire, bien que sans reconnaissance pendant de nombreuses décennies.

Elle a été présentée à Henry George (qui a fondé le mouvement Georgist) à travers son livre « Progress and Poverty » à la fin des années 1850. Cela dominera sa pensée philosophique pour le reste de sa vie et influencera grandement le jeu qui deviendra un jour Monopoly. 

Dans les années 1880, elle travailla comme sténographe mais écrivit aussi des nouvelles et de la poésie, s’essaya au théâtre et à la comédie. Elle a également défendu le droit de vote des femmes au début du XXe siècle.

En 1906, elle travaillait comme journaliste et s’est mariée en 1910 à l’âge de 44 ans. 

Malgré tout cela, son plus grand travail a été la création du jeu « The Landlord’s Game » et a déposé son premier brevet en 1903. L’idée du jeu était de démontrer les effets néfastes économiques du monopole foncier et les avantages potentiels de la taxe sur la valeur foncière. (système fiscal unique ou géorgisme). 

Elle a ensuite déménagé à Chicago en 1906, a formé une société de jeux, The Economic Game Co, avec d’autres georgistes et a autopublié son jeu. En 1912, son jeu a été adapté par la Scottish Newbie Game Co sous le nom de Bre’r Fox et Bre’r Rabbit et d’autres adaptations ont commencé à apparaître aux États-Unis.

Une version mise à jour a ensuite été également brevetée par Magie en 1924 après l’expiration de son original en 1921. En 1936, elle a vivement critiqué les Parker Brothers dans un journal de Washington, ce qui a incité la société à publier deux autres de ses jeux  » Bargain Day  » et  » Les Hommes du Roi  » en 1937. 

Aujourd’hui très peu d’exemples de son « The Landlord’s Game » existent mais « Bargain Day » et « King’s Men » sont moins rares. 

Magie mourra plus tard à Staunton, en Virginie, en 1948, à l’âge de 82 ans. Elle fut enterrée avec son mari à Albert Wallace Phillips à Arlington, en Virginie. 

Aurélie Clémente-Ruiz, première femme directrice du Musée de l’Homme

Une femme à la tête du Musée de l’Homme c’est fait ! Succédant ainsi à André Delpuech, qui officiait à ce poste depuis 2017, Aurélie Clemente-Ruiz a été nommée directrice du Musée de l’Homme, le 1er avril 2022, à l’issue d’un processus de recrutement qui a sélectionné son projet pour l’établissement.

C’est une petite révolution dans le monde de l’Art, Aurélie Clémente-Ruiz qui occupait depuis janvier 2021 le poste de directrice des expositions, devient la première femme directrice de cette institution : «Il était temps, non ?» a t’elle confié à nos confrères du Parisien.

Le nouveau Musée de l’Homme inauguré en 2015 et situé en face de la Tour Eiffel, a pour objectif la compréhension de l’évolution de l’Homme et des sociétés, en croisant les approches biologiques, sociales et culturelles. Il aborde aussi bien l’étude des périodes les plus anciennes que la période contemporaine qui questionne le devenir de l’Homme.

Musée de restitution des connaissances et de débats publics, le nouveau Musée de l’Homme comporte de vastes espaces publics réservés à ces fonctions. Expositions, balcon des sciences, auditorium, centre de ressources, salles d’enseignements, ateliers pédagogiques sont autant de lieux dans lesquels les visiteurs sont invités à vivre en direct l’actualité des Sciences de l’Homme. Par ailleurs, le Musée de l’Homme héberge des équipes de chercheurs internationalement reconnues qui travaillent sur l’évolution de l’Homme et les interactions entre les sociétés et leurs environnements.

Galerie de l’Homme. © MNHN – J-C Domenech

Aux commandes du Musée de l’Homme, Aurélie Clémente-Ruiz. aura pour mission d’accroître sa visibilité et sa fréquentation en l’ouvrant à de nouveaux publics, grâce à une diversité de projets (expositions mais aussi rencontres, ateliers, visites spécifiques, soirées thématisées…) Elle souhaite en faire un lieu de convivialité, de connaissance et découverte pour tous. Convaincue que l’étude du passé de l’humanité permet de mieux appréhender son futur, Aurélie Clemente-Ruiz entend également renforcer le positionnement du Musée de l’Homme, un des rares lieux culturels traitant à la fois de préhistoire et de sociétés, en les ancrant dans le monde contemporain.

La nouvelle directrice souhaite conserver l’esprit citoyen du Musée de l’Homme qui, depuis sa réouverture en 2015, s’empare de thématiques suscitant l’engagement (à l’image de l’exposition Nous et les autres, des préjugés au racisme, en 2017), avec la plus grande rigueur scientifique. Par ailleurs responsable du pôle Musées, elle sera chargée de renforcer les liens entre le Musée de l’Homme et les autres sites du Muséum national d’Histoire naturelle.

Une femme sur deux, se dit favorable à la création d’un délit de non-partage des tâches domestiques.

Le 22 mars 2022, lorsque Sandrine Rousseau, figure du parti EELV, a confié à l’occasion d’une interview vouloir créer un délit de « non-partage des tâches domestiques », elle avait été la risée des réseaux sociaux et avait subi moqueries et insultes en cascades.

Elle avait précisé à l’époque que « le privé c’est le politique » et que l’égalité entre les femmes et les hommes devait être absolue.


Or d’après une étude révélées ce mercredi par Le Parisien, une femme sur deux (et 44% des hommes) adhère à une telle mesure. En effet, cette étude Ifop pour Consolab inspirée par la question soulevée par Sandrine Rousseau – réalisée du 28 au 31 mars précisément – révèle que les Françaises sont nombreuses à ne pas trouver absurde cette idée de sanctionner leur conjoint qui ne participe pas à leur hauteur aux tâches du foyer.

L’enquête constate, avant tout, que 57% des femmes en couple avec un homme estiment « en faire plus que leur conjoint » à la maison, tandis que seulement 16% des interrogés masculins pensent, à l’inverse, être plus investi que leur compagne.

Les femmes sont même 31% à considérer en faire « beaucoup plus que leur conjoint ». Un pourcentage à la baisse, car elles étaient 45% à estimer cela en 2015, il y a sept ans.

Face à cette inégale répartition de la charge mentale quotidienne – ménage, courses, soins aux enfants -, 50% des Françaises, soit une femme sur deux, soutiennent la proposition de Sandrine Rousseau et se disent favorables à la création d’un délit de non-partage des tâches domestiques. 

Une idée qui plaît donc en théorie, mais qui reste mitigée face à la pratique. En effet, seulement 14% des Françaises se sont dites vraiment prêtes à porter plainte contre leur conjoint.

Romane Bohringer : « Mon endroit d’équilibre c’est le théâtre depuis toujours.. »

Au théâtre, en tournée actuellement dans toute la France avec la pièce « L’occupation » sur un texte de l’écrivaine Annie Ernaux1, Romane Bohringer qui commença sa carrière à l’âge où les autres filles jouent encore aux billes, a gentillement accepté de nous rencontrer nous accordant son entière disponibilité et se prêtant au jeu des questions entre deux représentations. Une longue interview investie et habitée, à l’image de sa générosité.

Ce qui frappe quand on rencontre Romane Bohringer c’est sa sensibilité et sa simplicité. A mille lieu des strass et des peoples, à des années lumières de l’image d’artiste torturée qu’elle véhiculait parfois, Romane est une femme bien ancrée dans sa génération, une femme à la carrière exemplaire qui n’a plus rien à prouver et qui se fiche des apparences. Attentive à l’autre et aimant véritablement la gente humaine, cette enfant de la balle, est très proche de ses collaborateurs (techniciens, régisseurs, assistant mise en scène etc…) qui constituent pour elle une véritable « famille ». Ce jour là, Romane et son équipe, avaient organisé un barbecue improvisé sur le parking du théâtre en toute décontraction dans une ambiance de franche camaraderie.. Du jamais vu dans le milieu parfois guindé du spectacle dit « culturel ».
Les personnes ayant eu la chance de travailler avec elle évoquent quelqu’un d' »exigeant artistiquement », « une véritable bosseuse » qui ne se contente pas de la médiocrité là où d’autres comédiennes misent tout sur leur notoriété. Romane Bohringer s’intéresse véritablement aux gens. Nous qui avions peur de la brusquer, finalement c’est elle qui nous a capturé.

Vous êtes actuellement en tournée au théâtre avec le spectacle « L’occupation » sur un texte d’Annie Ernaux, qui traite de la jalousie dans le couple, pouvez-vous nous le résumer pour nos lecteur.ice.s qui ne l’auraient pas encore vu / lu ?

C’est le récit d’une femme qui plonge à un moment de sa vie dans un sentiment de jalousie obsessionnel et assez destructeur. Elle est tout à coup envahi par un sentiment qu’elle ne connaissait pas qui est celui de l’obsession amoureuse de la dépossession de soi-même. « L’occupation » c’est donc une femme qui a quitté un homme et quelques mois après elle apprend que cet homme s’est remis avec une femme ; et à partir de ce moment là alors qu’elle l’avait quitté, alors qu’elle en était détachée, que ça venait de sa propre décision, l’existence d’une autre femme dans la vie de cet homme va la plonger dans une perte de contrôle et Annie Ernaux explore ce moment avec toute la beauté de sa langue.

Est-ce qu’elle vous ressemble cette femme qui a la quarantaine et est à un tournant de vie, comme on l’imagine ?

Pas seulement à moi. Les immenses auteurs – et je pense qu’Annie Ernaux est une immense autrice – ce n’est pas seulement à moi, elle a une capacité à capter, à décrire, en passant par elle car la chose incroyable sur Annie Ernaux c’est que de tout temps elle écrit sur elle, sur sa vie sociale, de femme, c’est le génie, elle touche à l’humain de manière tellement forte qu’elle parle de toutes. Elle comprend l’humanité, femmes, hommes, c’est ça qui est époustouflant dans son écriture.
Après je peux dire plus spécifiquement que quand j’ai lu le texte oui il touchait en moi des choses. L’histoire d’une grande obsession suivi d’une grande délivrance pour qui est passé par là on s’y reconnaît. Il y a des moments où je me sentais assez proche de ce qui était dit dans le texte.

Romane Boringher – Crédits Romy Zucchet

Vous souvenez-vous de tous les personnages que vous avez incarnés ? Est-ce qu’il y en a qui vous ont accompagnés, suivis pendant longtemps ?

Il y en a des plus marquants que d’autres dans une vie. Beaucoup plus au théâtre qu’au cinéma. Au cinéma il y a des personnages très forts mais ce sont des films, des objets individuels et singuliers. Au théâtre il y a le texte et les textes peuvent vous accompagner vraiment toute une vie et c’est très différent. Il y a des films que j’ai fait qui m’ont marqué pour leur qualité cinématographique pour l’expérience que cela a été mais je ne peux pas dire que des personnages ont continué de m’habiter alors que je peux dire que des textes de théâtre m’ont accompagnés très longtemps. Avoir la chance d’être comédienne au théâtre et d’interpréter des textes c’est comme se remplir sa propre bibliothèque intime et comme on les apprend et « performe » sur scène il y a cette dimension physique aux textes. Et puis la littérature c’est quelque chose qui dépasse l’image, c’est sûr que quand on joue Shakespeare à 20 ans, Brecht à 25, Tenessee Williams ce sont des auteurs qui vous quittent jamais on se souvient toujours, quand je tombe amoureuse je pense toujours à Roméo et Juliette, c’est des auteurs qui ont eu des mots tels.. C’est le texte qui vous accompagne. Une fois qu’on est riche de ça, notre plus grande mission c’est de les transmettre de la manière j’espère la plus populaire possible pour montrer à quel point la littérature est proche et concrète et source de progression sociale, humaine à quel point à l’encontre de l’idée qu’on peut s’en faire c’est quelque chose qui s’adresse à tous.

Quand j’éprouve un texte c’est mon vœu le plus cher que je réussisse à transmettre ce qu’il me procure comme force dans ma vie donc au delà des rôles ce sont les textes qui m’ont accompagnés longtemps et aidée.

Vous avez incarnées beaucoup de femmes dans votre carrière, certaines qui portent des choses lourdes, êtes-vous une femme engagée dans la vie ?

Je ne pourrais pas dire ça, au contraire même.. Je regrette de ne pas l’être mieux ou plus. Je suis extrêmement sensible au monde qui m’entoure, je suis extrêmement poreuse, j’ai les yeux grands ouverts mais je pourrais pas dire ça parce que j’aurai l’impression de mentir par rapport aux gens qui en font le sel de leur vie. moi je me ballade avec un cœur sensible, je suis engagée a essayer de ne pas être une trop mauvaise personne. La seule manière est à travers mes choix, participer à des objets pas trop honteux qui disent quelque chose si possible du monde qui est le nôtre, ne pas céder à la médiocrité, j’ai du mal à dire engagée par rapport à ceux qui le sont vraiment. A partir du moment où l’on est connu il y a une forme de timidité à se mettre en avant. Je voudrais faire beaucoup mais c’est un peu compliqué, ne pas se laisser submerger, ne pas savoir par où commencer ni comment faire.

Vous dites « avoir les yeux ouverts sur le monde », vous avez donc entendu parler du mouvement « Me too » et plus spécifiquement le « Me too » lié au domaine du théâtre, quel regard portez-vous sur ce phénomène ?

Alors là vraiment vous me lancez sur un sujet très difficile pour moi. je trouve évidemment la nécessité absolue que les voix sortent, explosent cela regroupe tout. Cela devrait être.. autour des silences des injustices, la voix des femmes, des enfants, des invisibles, tous les gens qui se battent tous les jours pour faire entendre à quel point la justice n’entend pas les violences faites aux femmes, aux enfants, dans les hiérarchies. Je sens que tout le mouvement, enfin le cri que l’on sent pousser de partout est évidemment incontestable et je suis encore une fois admirative des gens qui vont au devant, qui prennent les coups en première ligne, qui démontent, qui détruisent les systèmes en place. J’ai l’impression qu’il y a un mouvement qui est lancé et que l’on ne pourra plus revenir en arrière, mais parfois on dit ça et.. J’ai l’impression, mais peut-être qu’elle est fausse quand on voit dans les autres pays, mais j’ai l’impression que mes enfants ne sont déjà pas les enfants que l’on était nous et les mots qu’ils entendent, les choses dont on leur parle, ils connaissent des choses que l’on ne connaissait pas. Leurs consciences, je l’espère, du fait de toutes ces voix, seront plus affutées que les nôtres.

Sur le « Me too théâtre » en particulier, je suis un très mauvais exemple parce que je n’ai eu que des expériences magnifiques avec des hommes metteurs en scènes et des partenaires masculins merveilleux et d’une grande délicatesse, donc je regarde avec admiration celles qui arrivent à dire ce qu’il leur est arrivé. Moi j’ai vécu dans un monde tout à fait respectueux, entourée de gars supers et pourtant j’ai commencé très jeune avec beaucoup d’hommes et de femmes. Je regarde ça avec soulagement pour ceux qui arrivent à défaire un système dont ils ont été victimes mais mon histoire personnelle me rend plus témoin qu’actrice. J’ai vécu dans un monde de théâtre tout à fait magnifique.

Romane Boringher – Crédits Romy Zucchet

Vous parliez de vos enfants, quelles valeurs souhaitez-vous transmettre à la future génération ?

La seule trace que je pourrais laisser c’est par le choix des films qui restent, des histoires si possible éclairantes, inspirantes pour regarder le monde autrement, essayer de tracer quelque chose de vertueux. Pour les enfants, évidemment je suis comme beaucoup de gens très assombrie par le spectacle qui s’offre à eux maintenant donc je suis bien démunie pour vous dire ce que j’aimerai leur laisser comme valeur. On avance dans une incertitude complète, dans une violence inouïe, je les regarde avec beaucoup d’inquiétude.

Quelle type de femme êtes-vous au quotidien ? Quel regard portez-vous sur l’amitié, la famille ?

Je suis de nature plutôt discrète, j’aime bien faire mon métier, je suis normale. J’ai des amis fidèles depuis très longtemps, je suis plutôt une fille de troupe donc j’aime être avec les gens c’est une des raisons pour lesquelles j’ai choisi ce métier, être en troupe, faire famille, je suis plutôt famille recomposée. Je suis discrète mais en même temps sociable , je ne suis pas du tout solitaire avec une vie articulée autour de mes enfants.

Vous avez tout joué que ce soit au cinéma, à la télévision comme au théâtre, vous avez récemment réalisé (un film et une série), quel exercice préférez-vous ?

Mon endroit d’équilibre c’est le théâtre depuis toujours même si j’ai fait beaucoup de cinéma et j’adore le cinéma je suis une grande spectatrice de cinéma, par exemple, j’adore les films, j’adore l’image mais mon endroit de plénitude et de complétude c’est le théâtre. J’aime tout au théâtre, j’aime aussi la vie que ça implique, j’ai toujours aimé – un peu moins avec les enfants – mais la troupe, les gares, les théâtres, les hôtels, c’est vraiment une vie qui m’épanouit complétement. Comme je vous disais j’aime les textes, j’aime monter sur scène et puis récemment le fait d’avoir réalisé ça m’a beaucoup beaucoup plu. Je tente de commencer à écrire mon deuxième film. Si je n’y arrive pas.. Il y a dans l’histoire du cinéma des femmes et des hommes qui ont fait un film et puis un seul, mais c’était tellement un bouleversement dans ma vie de faire ça, j’ai tellement aimé ça que j’attends désespérément d’avoir un espèce d’éclair pour aller vers ma deuxième histoire, j’aimerais tellement refaire ça.


Et écrire pour le théâtre ?

J’aime les mots des autres, l’écriture c’est très difficile pour moi, ce n’est pas mon truc. Ce que j’ai aimé c’est avoir une équipe, réaliser, diriger des acteurs, le plateau, les filmer, les regarder j’ai adoré le montage, le mixage ça a vraiment été une aventure démente pour moi.

Quels ont vos futurs projets ?

Le Festival d’Avignon Off en juillet pour « L’occupation », c’est un texte que j’aime tellement que je peux jouer jusqu’à soixante dix ans car Annie Ernaux parle d’une période passée de sa vie. Il est inépuisable car il est riche et il n’a pas d’age – on nous bassine tellement avec ça. Elle c’est une sacrée femme, elle a plus de choses à raconter que moi sur les femmes (rires) il faut lui faire un numéro spécial.
J’ai joué dans le premier film d’une jeune femme que j’aime beaucoup qui s’appelle Julie Laura Garçon son film s’appelle « Petites » et il est en train d’être fini.

Vous dites que l’on « vous bassine avec l’âge », c’est difficile pour une femme de vieillir au cinéma ?

Dans notre métier c’est encore plus difficile que dans la vraie vie j’imagine, vous entendez « t’as plus l’âge du rôle », « après cinquante ans il n’y a plus de rôles » à plus de cinquante ans on se partage un nombre très restreint de rôles disponibles, non seulement les compétences sont réévaluées mais il y a un truc physique. Au théâtre les questions d’âge sont nettement moins présentes qu’au cinéma. Sur scène on peut tout jouer, c’est assez salvateur du point de vue théâtre.

Finalement, une femme brillante pour vous qu’est-ce que c’est ?

Une femme Brillante serait une femme libre ? Énormément de femmes m’inspirent, il y en a pleins qui me viennent au détour de leur parole, mais étant donné le contexte, je dirais Annie Ernaux.

Propos recueillis au Théâtre de la Colonne de Miramas, le 29 mars 2022. Un grand merci à Romane !

1 Annie Ernaux – L’occupation – Editions Gallimard / Folio

A Bastia, un festival de cinéma entièrement dédié aux femmes.

Actrices, cinéastes, auteures, productrices, femmes de l’ombre, les femmes à la caméra sont encore minoritaires dans le monde du cinéma.

Cette première édition du festival Cine Donne vise à favoriser la circulation des films de réalisatrices et ainsi contribuer à changer le regard de la société sur les femmes et participer à la déconstruction des stéréotypes liés au genre.

Il s’agira donc pour l’association pilote, Arte Mare, de programmer ses coups de cœur de Dolce Vendetta de Marie-Jeanne Tomasi à Fish Tank d’Andrea Arnold, de proposer des avant-premières, des courts et des longs métrages, des débats, des rencontres, des expositions rythmant une première édition qui se tiendra du 6 au 10 avril au centre culturel L’Alb’Oru, au cinéma le Régent et au cinéma le Studio.

Invitées : Julie GAYET actrice, réalisatrice, productrice, marraine de la Fondation des Femmes, membre du collectif 50/50 visant la parité au cinéma, Joana HADJITHOMAS artiste riche et multiforme utilisant photographie, arts plastiques, cinéma de fiction et documentaire, Monia CHOKRI qui signe un 2ème long métrage réjouissant qui renverse les codes de la féminité, Marie-Jeanne TOMASI qui poursuit son œuvre singulière, Camille DE CASABIANCA, cinéaste, actrice, écrivaine et scénariste

Rencontres : Table ronde du Collectif 5050×2020, 21 femmes qui font la Corse rencontre et dédicace de Jean-Pierre Castellani et Dominique Pietri, la fondation de femmes présentée par Julie Gayet.

Exposition collective : La Galerie Noir et Blanc de Bastia expose Marie-Jeanne Tomasi, Jeannine Battesti, Simone Agnello Tafani, Ariane Jurquet et ERKA.

La programmation est à découvrir sur cinedonne.corsica

Gagnez vos places pour le spectacle « L’occupation » avec Romane Boringher

L’OCCUPATION

Texte d’Annie Ernaux publié aux éditions Gallimard.

Mise en scène : PIERRE PRADINAS

avec ROMANE BOHRINGER et CHRISTOPHE « DISCO » MINCK

Musique originale : CHRISTOPHE « DISCO » MINCK

Ksamka Production DR.

Avec L’occupation, Annie Ernaux dresse l’éblouissant portrait d’une femme de quarante ans à travers un moment essentiel de sa vie amoureuse. Cette femme se sépare de l’homme qui partageait sa vie depuis cinq ans. C’est elle qui le quitte, avec sans doute l’espoir de le retrouver un jour… Mais il s’éprend d’une autre dont il cache l’identité. Tout connaître alors de sa rivale sans visage devient une obsession, et elle entre dans une passion jalouse qui occupe ses jours et envahit ses nuits…

Romane Bohringer nous entraîne avec le musicien Christophe «Disco» Minck dans la folle passion d’une femme amoureuse.

En partenariat avec Scènes et cinés, Brillante Magazine vous offre deux places pour assister à la représentation de mardi 29 mars 2022 à 20h30 au Théâtre de La colonne de Miramas.

Pour participer: 
✅ Être abonné à Brillante Magazine sur Facebook ou sur Instagram.
✅ Liker le post 
✅ Inviter un ami en commentaire 
Tirage le 25 mars. 

Femme(s) et élections présidentielles, le vote est-il genré ?

Dans une pré-campagne souvent marquée par une concurrence entre hommes et femmes au sein de chaque camp et une féminisation du scrutin, existe-t-il toujours un vote dit « féminin » ? C’est l’objet de l’enquête de l’institut de sondage IPSOS, commandée par LCI, menée auprès d’un échantillon de 1 441 femmes inscrites sur les listes électorales, du 25 février au 4 mars 2022. Éléments de réponse…

Est-ce qu’une candidate femme va davantage attirer le vote féminin qu’un homme ? L’étude révèle que Valérie Pécresse est la candidate la plus citée quand il est question du candidat le plus crédible dans la lutte contre le sexisme (29%) devant Marine Le Pen (27%) puis Emmanuel Macron (22%).

A ce titre, les femmes expriment majoritairement le souhait qu’une femme remporte l’élection présidentielle (71%).

Pour autant seul un peu plus d’une Française sur trois pense qu’une femme remportera l’élection à l’issue du second tour (32%). Un pronostic en concordance avec les dernières intentions de vote dans lesquelles aucune femme n’est donnée victorieuse face à Emmanuel Macron dans les différentes hypothèses de second tour. Sur ce point, le vote des femmes rejoint celui des hommes, à noter que face au Président sortant, Valérie Pécresse en particulier ne bénéficie pas d’une forme de « prime » à la féminité puisque les femmes sont moins nombreuses à avoir l’intention de voter pour elle que les hommes (37% contre 43%).

© auremar/123RF

De plus, les intentions de vote diffèrent légèrement entre les femmes interrogées et les hommes notamment en ce qui concerne les poursuivants d’Emmanuel Macron. Quand 13% des hommes voteraient pour Jean-Luc Mélenchon, 10% des femmes en disent autant. De même pour Marine Le Pen, plus plébiscitée par les femmes (18%) que par les hommes (15%) alors que la candidature d’Eric Zemmour rencontre toujours une certaine résistance des femmes (11% ont l’intention de vote pour lui contre 13% des hommes). Cela traduit la persistance d’un radical right gender gap identifié depuis le début de cette élection présidentielle.

A noter toutefois, que les femmes se considèrent, à ce jour, comme étant moins certaines de leur choix (68%) que les hommes (77%), ce qui en fait donc un électorat plus volatile pouvant influencer des évolutions de tendances futures.

Un renouvellement générationnel

En ce qui concerne les préoccupations des femmes pour l’élection, la santé est le sujet le plus déterminant dans leur vote (83%), c’est davantage que pour l’ensemble des Français (74%). La question du pouvoir d’achat (74%) et de la lutte contre le terrorisme (74%) viennent ensuite dans des dimensions comparables à celle de l’ensemble de la population française. En revanche, la défense du droit des femmes et la lutte contre le sexisme n’apparaissent pas comme prioritaires chez les femmes (54%) mais donnent à voir des clivages politiques et générationnels.

En effet, les sympathisantes du Parti Socialiste et d’Europe Ecologique Les Verts sont plus nombreuses à citer cet enjeu comme « déterminant » (66%) que celles des partis de droite (43% pour les partisanes de la majorité présidentielle et Les Républicains, 50% pour celles de Reconquête). De plus, les femmes les plus jeunes s’avèrent nettement plus préoccuper par cette question : 71% des 18-24 ans la jugent déterminante contre 53% des 35 ans et plus.

En 2022, l’Elysée accueillera-t-il (enfin) une femme ?

L’augmentation du cancer au féminin creuse les inégalités

Le 4 février dernier s’est tenue la Journée Mondiale contre le Cancer. A cette occasion, une étude a été réalisée par Viavoice pour l’Institut Curie. Celle-ci interroge les Français et scrute les problématiques sociétales des cancers chez la femme. Elle révèle notamment des disparités en terme de charge mentale, d’organisation familiale, de vie intime et de retour à l’emploi, dans un contexte où près de 60% des Français se sentent concernés par le risque d’être atteint d’un cancer.

« Les chiffres nous le rappellent : chaque année, le nombre de cancers chez la femme augmente, sous l’effet du tabagisme ou par défaut de prévention. Précarité, retour à l’emploi, charge mentale, organisation du foyer… pendant et après les traitements, la survenue d’un cancer chez une femme est une rupture renforcée et l’impact social de la maladie est plus lourd pour elles. L’Institut Curie, au quotidien, prend soin de ces femmes à travers des parcours adaptés, des dispositifs d’accompagnement complets, la formation de nos soignants. Mais, pour soutenir les femmes face au cancer et dans chacun des aspects de leur vie, c’est collectivement qu’il nous faut agir, à tous les niveaux de la société », déclare le Pr Steven Le Gouill, directeur de l’Ensemble Hospitalier de l’Institut Curie, 1er centre français de lutte contre le cancer.

Une femme sur deux estime qu’il existe des inégalités par rapport aux hommes en matière de charge mentale et d’organisation familiale face aux cancers.

Charge mentale, organisation familiale, maintien de la vie professionnelle, retour à l’emploi, précarité : lorsqu’on interroge les Français sur leur perception des inégalités face au cancer, ce sont les éléments les plus cités et très nettement en défaveur des femmes. Ainsi, parmi 43% des Français qui pensent qu’il existe des inégalités entre hommes et femmes en matière de charge mentale et d’organisation familiale, 37% d’entre eux pensent que ces inégalités sont en défaveur des femmes contre 6% seulement en défaveur des hommes. Le cancer vient aggraver les inégalités femmes-hommes à tous les niveaux de la société.

Plus de la moitié des Françaises pense que les femmes atteintes de cancer ne peuvent pas retrouver la même vie professionnelle qu’avant la maladie, un facteur aggravant les situations de précarité des femmes. Si une personne sur cinq n’a pas repris le travail un an après les traitements, les femmes ont eu plus d’arrêts de travail et plus d’aménagements du temps de travail que les hommes (source INCa : étude VICAN 5). De plus, 8% des Français estiment que la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle fait partie des principales difficultés pour le retour à l’emploi des femmes alors que cet aspect n’est pas mentionné pour les hommes. Si les enjeux de maintien dans l’emploi chez les cadres supérieurs sont importants, les conséquences financières de la maladie sont parfois dramatiques chez des femmes qui vivent seules, avec des revenus moins conséquents, plus isolées. Ce sont d’ailleurs 45 % des personnes interrogées qui estiment que les inégalités entre Français sur les cancers sont d’abord liées aux revenus (salaires, aides sociales…).

Cette problématique de maintien et de retour à l’emploi est bien réelle. Dans ce domaine, l’Institut Curie, notamment à travers son Unité transversale d’éducation thérapeutique, est fortement mobilisé ; à l’instar du projet qui vient de démarrer avec l’association WeCare@Work. Ce nouveau projet porte sur les représentations du travail pour les professionnels de santé, la facilité d’arrêter le travail et inclut un volet d’éducation thérapeutique visant un changement de culture et d’autonomie du patient ainsi qu’une relation soignants-soignés plus à l’écoute.

Evelyne Renault-Tessier, directrice de l’unité transversale d’éducation thérapeutique de l’Institut Curie (UTEP), précise : « En lien avec des associations de patients, des patients partenaires, avec le soutien du service interentreprise de santé au travail, notre équipe a mis en place un atelier sur ce sujet du retour au travail dont le besoin s’avérait important pour les patientes. Avec l’arrêt de l’activité professionnelle, se joue la perte d’une identité sociale. Comment évoquer le sujet auprès de son employeur ? Comment en parler à son équipe ? Par ailleurs et grâce à l’amélioration des soins de support, de l’organisation des soins, notamment avec l’hospitalisation à domicile, plus que le retour à l’emploi, c’est la question du maintien dans l’emploi qui se pose de plus en plus souvent. En effet, l’arrêt de travail, pas toujours justifié sur le plan médical, est une question difficile que nous travaillons dans le cadre de nos travaux sur l’amélioration du parcours de soin. Il faut changer cette vision du statut de malade qui est en opposition avec le statut professionnel et à l’inverse, ne pas pointer du doigt le fait qu’une femme peut ne pas être tout le temps une « super working woman » ».

Oser briser les tabous

Aujourd’hui, en France, une femme sur deux considère que les femmes ne peuvent pas retrouver la même vie intime qu’avant d’être malade.  « La sexualité n’est ni un luxe ni un tabou et la santé sexuelle des femmes est au cœur du processus thérapeutique. Il est crucial de pouvoir évoquer et légitimer ces questionnements autour de la sexualité et de l’intimité. C’est pourquoi aujourd’hui, à l’Institut Curie, nous sommes investis non seulement dans la sensibilisation et la formation des soignants mais aussi dans la mise en place d’un parcours de soins « santé sexuelle » pour les patientes qui sont confrontés aux conséquences intimes et sexuelles du cancer et de ses traitements », explique le Dr Sylvie Dolbeault, psychiatre, cheffe du service psycho-oncologie et social de l’Institut Curie. Elle rappelle également que « Les choses évoluent et se structurent en France. En septembre 2021, l’Inca a labellisé un référentiel sexualité et cancer qui a donné lieu dans notre Institut à la création d’un groupe de travail oncosexologie ».

Douleur, altération de l’image du corps, peur de la récidive, sentiment d’être isolée dans la société… comment aider les femmes à vivre pendant et après leur cancer ? A travers son département pluridisciplinaire dédié aux soins de support, l’Institut Curie propose un accompagnement global à ses patientes. Soignants, psychiatres, psychologues explorent chez leurs patientes leur état psychologique, fatigue, image du corps, estime de soi, insertion professionnelle, soutien social et autres préoccupations vitales. La nutrition et l’activité physique adaptée sont deux autres aspects incontournables de cette prise en charge. De plus, depuis plus de deux ans, des ateliers d’éducation thérapeutique se sont structurés avec des proches et des aidants, avec des associations et autres réseaux, des partenaires…pour aborder entre autre vie de couple, organisation familiale, retour au travail avec les patientes.

Cancers chez la femme : données générales et chiffres clefs en France
Source : Panorama des cancers en France (édition 2021) de l’INCa
 
- Les cancers en France : 2e cause de décès chez la femme, 1ère cause chez l’homme

- 382 000 nouveaux cas de cancers dont 46% chez les femmes (soit 177 400 cas) en 2018

-  Les cancers les plus fréquents chez la femme : sein (33%); colorectal (11%), poumon (8,5%)

- L’incidence du cancer du poumon progresse fortement chez les femmes (+ 5% par an) et transforme considérablement l’épidémiologie du cancer.

- En 2018, le nombre de nouveaux cas d’hémopathies malignes (cancers du sang) en France métropolitaine est estimé à près de 45 000 (25 000 chez l’homme et 20 000 chez la femme).
 
- Grâce aux diagnostics de plus en plus précoces, aux progrès thérapeutiques considérables avec notamment l’arrivée de nouvelles molécules et une meilleure prise en charge à tous les niveaux, on observe une diminution globale de la mortalité : de -2% par an chez les hommes et -0,7% chez les femmes.

- 3 dépistages disponibles chez la femme : sein, col et côlon

Alexia Fabre, première femme nommée à la tête des beaux-arts

Alexia Fabre, conservatrice en chef de longue date du Musée d’Art Contemporain du Val-de-Marne (MAC / VAL), à Vitry-sur-Seine, France, a été nommée directrice de l’École des Beaux-Arts de Paris. Alexia Fabre devient la première femme à diriger la prestigieuse école d’art au cours de ses près de 400 ans d’histoire.


Diplômée de l’École du Louvre et de l’Institut national du patrimoine, Alexia Fabre a dirigé le Musée départemental des Hautes-Alpes à Gap de 1993 à 1998.
Elle a quitté son poste pour rejoindre le MAC/VAL, inauguré en 2005, dont elle a assumé le rôle de conservateur en chef.

Elle a également contribué à rehausser le profil national du musée grâce à un programme de conservation axé sur l’Art contemporain. On se souvient par exemple, des expositions de la vidéaste et photographe Tania Mouraud, de la performeuse Esther Ferrer et de l’artiste multidisciplinaire Nil Yalter.

Avec Frank Lamy, responsable des expositions temporaires au MAC/VAL, Alexia Fabre a relooké la collection pour inclure plus d’œuvres d’artistes et privilégier en général une ligne hétérogène.

De 2007 à 2012 Alexia Fabre a enseigné à l’École du Louvre.
En 2009 et 2011, elle et Lamy sont co-directrices artistiques de la Nuit Blanche à Paris mais également commissaire d’expositions privées du peintre et metteur en scène français Ange Leccia et du sculpteur Christian Boltanski.

En 2015, Alexia Fabre est nommée commissaire de Manif D’art 8 – Biennale de Québec.

L’École des Beaux-Arts est l’une des institutions artistiques les plus légendaires de France. Parmi ses anciens élèves les plus célèbres figurent Jean-Antoine Watteau, Henri Matisse et Neïl Beloufa.

En tant que Directrice de cette véritable institution, Alexia Fabre devra faire face aux critiques qui ont frappé l’institution en termes de diversité et d’équité.
Une période de grands changements dans les directions des musées parisiens et un pas vers la parité puisque une autre femme, Claire Bernardi, vient de prendre la direction du musée de l’Orangerie.

Alexia Fabre succèdera à Jean de Loisy, dont le mandat est arrivé à échéance le 2 janvier dernier.

Nadia Nadim, star du foot au parcours beau comme la liberté..

Nadia Nadim, footballeuse danoise avec 98 apparitions internationales à son actif, est devenue médecin après 5 ans d’études tout en continuant de briller au football. Nadia Nadim, qui a fui l’Afghanistan lorsqu’elle était enfant, a joué un rôle crucial au sein du Paris Saint-Germain en remportant le titre de Division 1 pour la première fois de son histoire, marquant 18 buts en 27 matchs.

« Merci à tous ceux qui m’ont soutenu depuis le premier jour et à tous les nouveaux amis que je me suis fait en cours de route. Je n’aurais pas pu le faire sans vous, et je serai toujours reconnaissante de votre soutien », a-t-elle tweeté le 14 janvier.

Née à Herat en Afghanistan, elle y a vécu jusqu’à ce que son père, un général de l’Armée nationale afghane (ANA), soit exécuté par les talibans en 2000. Après cela, sa famille fui au Danemark via le Pakistan, où elle débute son parcours footballistique en jouant pour B52 Aalborg et L’équipe de Viborg. « Nous avions prévu de nous enfuir à Londres, où nous avions quelques parents, et avec de faux passeports, nous sommes venus en Italie via le Pakistan« , raconte Nadia sur son site Internet. « A partir de là, toute ma famille et moi sommes allés dans un camion, pensant que nous allions vers Londres. « Après quelques jours, nous avons tous quitté le camion, nous attendant à voir Big Ben. Nous ne l’avons pas vu. Tout ce que nous avons vu, ce sont des arbres. Nous avons demandé à un passant et avons découvert que le bus nous avait déposés au Danemark. » Après avoir joué au Danemark pendant environ 7 ans, Nadia Nadim déménage à Manchester City en janvier 2018 et fait ses débuts avec Manchester City le 7 janvier 2018 lors d’une victoire 5-2 contre Reading. Un an plus tard, elle s’installe en France et rejoint l’équipe du Paris Saint Germain en 2019.

Jugée comme l’une des femmes les plus puissantes par Forbes, Nadia Nadim réalise un travail remarquable d’ambassadrice pour les Nations Unies et utilise ses atouts afin de contribuer à l’amélioration de la société.

Récemment, Nadia Nadim s’est associée au PSG et à KLABU, une organisation qui aide à construire des clubs sportifs pour les enfants dans les camps de réfugiés.

Plus qu’une athlète exceptionnelle, Nadia aimerait qu’on se souvienne d’elle comme d’une gentille guerrière qui a donné l’exemple à tous ceux qui viendront après elle.

Raquel Hab, la vie comme un roman

Raquel Hab, a 34 ans et vis et travaille à Paris dans une galerie d’art contemporain en tant que responsable administrative et juridique.

Passionnée d’art, de lecture, de voyages, de musique, de lego à ses heures perdues et tout récemment d’écriture, elle a eu la chance de voir son premier roman publié aux nouvelles éditions Hachette BMR dédiées à la romance.
Ces trois tomes reflètent tout ce qu’elle aime dans la vie et mets la femme à l’honneur avec un personnage qui a du caractère. Elle a souhaité nous raconter sa fabuleuse histoire …

Crédit photo : Vincent Bousserez – DR.

« Mais tu avais déjà écrit avant ? »
Je n’ai pas fait d’études littéraires, ni écrit quoi que ce soit auparavant, si ce n’est pour
accompagner un cadeau.
Nous sommes au début de l’année 2019, je viens de perdre ma grand-mère, tout va mal
dans ma vie, mon travail, ma vie sentimentale. Je vois les autres avancer, se marier, avoir
des bébés, j’ai l’impression de stagner. Je déprime silencieusement dans mon coin.
Puis je décide de me ressaisir, j’ai toujours voulu faire un voyage culturel et artistique,
c’est l’occasion ou jamais. Je cherche sur google et je tombe sur un site qui propose la
Pologne, 4 jours c’est parfait et je ne connais pas ce pays en plus. Direction Varsovie.
Le voyage est prévu pour mai. Mais en avril, il se passe quelque chose d’étrange, j’ai
comme des flash, des personnages, une histoire, je vois des scènes défiler devant moi
toute la journée. Je pars en Pologne en espérant que cela va s’atténuer ou disparaître
mais c’est pire, je suis comme possédée, ça ne veut plus s’arrêter.
Le voyage est au-delà de mes espérances, j’ai libéré les chakras comme on dit, une
nouvelle énergie positive est née, j’ai visité, rencontré, échangé, je me suis éclatée autour
d’une passion commune, l’ art, la culture, la préservation du patrimoine.
Après mon retour, les images ne cessent pas, ça s’amplifie. Je n’arrive pas à m’en défaire,
je dois évacuer mais comment ?
1 mois et demi après les premiers flashs, je décide d’écrire. Et là, je ne peux plus
m’arrêter, comme si j’avais été frappée par la foudre de l’écriture. Mon roman s’intitule
31 jours, c’est une histoire d’amour avec des personnages haut en couleurs, sur fond
érotique, artistique, juridique.
L’action se déroule à San Francisco sans que je ne sache pourquoi. Je décide de partir
directement là-bas pendant les vacances. Une fois arrivée, le livre prend vie dans la ville.
Je vois mes personnages marcher à mes côtés, se rencontrer, tomber amoureux.
Je l’achève au bout de trois mois. Vient le temps de la relecture et l’écriture, puis ça
devient pire. J’ai des images du 2 e , du 3 e et du prequel. Je comprends que c’est une
trilogie. Un an après l’avoir commencé je décide de l’envoyer à des Maison d’éditions
sans grande conviction. Sachant que personne ne l’a jamais lu, Je souhaite tout de même
avoir un refus.
J’essuie des refus jusqu’à le mail qui a changé ma vie. Hachette me contacte et me
demande si mon manuscrit est disponible. Mon cœur fait un bond en avant. Je réponds
positivement. On me recontacte deux semaines après. On veut le publier avec le label
romance d’Hachette qui s’appelle BMR. Une éditrice me contacte, elle a adoré. Mais
surtout, elle veut publier toute la trilogie.
31 jours sort le 2 juillet 2021 en numérique puis en papier…, le 2e sort le 2 aout, le 3e le 20
octobre (troisième tome que j’écris en 20 jours).
Les commentaires dessus sont incroyables, on me dit que ma plume est ensorcelante,
que je suis une magicienne des mots, mon histoire est captivante, elle casse les codes de
la romance. Les hommes adorent, je me fie aux commentaires sur les plateformes, c’est
une aventure folle qui commence.

Et pour répondre à la première question…Non, je n’avais jamais rien écrit auparavant.

Crédit photo : Raquel Hab. DR.

Trilogie 31 jours Tome 1, 2, 3 – Auteur Raquel Hab – Editions Hachette BMR

Focus sur le premier congrès « Femmes en sciences »

Le premier congrès Femmes En Sciences aura lieu les 18, 19 et 20 février 2022 au Centre des Congrès de la Villette, dans le 19e arrondissement de Paris.

La Journée internationale des Femmes et Filles de science a lieu chaque année le 11 février et c’est l’occasion de rappeler que le monde a besoin des sciences, et que les sciences ont besoin des femmes et des filles.

Cette année, le projet “Femmes En Sciences”, porté par l’Association Fédérative Nationale des Étudiant.e.s Universitaires Scientifiques (AFNEUS), organise son premier congrès, pour une valorisation de la femme dans les études scientifiques puisque moins de 40 % des étudiant.e.s en sciences sont des femmes (chiffres 2020).

Ouvert à tout.e.s et gratuit, vous pourrez ainsi assister à des conférences, des tables rondes, des ateliers de science participative, des expositions, des stands variés, des temps d’échange ainsi que des projections de documentaires et autres, pendant 3 jours.

Au travers des ateliers, vous découvrirez de nombreuses femmes scientifiques, leurs contributions, leur parcours ainsi que leur importance dans l’ensemble des domaines scientifiques. Vous pourrez également échanger avec elles sur leur quotidien, sur leur métier, leurs études et sur le monde scientifique dans sa globalité.

Des ateliers de sciences participatives permettront de découvrir tous les aspects de la science, de manière ludique et révèleront peut être des passions cachées ou feront naître des vocations.

Des conférences seront données par des chercheuses, des doctorantes, des ingénieures, des techniciennes, etc. vulgarisées afin de les rendre accessibles à toutes et tous. Ces femmes expertes parleront de leur domaine de travail et de leur métier.

Des expositions sur les « Femmes scientifiques d’hier et d’aujourd’hui » ainsi que « La Science taille XX Elles » seront également au programme.

Des ateliers permettant de découvrir tous les aspects de la science; expériences ludiques et surprenantes permettront aux plus jeunes de mettre un premier pas dans la science, et aux moins jeunes de voir le monde autrement.

Le congrès « Femmes en science » démarrera le vendredi 18 février à 10h par une plénière d’ouverture. Antoine Petit, PDG du CNRS ; Paul Mayaux, président de la FAGE ainsi que Anaëlle GATEAU, présidente de l’AFNEUS prendront la parole.

Chaque jour, 1000 places sont disponibles pour venir assister à cet évènement. Bien que totalement gratuit, il faut obligatoirement réserver son billet afin de pouvoir accéder au centre des congrès.

Charlotte, sage-femme : « j’ai peur car notre système va craquer, et nous aurons des morts. »

Charlotte, sage-femme libérale entend dénoncer les conditions de travail d’une profession au bord du gouffre et souhaite agir avant le drame.

Alors que l’ONSFF, l’une des deux principales organisations syndicales de la profession à appelé à une « semaine noire » pendant les fêtes, la plupart des maternités de France sont en grève illimitée depuis le 24 décembre.

Leurs revendications portent avant tout sur le manque de moyens et la revalorisation d’une profession mal (re)connue encore aujourd’hui, comme nous l’explique Charlotte : « Beaucoup de sages-femmes sont en arrêt de travail pour burn out ou dépression et non remplacées (les candidatures ne se bousculent plus à ces postes éreintants et mal reconnus). Beaucoup sont sur le point de faire une reconversion professionnelle, car ce métier qu’ils et elles chérissent les tue à petit feu. Beaucoup d’étudiants et étudiantes sages-femmes réfléchissent déjà à changer de métier avant même d’avoir exercé.« 

Charlotte est sage-femme libérale dans un désert médical en Sarthe depuis 4 ans. Elle a auparavant exercé en tant que sage-femme territoriale au sein d’une PMI (Protection maternelle et Infantile) auprès des femmes les plus précaires et vulnérables puis comme sage-femme hospitalière dans une maternité durant 3 ans.

Au plus près du terrain, Charlotte voit passer des témoignages alarmant chaque jour à l’image de « celui d’une sage-femme, qui a dû quitter une jeune accouchée faisant une hémorragie pour courir au bloc opératoire extraire en urgence par césarienne le bébé d’une autre patiente. D’autres qui avouent ne plus être assez nombreuses pour pouvoir surveiller tous les rythmes cardiaques des bébés in utero en salle d’accouchement durant parfois 30 minutes consécutives. Si ces cœurs faiblissent, rien n’est vu, et donc rien ne peut être fait. C’est gravissime. Début novembre, une patiente enceinte de jumeaux, en menace d’accouchement prématuré, ne pouvait être accueillie en urgence près de chez elle, faute de
professionnels dans les maternités plus proches, de lits disponibles, et de respirateurs pour bébé… Elle a tenu bon sur 200 km, de Laval jusqu’à Vannes.
« 

Charlotte Besson, sage-femme libérale dans la Sarthe DR.

Le Conseil national de l’Ordre des sages-femmes a tiré la sonnette d’alarme dès cet été. En effet de nombreuses maternités rencontrent d’immenses difficultés à recruter des sages-femmes avec des conséquences dramatiques : les effectifs réduits ne permettent plus de garantir la sécurité des patientes. Aujourd’hui, les sages-femmes sont nombreuses à quitter l’exercice en maternité, épuisées par des conditions de travail de plus en plus critiques. A l’approche de l’été, période sensible en raison des congés estivaux, les sages-femmes nouvellement diplômées permettent en général d’assurer la continuité des activités dans les établissements mais cette année, pour la première fois, ces dernières n’ont pas assez nombreuses pour prendre la relève dans les maternités, préférant s’orienter vers l’exercice libéral. Les contrats précaires, la faible rémunération et le sous-effectif permanent – source majeure d’insécurité à la fois pour les soignants et les patients – en sont les principales causes.

Et Charlotte de nous détailler la situation actuelle sur le terrain : « concrètement, aujourd’hui, être sage-femme en hôpital ou clinique c’est : être seule pour assurer la sécurité de 3 à 4 patientes qui sont en travail, et qui parfois peuvent avoir besoin de nous en même temps. Surveiller seule la sécurité de 20 à 30 patients (10 à 15 jeunes mamans et 10 à 15 nouveaux-nés), avec de plus en plus de pathologies complexes associées. Travailler 12 heures de suite, (en alternant les gardes de 12h de jour comme de nuit), en courant d’une urgence à l’autre, sans pause (ni repas, ni pipi), en sachant pertinemment que vous serez rappelée pour revenir travailler sur vos quelques jours de repos. En effet, la structure qui vous emploie est au bord de la fermeture pour manque d’effectif, et si vous ne revenez pas travailler sur vos jours de repos, on vous accusera d’être en partie responsable de la fermeture d’un service hospitalier, voire de la maternité entière. Ne plus réussir à dormir par manque de jours de repos.
Pleurer sans pouvoir s’arrêter en découvrant son planning de travail (qui paraît chaque mois seulement 15 jours avant), en y découvrant beaucoup d’heures supplémentaires.
« 

Elle en profite pour rappeler qu’en 40 ans, du fait de décisions politiques désastreuses, deux tiers des maternités de France ont déjà fermé et qu’un grand nombre des maternités françaises restantes sont sur le point de fermer, par manque de professionnelles.

A l’image de nombreuses sage-femmes en France, Charlotte appelle le gouvernement à prendre des mesures urgentes afin d’éviter le drame :  » Il s’agit de revoir de toute urgence les décrets de périnatalité obsolètes (datant de 1998) , qui régissent le nombre de sages-femmes par établissement. C’est la révision de ces décrets qui permettra de régler le problème des sous-effectifs dans les
services, pour de bonnes conditions de travail et de sécurité. Aucune proposition politique ne va dans ce sens pour le moment, malgré beaucoup de d’agitation autour du rapport sur les 1000 premiers jours ! La détresse de la profession ne sera pas apaisée tant que ce sujet ne sera pas étudié sérieusement…
« 

La revalorisation de 500 euros nets mensuels par sage-femme hospitalière annoncé par le ministère de la santé ce 22 novembre 2021, suite à la signature d’un protocole d’accord avec les syndicats hospitaliers (concernant la revalorisation de la profession de sage-femme), n’a pas calmé les esprits, bien au contraire ! « Près de 500 euros par mois, majoritairement sous forme de primes supprimables à tout moment, et non prises en compte pour le calcul de la retraite est bien inférieure à ce que notre responsabilité mérite » s’énerve Charlotte, « de plus, elle ne concerne pas totalement les nombreuses sages-femmes contractuelles, ni celles des établissements privés, ni les sages-femmes territoriales !
Un amendement proposant de revaloriser la rémunération des sages-femmes selon les recommandations de l’IGAS (jusqu’à près de 700 euros par mois) a même été rejeté fin octobre par les députés.
« 

Une avancée pour la profession qui entend toutefois bien continuer les négociations. Pour Charlotte, celles-ci doivent prendre davantage d’envergure, il ne faudrait pas que le gouvernement se croit débarrassé du problème : « Il s’agit de rémunérer les sages-femmes correctement. Nous partageons une partie de nos études et le statut de prescripteur avec les médecins et les dentistes. Malgré une formation équivalente en heures à celle des dentistes, notre profession, nettement plus féminisée, perçoit une rémunération bien inférieure. Ça ne paye donc pas d’être une profession féminine qui s’occupe de la santé des femmes.
Il faut d’urgence arrêter la précarisation de la profession, avec son recours massif au contrats précaires (CDD, se transformant parfois après nombreuses années en CDI plutôt qu’en statut de fonctionnaire, pour éviter d’avoir à verser des primes !)
Il faut mettre en place un nouveau statut médical pour la profession, en accord avec la grande responsabilité professionnelle qui pèse sur les sages-femmes, et la quantité de savoirs acquis au cours de la formation. Cela permettrait d’accroître l’attractivité, de favoriser l’accès à la formation professionnelle, d’accéder à un exercice hybride (ville/ hôpital), ou encore de participer à des activités de recherche pour celles qui le souhaitent.
Il faut supprimer la limitation des prescriptions, que ne subissent ni médecins, ni dentistes.
Si une 6eme année d’étude doit être ajoutée (en raison de l’abondance des connaissances à intégrer pour devenir sage-femme), il faut alors nous reconnaître le même niveau universitaire que les dentistes, qui eux aussi ont 6 ans d’études supérieures, couronnées par une thèse, leur conférent le statut de Docteur.
Il ne faut plus dire que les sages-femmes travaillent sous l’autorité médicale des gynécologues. Nos compétences ne sont pas les mêmes. Les gynécologues n’ont pas particulièrement de compétences en matière de pédiatrie, d’allaitement, et très peu en matière d’accouchement physiologique. Ce sont en revanche des spécialistes de la pathologie et des chirurgiens chevronnés. Nous sommes simplement leurs collègues, autonomes dans nos responsabilités.
« 

La lutte continue.


« La photographie n’est pas un art, c’est un artisanat. » Sabine Weiss n’est plus.

Celle qui restera l’un des derniers grands noms de la photographie humaniste est décédée ce mercredi 29 décembre à l’âge de 97 ans (source AFP).

Doyenne de l’école humaniste, incarnée par Robert Doisneau, Willy Ronis, Édouard Boubat ou Brassaï, Sabine Weiss (née Weber en 1924) se définit elle-même comme une photographe de la compassion, dénonçant l’injustice, la femme est tout autant généreuse que malicieuse. Sabine Weiss photographie des gens simples et pauvres avec émotion, tendresse et empathie, faisant ainsi exister par son regard les plus humbles, ceux que l’on ne voit plus. Sa exigence et sa maitrise du noir et blanc lui permettent de capter la spontanéité des gens, sobrement, sans mise en scène ni pose, tout près du sujet.

Elle s’exprime en 1965 sur son métier, les difficultés d’être une photographe femme, quelques-uns de ses reportages, les voyages qu’elle a fait… Elle photographie des poussins dans son atelier.

Peu connue du grand public, avec à son actif pas moins de soixante-dix ans de métier : photos de mode, portraits de musiciens, artistes et célébrités, photojournalisme, une vingtaine d’ouvrages, des publications dans Paris-Match, Life, Vogue, Time, Newsweek, etc, ses photographies font parties des collections les plus prestigieuses comme le MoMa de New-York, le Musée d’Art Moderne de Kyoto, le Musée Carnavalet, le Centre Georges-Pompidou, et bien d’autres.

Alké x Noël 2021 : « Pas besoin d’avoir l’air d’un homme pour jouer au foot ! »

Fan du ballon rond ? Savez-vous que les femmes jouent au foot depuis plus d’un siècle (depuis la fin du XIXe siècle en Angleterre et en Écosse). Le foot féminin connaît ainsi son âge d’or au début des années 1920, jusqu’au bannissement des femmes des terrains par l’association britannique de football, interdiction qui a duré de 1921 à 1971. En France, l’interdiction faite aux femmes de pratiquer le football, a été instaurée sous le Régime de Vichy.

Ce n’est que très récemment que le premier Ballon d’or féminin est attribué en décembre 2018 à l’attaquante norvégienne Ada Hegerberg. Selon les estimations établies par un rapport de l’Unesco, il existe aujourd’hui, 33 millions de pratiquantes dans le monde, dont 125 000 en France.

Soutenir le développement du sport féminin, c’est le parti pris par La marque de mode engagée et militante, Alké qui souhaite dédier 1% de son chiffre d’affaire au soutien d’actions en faveur du développement du sport féminin et de l’émancipation des femmes.

DR.

Les créatrices ont ainsi choisi de miser sur le football féminin : « parce que c’est un sport universel, car on peut y jouer n’importe où et avec n’importe quoi, et que tout le monde est à peu près compétent pour en parler ! Il porte en lui des valeurs fortes telles que l’esprit d’équipe, la discipline, le respect, la solidarité et surtout le plaisir de jouer et de se dépasser.« 

Avec comme credo : « Pas besoin d’être un homme pour jouer au foot. Pas besoin d’avoir l’air d’un homme pour jouer au foot. » Après une première collection axée sport qui reprend les basiques du vestiaire de la joueuse de foot, Alké diversifie son style avec une seconde collection streetwear unisexe. Des collections capsules et série spéciale « octobre rose » viennent compléter l’offre.

Pour Noël, Alké inaugure un pop-up store eco-féministe, en partenariat avec des Femmes et des Médias qui font vivre le Football. Du 11 au 19 décembre, Alké investira le Canal Saint Martin. La galerie photo B&B dans le 10ème arrondissement, accueillera pour l’occasion les collections Alké, une exposition de certains clichés pris par le photographe Christophe Berlet, et de nombreux ouvrages autour du féminisme, du football et du sport. Une braderie de Noël, avec des archives, permettra également de se procurer des articles en édition limitée.

100% féminin, découvrez les lauréates du Grand Prix du Roman aufeminin-Michel Lafon 2021

​Depuis 11 ans, le Grand Prix du Roman aufeminin révèle de nouveaux talents de la littérature tels qu’Olivier Norek, Virginie Grimaldi et Camille Anseaume. Pour la quatrième année, les éditions Michel Lafon se sont associées au prix en accompagnant le lauréat de ce concours vers la publication de son premier roman.

C’est la vocation première du Grand Prix du Roman d’aufeminin, qui depuis 11 ans, permet de découvrir et mettre en lumière les belles plumes de demain ! Ce Prix a été par le passé, l’occasion de révéler de véritables talents littéraires puisque parmi les auteurs découverts par le jury du Prix aufeminin, on compte Olivier Norek, auteur de romans policier à succès, troisième lauréat du concours en 2011 avant d’être édité et publié et l’on ne peut que se souvenir également de Virginie Grimaldi, deuxième lauréate du concours en 2014, aujourd’hui la romancière la plus lue de France en 2019 et 2020 (Palmarès Le Figaro GFK) et auteure traduite dans plus de vingt langues dans le monde. 

Cette année, le concours changeait de formule puisque les candidats devaient présenter non pas un livre complet mais le synopsis et un chapitre au choix de leur projet littéraire. Plus de 350 manuscrits sont ainsi arrivés dans les bureaux d’aufeminin.

Raphaëlle Giordano, marraine du Grand Prix aufeminin 2021 et Élisa Sagnelonge, lauréate 2021


Les écrivains en herbe ont tous été inspirés par le thème de cette édition : l’audace. Et ils n’en ont pas manqué pour soumettre leurs récits (synopsis et un chapitre de leur roman) à un jury de professionnels, composé de personnalités du monde littéraire, des médias et de la culture, présidé par Raphaëlle Giordano, l’auteure du best-seller « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une » et marraine de cette édition 2021. Le jury a défendu avec passion ses choix pour désigner, parmi les seize finalistes, quatre lauréates :

1ère lauréate : 
Élisa Sagnelonge : « Le livre de Jade »
Publication du roman aux éditions Michel Lafon et Pocket au printemps 2022

« Je suis tellement heureuse d’avoir remporté le Grand Prix du Roman aufeminin qui va me permettre de publier mon premier livre. La rédaction n’est pas encore terminée mais je vais pouvoir bénéficier de tout le soutien, de l’expérience et des conseils de Raphaëlle Giordano qui m’accompagne désormais dans cette aventure jusqu’à la publication de mon premier roman », a déclaré Elisa Sagnelonge à l’annonce des résultats. 

2ème lauréate : 
Florence Fischel : « Des milliers de ronds dans l’eau »
Participation à un atelier d’écritures à l’École des Mots

3ème lauréate : 
Diane Frachon : « Direction n’importe quoi », retitré « Des crocodiles sur le bitume »
https://www.instagram.com/diane_raconte
Dotation de 20 livres du catalogue Michel Lafon et Pocket

Le Prix des Internautes : 
Claire Vergier : « EGOTRIP »

Ce Grand Prix du roman aufeminin se veut accessible à tous.tes, même celles.ceux qui écrivent en secret, à l’abri des regards de leurs proches. Les seules conditions pour participer sont qu’il suffit de n’avoir jamais été édité, sauf en auto-édition, de n’avoir jamais gagné un prix aufeminin.
En attendant l’édition 2022, aiguisez vos meilleures plumes !

Sylvaine Grévin, présidente de la Fédération Nationale des Victimes de Féminicides : « La réponse judiciaire n’est pas adaptée »

Elle parle d’une voix douce mais convaincue, Sylvaine Grévin, Présidente de la Fédération Nationale des Victimes de Féminicides (FNVF) est bien décidée à faire bouger les choses et évoluer la société.

Un projet ambitieux ? Pas si l’on prend le temps de comprendre son parcours. Sylvaine est avant tout une femme meurtrie dans sa chair. Suite au décès de sa soeur Bénédicte Belair le 4 avril 2017, une instruction judiciaire est en cours pour meurtre sur conjoint depuis 2018 au parquet de Senlis.
Elle est donc la mieux placée pour écouter et assister les familles victimes collatérales de ce type de drame. Très sensible, celle qui a pour habitude « d’évacuer sur son mari les histoires entendues dans la journée » ne manque pas de courage et il en faut une sacrée dose. Mais Sylvaine, cadre dirigeante, est de ces femmes fortes, forgée aux us et coutumes des méthodes d’entreprise.

Fondatrice de la FNVF, Sylvaine Grévin est cosignataire – en compagnie de l’AFVF – d’une tribune adressée au Gouvernement, vendredi 3 novembre (disponible ici). Pour mieux comprendre le contexte, Sylvaine nous rappelle que « ce lundi 29 novembre à Portel-des-Corbières dans l’Aude une femme d’une quarantaine d’années a été tuée à l’arme blanche par son conjoint, le drame a eu lieu au sein du domicile du couple où il vivait avec leurs deux enfants de 7 et 10 ans. Il s’agit de la 106ème victime de féminicide depuis le 1er janvier 2021. »

A peine quelques jours avant elle, Sylvaine nous raconte avec horreur les circonstances du décès de Bouchra, mère de deux filles âgées de 5 et 14 ans, sous les coups de poignards de son ex-conjoint, qui sortait de prison: « Bouchra bénéficiait d’un dispositif de protection dont le fameux téléphone « grave danger ». Libéré le 5 octobre, son ex-conjoint avait violé son interdiction d’entrer en contact avec Bouchra ce qui avait déclenché ce dispositif. Il a été écroué le 8 octobre et quelques jours après le juge d’application avait révoqué deux mois sur les six de sursis. Il devait donc sortir le 7 décembre mais avec les remises de peine, l’ex-compagnon de Bouchra est sortie le 17 novembre, sans qu’elle n’en soit avertie. »

Et Sylvaine de se poser des questions bien légitimes : « pourquoi ce récidiviste ne portait-il pas de bracelet électronique ? Comment se fait-il que personne (NDLR : ni son avocat, ni le tribunal) n’est averti la jeune femme ? La majorité des victimes doivent faire elles-mêmes la démarche de contacter le Juge aux Affaires Familiales pour savoir si leur ex-conjoint est sorti de prison. » Et de conclure avec son empathie habituelle: « Bouchra n’aurait jamais dû mourir ! « 

A l’heure où la championne de judo Margaux Pinot, soutenue par de nombreuses personnalités du monde sportif, dénonce des faits de violences commis par son compagnon et entraîneur Alain Schmitt, le tribunal de Bobigny estime “n’avoir pas assez de preuves de culpabilité” pour inculper le compagnon de Margaux Pinot qui pose la question à son tour : « Que manquait-il ? La mort au bout, peut-être ? » Le parquet a fait appel de la relaxe.

En France, les chiffres des violences conjugales s’envolent.

Selon le ministère de l’Intérieur, elles ont ainsi augmenté de 10% sur l’année 2020 (confinement oblige). Environ 87% des victimes de violences conjugales sont des femmes.

Dans un rapport produit le 9 octobre 2020 le haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes indique que 80% des plaintes de violences conjugales sont classées sans suite.

La FNVF a noté une augmentation des crimes conjugaux avec un taux de récidive sur les 105 auteurs recensés de 26%.

Selon le rapport du ministère de l’Intérieur, sur les morts violentes au sein du couple pour 2020, les femmes représentent 82% du total des victimes.

Pour Sylvaine Grévin, « jamais autant de mesures n’ont été mises en place : bracelets électroniques, téléphone « grand danger », pour autant – et elle insiste – l’accompagnement des victimes, les réponses judiciaires, le suivi des auteurs et l’application des mesures décidées par le gouvernement, ne sont pas adaptées ni évaluées comme il le faudrait. Les délais d’obtention du « téléphone grand danger », par exemple, sont beaucoup trop longs (Sylvaine nous raconte alors l’histoire de Laly1, femme victime de violences, qui a mis 4 mois pour obtenir enfin le téléphone grave danger après en avoir fait la demande auprès d’une association – NDLR), les hébergements d’urgence ne sont pas toujours adaptés, avec des décisions judiciaires incompréhensibles qui interdisent à l’auteur des violences de s’approcher de sa compagne mais qui en parallèle l’autorise à rendre visite à ses enfants dont on sait qu’ils sont les victimes directes des violences subies par leur mère. »

Face à un véritable phénomène sociétal en hausse, Sylvaine nous évoque le modèle Espagnol où le nombre de féminicides a baissé de 25 % depuis 2004. Selon ONU Femmes, l’Espagne bénéficie d’une des lois les plus protectrices dans le monde. Une loi-cadre intitulée : « Mesure de protection intégrale contre les violences conjugales » a en effet été votée en 2004. Elle a été complétée en 2017 par une loi « pacte d’État » contenant 290 mesures interministérielles.

« Il faut évaluer la dangerosité des potentiels auteurs de féminicides, mais la justice manque de moyen et de psychiatres sur le terrain car le métier de psychologue public est peu reconnu et malheureusement sous-payé« , nous détail Sylvaine, « il y a encore trop d’effets d’annonces suivis de peu d’applications des mesures. Le ministère public n’a pas de moyens humains et il n’y a pas de coordination entre les services. Savez-vous que les familles des victimes de féminicides sont tenues de nettoyer elles-mêmes la scène de crime ou de prendre à leur charge la société de nettoyage ? Cela rajoute au traumatisme.. » nous raconte celle qui se retrouve confrontée à cette réalité violente et inhumaine au quotidien.

Nommée au sein du groupe de travail du gouvernement sur le sujet, ses propositions sont entendues mais sont-elles véritablement prises en compte ? Parmi les nombreuses demandes de la FNVF dans la Tribune à paraître dans Le Monde, Sylvaine Grévin insiste sur l’urgente nécessité de faire évoluer le fonctionnement actuel de la justice concernant l’application des lois et une meilleure prise en compte des victimes et parties civiles. Elle s’associe en cela à l’appel des 3000 magistrats et leur tribune (parue le 23 novembre dans Le Monde, NDLR) soulignant un certain nombre de problématiques sur la désorganisation générale et l’archaïsme de cette lourde machine judiciaire mais souhaite aller encore plus loin.

« Nous souhaitons la nomination d’une commission interministérielle indépendante en charge des violences conjugales et des Féminicides (…) Nous souhaitons à l’instar de l’Espagne la création d’un tribunal spécifique aux violences intra-familiales avec la mise en place d’une filière de formation débouchant sur la fonction de juge spécialiste en violences conjugales afin que ce fléau soit traité à part entière ce qui permettrait une prise charge plus efficiente et allègerait la surcharge actuelle des tribunaux judiciaires. »

Cadre dirigeante dans sa vie professionnelle, Sylvaine nous évoque les reportings effectués en entreprise auprès de sa hiérarchie : « L’objectif de cette commission serait d’effectuer un contrôle qualitatif des mesures décidées par le gouvernement en fournissant un rapport semestriel à chaque ministère concerné. Nous le faisons tous tous les jours dans le cadre professionnel privé, pourquoi n’en serait-il pas de même dans le domaine public ? »

Collage Paris 2019 – Ittmust

On les oublie encore trop souvent.. D’après Josiane Bigot, présidente de la CNAPE et magistrate, on estime à 4 millions le nombre d’enfants qui seraient au total témoins de violences conjugales en France. Pour Sylvaine Grévin ces premières victimes collatérales sont à protéger plus efficacement : « Nous devons aller plus loin que le décret n° 2021 -1516 du 23 novembre 2021 tendant à renforcer l’effectivité des droits des personnes victimes et souhaitons la suspension immédiate pour le conjoint violent des droits de visite et d’hébergement de ses enfants. L’interdiction de visite médiatisée pour les conjoints condamnés avec retrait systématique des droits parentaux aux conjoints maltraitants.« 

Combattive, sans une once d’agressivité, Sylvaine, qui se dit féministe, n’est pas une femme résignée. Afin de légitimiser le combat, elle souhaite avant tout « porter les voix de celles qui ne sont plus » avec la ferme conviction que « la sororité et l’espoir peuvent changer les choses« . Pour cette femme sensible, les associations féministes sont d’une aide précieuse qu’il ne faut pas sous estimer, « ensemble et dans la bienveillance on peut faire beaucoup en se soutenant les unes, les autres« .
Gageons qu’avec une telle humanité, de telles actions et une motivation chevillée au corps, la porte parole de celles qui ne sont plus, fera résonner à nouveau leurs cris très haut.

1 Pour des raisons d’anonymat, le prénom a été changé.

Site de la Fédération Nationale des Victimes de Féminicides : www.fnvf.org

Page Facebook de la Fédération Nationale des Victimes de Féminicides : www.facebook.com/FNVF.Asso

Tribune au gouvernement

Si vous êtes victime de violences, ou si vous êtes inquiet pour une membre de votre entourage, il existe un service d'écoute anonyme, le 3919, joignable gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. D'autres informations sont également disponibles sur le site du gouvernement, où il est également possible de déposer un signalement.

#LesFemmesAvecZemmour : Mythe ou réalité ?

Dans le cadre de son travail d’analyse des forces politiques françaises, la Fondation Jean-Jaurès publie « Les questions de genre et de lutte contre le sexisme dans le vote à la présidentielle, un frein au zemmourisme ? », une note rédigée par Louise Jussian, chargée d’études à l’Ifop et membre de l’Observatoire de l’opinion.

Face à l’ascension dans les sondages d’un candidat aussi ouvertement misogyne qu’Éric Zemmour, la question se pose de savoir comment l’électorat féminin appréhende la candidature de l’auteur du Premier sexe (2006) et, plus largement, quel rôle vont jouer les enjeux relatifs aux droits des femmes et à la lutte contre le sexisme dans cette première campagne présidentielle de l’ère post-MeToo.  Dans une pré-campagne souvent marquée par une concurrence entre hommes et femmes au sein de chaque camp (ex : Y. Jadot versus S. Rousseau pour la primaire EELV, X. Bertrand versus V. Pécresse pour la primaire LR, E. Zemmour versus M. Le Pen pour les nationalistes), on peut se demander si le genre des candidat(e)s joue encore un rôle dans un processus de décision électorale marqué cette année – il faut le rappeler – par des appels à « la virilité » (J.-M. Le Pen, juin 2021) ou des assertions selon lesquelles « les femmes n’incarnent pas le pouvoir » (Éric Zemmour).  Confirmant les enseignements tirés de grandes enquêtes publiées récemment, une étude de l’Ifop menée pour le magazine Elle auprès de 2 000 personnes montre que si l’électorat féminin n’échappe pas à une certaine extrême-droitisation, il n’en n’exprime pas moins une forte aversion à l’égard d’Eric Zemmour, qui fait craindre à beaucoup d’électrices une remise en cause des droits des femmes, droits qui constitueront pour les jeunes femmes de la génération #MeToo le critère déterminant de leur vote le 10 avril 2022.    

Louise Jussian part du constat que l’électorat féminin est moins perméable aux discours du « presque » candidat Éric Zemmour, ce dernier faisant craindre à bon nombre d’électrices une remise en cause des droits des femmes. La candidature d’Éric Zemmour réactive ainsi le « radical gender gap », alors même que Marine Le Pen était parvenu à le neutraliser, l’électorat féminin apparait moins perméable à l’extrême droite de Zemmour : 12% des femmes ont l’intention de voter pour le polémiste, contre 17% des hommes. On peut donc se poser légitiment la question, Éric Zemmour, fait-il peur aux femmes ? Plus d’une femme sur trois (66%) se dit inquiète pour les droits des femmes à l’idée que ce dernier soit élu président de la République. Le droit des femmes reste déterminant pour les jeunes femmes (86% des moins de 25 ans le prendront en compte dans leur vote pour 2022) mais pas pour toutes les femmes (47% des Françaises seulement jugent ce thème déterminant dans leur vote). Ces résultats révèlent l’absence d’effet MeToo notable dans l’ensemble de l’électorat féminin, malgré une très forte mobilisation des plus jeunes.   Emmanuel Macron arrive en tête des intentions de vote (25% des femmes ont l’intention de voter pour lui) malgré un bilan mitigé en matière de droits des femmes : moins d’une Français sur deux (47%) est satisfaite de l’action du président de la République.  

Il est à noter cependant la fin du mythe de la prime à la « virilité » dans la compétition pour l’élection présidentielle : 41% des femmes ayant l’intention de voter pour une femme déclarent que le genre de leur candidate est déterminant dans leur choix. Il existerait donc aujourd’hui une prime à la féminité dans une dynamique d’habilitation des femmes dans le politique.    

Un électorat féminin moins perméable au zemmourisme   Cette étude Ifop pour Elle confirme la réémergence du « radical right gender gap » (expression signifiant une adhésion moindre des femmes à l’extrême droite par rapport aux hommes) en la candidature d’Éric Zemmour, mise en lumière récemment dans de grandes enquêtes (ex : étude Ifop pour la LICRA, étude Ipsos-Cevipof-Fondation Jean Jaurès) Le scrutin présidentiel de 2017 semblait avoir confirmé le nivellement des choix électoraux selon le genre. Marine Le Pen était en effet parvenue à capter l’électorat féminin sous sa candidature alors que la droite radicale avait toujours pâti d’un plus faible engagement du vote féminin. A six mois du premier tour de l’élection présidentielle de 2022, la chute du mur entre les femmes et l’extrême droite semble se confirmer comme le donnent à voir les intentions de vote (toutes précautions d’interprétation gardées dans l’analyse de ces dernières à ce stade de la campagne). Les partis comme le Rassemblement national (RN) ne font plus office de repoussoir auprès des femmes ; les votes de l’électorat féminin en leur faveur ont connu une forte augmentation depuis 2012. A cette époque, le bloc de la droite nationale populiste représentait 19% du vote féminin, pour ensuite s’élever à 27% en 2017 et atteindre aujourd’hui 34%. L’hostilité des femmes envers le RN n’est plus. Ce phénomène est sûrement boosté par la posture moins guerrière et plus apaisée affichée par Marine Le Pen par souci de présidentialisation, ainsi que par la précarisation accrue des femmes déjà en situation de fragilité, pour qui la gauche ne parvient plus à s’ériger en « défenseuse » si l’on observe ses difficultés à s’imposer dans les intentions de vote.

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus.
 

Toutefois, les données pré-électorales récoltées à ce stade révèlent une réactivation du gender gap à l’extrême droite en la candidature d’Éric Zemmour. Si Marine Le Pen était parvenue à neutraliser ce phénomène, le polémiste le ranime, sa candidature faisant office de repoussoir pour les femmes. Si l’élection présidentielle avait lieu demain, à l’instant T et selon le rapport de force actuel, ce sont 17% des hommes qui voteraient pour Eric Zemmour contre seulement 12% des femmes. Et le négatif photographique de ce résultat se retrouve dans les intentions de vote pour Marine Le Pen : 20% des femmes et 16% des hommes ont l’intention de voter pour elle, donnant à voir une différenciation selon le genre dans le vote d’extrême droite.  

Autre faiblesse de la base électorale du polémiste : les jeunes femmes « primo votantes ». En effet, un clivage générationnel émaille l’électorat féminin, et le poids de cette variable dans les choix électoraux semble presque se substituer à celui du genre dans les intentions de vote pour les autres bords politiques. Les femmes âgées de moins de vingt-cinq ans adoptent des comportements plus typiques que les autres générations, peut-être car leur récente politisation s’est opérée dans un contexte post-MeToo et rythmé par les marches pour le climat, en faisant un électorat encore à part. Quand on focalise sur le vote des femmes âgées de dix-huit à vingt-quatre ans, la hiérarchie entre les candidats semble s’inverser : Yannick Jadot recueille ainsi 22% de leurs intentions de vote quand sa candidature ne rassemble que 7% des voix chez l’ensemble des femmes. Quant à Eric Zemmour, il tombe à 7% des intentions de vote auprès de cette cible.

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus.

 Ainsi, Éric Zemmour, ou « l’agitateur » de cette pré-campagne, vient fractionner l’électorat d’extrême droite ; son ton guerrier et offensant envers les femmes l’empêchant de recueillir leur adhésion. Les électeurs et électrices de la droite nationaliste se retrouvent donc presque scindés en deux groupes : les femmes avec Marine Le Pen et les hommes avec Éric Zemmour.                         

Mais existe-t-il toujours un « vote des femmes » ?   Dans les années 1990, Janine Mossuz-Lavau identifiait trois phases dans la construction du vote des femmes, depuis son acquisition dans les années 1940 jusqu’à l’époque contemporaine de la rédaction de son analyse. La première phase dite de « l’apprentissage » s’étalant jusqu’aux années 1960 se définit par une participation des femmes bien inférieure à celle des hommes, et par une orientation plus droitière de leur vote. La deuxième phase de « décollage » voit, dans les années 1970, une hausse de la participation féminine et une première réduction de l’écart entre les hommes et les femmes sur le vote de gauche. Et la troisième phase de « l’autonomie », dont le tournant des années 1980 ancre encore le virage vers la gauche du vote des femmes, met également en exergue une certaine hostilité de cette frange de l’électorat à l’égard des forces politiques d’extrême droite. Aujourd’hui, et après le chamboulement du scrutin présidentiel de 2017, le vote des femmes s’inscrit-il toujours dans cet âge de l’autonomie ? Il serait impossible d’apporter ici une réponse, mais la précédente analyse d’un alignement de l’orientation du vote des femmes sur celui des hommes au travers de leur appétence pour l’extrême droite constitue un premier point de départ à cette réflexion. Un autre point de départ serait l’analyse du taux de participation des femmes aux scrutins des années 2010.  La phase d’autonomie conceptualisée par Janine Mossuz-Lavau met en exergue une quasi égale participation à des scrutins entre les hommes et les femmes. La variable du genre n’apparaitrait alors plus significative dans l’explication de l’abstention comme l’affirme Mariette Sineau. C’est en effet ce qui est mesuré depuis les années 1980 et qui se confirme lors des premiers tours des derniers scrutins présidentiels : en 2012, 79% des hommes se sont rendus aux urnes et 81% des femmes, et en 2017 ce sont 80% des hommes et 79% des femmes (sondages jour du vote, Ifop). C’est également ce que l’on observait en 2014 pour les élections municipales : 64% des hommes sont allés voter et 62% des femmes. Toutefois, 2015 et les élections régionales voient s’amorcer une baisse de la participation féminine sur les autres formes de scrutin que l’élection reine. Ainsi, aux élections régionales de 2015, ce sont 57% des hommes qui se sont déplacés pour voter contre 45% des femmes, soit un différentiel de 12 points, et aux élections européennes de 2019, nous retrouvons un écart de 8 points sur la participation. La crise du Covid apparait alors comme un catalyseur de cette baisse amorcée lors des précédents scrutins (12 points d’écart sur la participation aux élections municipales de 2020, et 6 points pour les dernières élections régionales), et met à jour la fragilité de l’engagement des femmes par rapport aux hommes dans le vote.                      

Eric Zemmour, demeure pourtant le candidat qui inquiète deux femmes sur trois. L’une des clefs d’explication de la réactivation de cette différenciation du vote entre les hommes et les femmes est à trouver dans la « zemmouro-scepticisme » exprimée par deux électrices sur trois. Diverses études ont montré que malgré sa capacité à capter son électorat dans quasi toutes les strates de l’opinion, la faiblesse de la candidature du polémiste réside dans sa difficulté à rallier le vote des femmes, réactivant ainsi une forme de « radical right gender gap » sur sa candidature, phénomène qui tendait pourtant à se résorber depuis ces dernières années. Pointé du doigts pour ses prises de position misogynes et violentes à l’égard des femmes, non seulement le polémiste souffre d’un déficit de voix chez les femmes, mais il provoque également chez elles une aversion forte. Ce sont en effet 66% des femmes qui se disent inquiètes pour leurs droits s’il était un jour élu à la présidence de la République. Cette « zemmouro-scepticisme » traverse largement toute la gent féminine, et imprègne particulièrement les femmes ayant une sensibilité féministe (70% d’inquiétude chez les « très féministes »).

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus.

             

Les droits des femmes : un rôle déterminant du vote des jeunes électrices mais pas de l’ensemble des femmes.  L’impact de cette crainte pour les droits des femmes est tout de même à nuancer car comme le montre l’étude Ifop pour Elle, toutes les femmes ne lui accordent pas la même importance dans la construction de leur vote. Comparativement à 2017, la place des droits des femmes dans les déterminants du vote féminin semble relativement constante. En effet, ce sont toujours 47% des femmes qui jugent cet enjeu « déterminant » dans le choix de leur vote à l’élection présidentielle. Si le positionnement des candidats en matière de droit des femmes reste déterminant, ce dernier est à relativiser une fois mis en concurrence avec d’autres thématiques dont le poids dans le vote a augmenté depuis 2017. Ainsi, la santé (déterminante pour 71% des femmes) a, sous l’effet de la crise liée à la Covid-19, augmenté de 8 points depuis 2017, comme la lutte contre l’insécurité et la délinquance, qui a connu une hausse de 12 points (70% des femmes déclarent que c’est un enjeu déterminant).  

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus

  Toutefois, cette hiérarchie des thématiques dans le déterminant du vote s’inverse totalement chez les femmes de moins de vingt-cinq ans. Beaucoup plus nettement touchées par le mouvement MeToo et l’émergence de collectifs féministes comme Nous toutes, les jeunes placent la défense des droits des femmes en tête de leurs déterminants du vote (86%, soit plus de 27 points depuis 2017). L’impact de la crise sanitaire se fait également sentir au sein de cette population (73% déclarent la santé comme déterminante, soit une hausse de 21 points depuis la dernière élection présidentielle). Enfin, depuis le dernier scrutin national, la protection de l’environnement s’est fortement imposée dans les ressorts du vote des jeunes femmes. Avec une hausse de 30 points, ce sont désormais 71% d’entre elles qui prendront en compte les positionnements des candidats sur la lutte contre le réchauffement climatique dans leur choix de vote pour 2022.

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus

A contre-pied des idées reçues, c’est dans le vote des femmes les moins diplômées et les plus précaires que la défense de la condition féminine sera le plus déterminante : 52% des femmes ayant un diplôme inférieur au baccalauréat jugent cet enjeu déterminant, contre 38% de celle diplômées du supérieur. Pareillement pour les employées qui sont 51% à prendre en compte le droit des femmes dans leur vote, contre 31% des cadres et professions intellectuelles supérieures. Ce résultat peut être compris comme la manifestation de la précarisation accrue des femmes étant dans des situations socio-professionnelles moins certaines et subissant une forme de double peine : celle de leur statut social plus précaire et celle de la domination subie incombant à leur genre. La candidature d’Emmanuel Macron ne pâtit pas d’un jugement mitigé sur son action en faveur des droits des femmes. Preuve que l’aspect déterminant des droits des femmes ne traverse pas l’opinion féminine de manière homogène, Emmanuel Macron parvient, malgré un bilan mitigé en la matière, à se hisser, pour l’instant, en tête des intentions de vote des femmes et des féministes. Au lendemain de son élection, Emmanuel Macron présentait la lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes comme la « grande cause du quinquennat ». A la veille du prochain scrutin, quel bilan les femmes en tirent-elles ? Ce sont moins de la moitié des Françaises (47%) qui se disent satisfaites de l’action du président de la République concernant « l’amélioration des droits des femmes ». Ce résultat mitigé reste cependant important quand on le compare aux autres domaines d’action du chef de l’Etat. L’amélioration de la situation des femmes en France arrive en effet en deuxième position des secteurs vecteurs de satisfaction après l’entretien des relations avec l’Union européenne (56%). Toutefois, cette satisfaction ne semble pas traverser l’opinion féminine de manière homogène : les plus jeunes (qui, on l’a vu précédemment, sont particulièrement attachées à cette thématique) sont 39% à se déclarer satisfaites contre 50% des 35-49 ans. Ce résultat fluctue également selon le positionnement politique des femmes interrogées, et plus particulièrement qu’elles soient sympathisantes ou non de la majorité présidentielle (96% des partisanes de La République en marche sont satisfaites contre 37% des sympathisantes d’Europe-Ecologie-Les Verts ou 41% du Parti socialiste). Le degré de féminisme joue également sur leur rapport au bilan du chef de l’Etat et tend à relativiser sa bonne évaluation : plus les femmes interrogées sont féministes, moins elles s’avèrent satisfaites de l’action menée par le gouvernement (34% des « très féministes » contre 50% chez les « non féministes »).    

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus

 Toutefois, ce bilan en demi-teinte ne semble pas se faire ressentir sur l’engagement des femmes à l’égard du président de la République puisqu’il recueille 25% des intentions de vote de ces dernières, le plaçant en première position chez les femmes. S’il apparaît « fort » chez ces dernières, il l’est particulièrement chez les électrices revendiquant une sensibilité accrue à la condition féminine puisque 31% des femmes « très féministes » ont l’intention de voter pour lui. Ces deux résultats « paradoxaux » donnent peut-être à voir la manifestation de deux formes de féminisme ne donnant pas la primeur aux mêmes problématiques, l’une étant satisfaite de l’action du gouvernement en matière de droit des femmes, l’autre jugeant ce bilan encore largement insuffisant au vu des enjeux et des promesses de début de mandat.   

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus

Le mythe de la prime à la « virilité » dans la compétition présidentielle. Dans un modèle de société où l’identité particulière des individus semble de plus en plus prise en compte, chaque candidat à une élection présidentielle tente de se distinguer de ses adversaires sur ses traits de personnalité et d’appartenance. La virilité a longtemps été présentée comme une qualité incontournable d’un participant au « combat » pour l’Elysée. Flotterait alors l’idée qu’il existe une « prime à la virilité », idée aujourd’hui largement contestée par l’opinion publique. En effet, 41% des femmes ayant l’intention de voter pour une femme en 2022 déclarent que le genre de cette candidate les a incitées à voter pour elle plutôt que pour un homme portant les mêmes idées. Il existe donc une « prime à la féminité » chez les femmes, mais aussi chez les hommes souhaitant voter pour une femme qui sont 43% à partager cette opinion. En négatif, la masculinité d’un candidat semble moins jouer, notamment sur le vote des femmes (15% des électrices potentielles d’un homme votent pour ce dernier du fait de son genre). Ce double résultat peut nous permettre de formuler l’hypothèse selon laquelle la prime au féminin dans le vote féminin s’inscrit dans une dynamique d’habilitation des femmes dans le politique par rapport aux hommes, en effet, leur présence à des postes électifs est plus courante.

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus.
 

De plus, le fait de voter pour une femme en raison de son identité de genre apparaît comme un choix « féministe ». En effet, les femmes déclarant avoir une sensibilité féministe sont plus nombreuses à prendre en compte ce critère que celles n’en déclarant aucune, et les plus militantes placent ce critère au premier plan (61% d’entre elles) lorsque deux candidats présentent des idées semblables. Le fait qu’aucune femme n’ait encore été élue à la présidence de la République peut appuyer cette démarche des électeurs et électrices à voter davantage pour l’une d’elle. Être un femme candidate à la présidentielle en 2022 ne semble plus représenter un handicap. Si ces résultats rendent caduques les « appels à la virilité » de certains hommes politiques, le genre des candidats n’apparaît tout de même pas totalement déterminant au point de surclasser les propositions programmatiques et la personnalité de ces derniers dans les déterminants du vote. Contrairement aux assertions d’Eric Zemmour selon qui « les femmes n’expriment pas le pouvoir », la figure de la femme présidente de la République semble de plus en plus s’imposer dans l’opinion publique. La capacité des femmes à occuper de hauts postes électifs n’est plus frontalement questionnée par les Français puisque nous mesurons depuis les années 1980 un tournant dans la confiance accordée aux femmes pour assumer les fonctions de présidente de la République. Ce sont ainsi près de huit Français sur dix qui déclarent leur confiance envers une femme pour mener le pays, et ce résultat imprègne dans les mêmes proportions aussi bien les hommes que les femmes. Non seulement l’ensemble des Français apparaît en adéquation avec l’idée qu’une femme puisse être présidente, mais il semblerait que ce taux soit supérieur à celui mesuré à l’égard des hommes. En effet, « seulement » 71% des femmes et 77% des hommes disent faire confiance à un homme pour tenir le rôle de président de la République, contre 80% des femmes et 81% des hommes qui déclarent faire confiance à une femme.

Source : Étude Ifop pour Elle réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 20 au 22 octobre 2021 auprès d’un échantillon de 1 030 femmes, extrait d’un échantillon national représentatif 2 002 personnes âgées de 18 ans et plus.

Toutefois, il convient de prendre ce résultat pour ce qu’il est, c’est-à-dire purement déclaratif, avec tous les biais que cela comporte. Ce phénomène déclaratif n’a en effet toujours pas abouti à l’élection d’une femme comme présidente de la République, et nous notons une autre forme de paradoxe : si l’idée qu’une femme est capable d’être présidente imprègne l’opinion publique féminine de manière quasi homogène, les femmes les moins diplômées semblent légèrement plus en retrait que les plus diplômées. Ces dernières sont aussi moins nombreuses à déclarer voter pour une femme parce que c’est une femme. Pour autant, on retrouve une partie de ces femmes moins diplômées dans l’électorat de Marine Le Pen, la femme politique rassemblant ces dernières années le plus de voix autour de sa candidature.

Sources

« Sociologie du « zemmourisme » : radiographie d’un nouvel électorat national-populiste », par François Kraus. Note de l’Ifop pour la Licra et la revue « Le DDV ».

« Radiographie de l’électorat potentiel d’Éric Zemmour », par Antoine Bristielle et Tristan Guerra dans une enquête de la Fondation Jean-Jaurès intitulée « Le Dossier Zemmour : idéologie, image, électorat ».

Mossuz-Lavau Janine. Le vote des femmes en France (1945-1993). In : Revue française de science politique, 43?? année, n°4, 1993. pp. 673-689.

« Sociologie du « zemmourisme » : radiographie d’un nouvel électorat national-populiste », par François Kraus et « Radiographie de l’électorat potentiel d’Éric Zemmour », par Antoine Bristielle et Tristan Guerra.

Réussite professionnelle des femmes.. État des lieux.

Pourquoi les femmes sont-elles moins nombreuses à occuper des postes de pouvoir ? Existe-t-il vraiment un « leadership féminin » ? Et surtout, comment la féminisation des entreprises et des directions peut-elle devenir un véritable tremplin d’innovation et de performance pour les organisations ?

D’après l’enquête « Great Insights » menée en janvier 2021 par le leader mondial dans l’évaluation de l’expérience au travail et l’amélioration de la qualité de vie au travail, Great Place To Work® France auprès d’un échantillon représentatif de 4119 actifs français; 79% des Français estiment que « l’entreprise est un environnement propice à la réussite professionnelle des femmes« (contre 65% en 2018) et 76% que « les femmes ont les mêmes chances que les hommes d’accéder à des postes de direction » (63% en 2018). Elles / ils ne sont pourtant encore que 68% à considérer qu’à poste égal, hommes et femmes perçoivent la même rémunération.

Ces chiffres soulignent une belle progression. Mais face au challenge toujours important de l’égalité professionnelle, il reste essentiel de mettre en lumière les organisations qui misent sur leur capital humain et font de l’inclusion un axe fort de leur succès.

L’année dernière, Great Place To Work France en partenariat avec le Think Tank Marie Claire Agir pour l’Egalité, dévoilait la première édition de Best Workplaces For Women, qui comptait dix sept entreprises, huit de plus ont été sélectionnées cette année sur les mêmes critères méthodologiques.

La liste des Best Workplaces For Women a été révélée en janvier lors de l’événement citoyen « L’Appel pour l’Égalité » se tenant au Siège de l’UNESCO à Paris. En 2021, 25 organisations s’illustrent et inspirent toutes les entreprises par leur engagement concret.

Trois aspects sont évalués; la représentativité des femmes au sein de l’organisation et aux postes de management; la perception des femmes au Trust Index© sur des questions spécifiques sur quatre thématiques : responsabilisation, promotions et équité, reconnaissance, équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle et les pratiques mises en œuvre par l’organisation en matière d’égalité professionnelle et de parentalité.

Pour être éligible à la liste Best Workplaces For Women, une organisation doit dans un premier temps remplir certains critères : être lauréate du Palmarès Best Workplaces France 2021, compter au moins 33% de femmes dans ses effectifs et compter au moins 33% de femmes managers.

Sur les 25 entreprises de la liste, une majorité est issue du secteur des services. Si une seule, Stryker, possède des unités de production en France, d’autres entreprises industrielles sont présentes sur la liste, comme Brown-Forman ou SC Johnson. Deux d’entre elles, AbbVie et Biogen, représentent le secteur de l’industrie pharmaceutique. On trouve aussi des distributeurs comme Bleu Libellule (produits de coiffure et d’esthétique) ou W.L. Gore, qui distribue le fameux tissu Gore-Tex. Du côté des services financiers et assurances, on retrouve Cofidis et Monabanq, Direct Assurance, Garance, HomeServe, Lelynx ou encore L’Olivier Assurance. Le secteur des services est bien représenté, tant aux particuliers (leboncoin Groupe, lesfurets) qu’aux professionnels (Easylife, Epsa Tax & Innovation, Start People ou Utopies). L’immobilier est présent avec la société foncière Hammerson, tout comme les technologies de l’information : Des Systèmes et des Hommes, Infiné Group, Intuit Quickbooks ou le centre d’appel UES MCRA.

Pour Tiphaine Galliez, directrice consulting chez Great Place To Work® France, « la surreprésentation des entreprises de services pourrait s’expliquer, entre autres, par le caractère moins ‘genré’ des emplois proposés, avec souvent moins de barrières à l’entrée pour les femmes, un marché de l’emploi plus fourni en profils féminins, la possibilité de se projeter dans un environnement perçu comme plus favorable… « .

Plus de 50% des entreprises de la liste sont d’origine française, « ce qui montre que les entreprises françaises sont largement capables de s’emparer du sujet et d’en faire une priorité, tout en développant une approche culturelle autonome – même si les politiques d’inclusion sont aussi parfois impulsées par des groupes multinationaux », analyse Tiphaine Galliez.

12 entreprises de la liste ont entre 50 et 250 collaborateurs – ce qui en fait la catégorie la plus représentée. 7 d’entre elles ont entre 250 et 1000 collaborateurs, 3 entre 1000 et 2500, et 3 en comptent moins de 50. Si cette répartition reflète plutôt bien celle du Palmarès Best Workplaces 2021, « il reste étonnant de ne pas y voir plus de grosses entreprises, qui auraient davantage les moyens de créer des pratiques et outils », s’interroge Tiphaine Galliez, pour qui « si les 50 à 250 sont bien représentées, c’est d’abord parce qu’elles ont un enjeu fort de marque employeur et d’attractivité ».

Liste des Best Workplaces for Women 2021 (par ordre alphabétique) 

  • AbbVie (250 à 1000 salariés) – secteur biotechnologie et industrie pharmaceutique
  • BIOGEN France (50 à 250 salariés) – secteur biotechnologie et industrie pharmaceutique
  • Bleu Libellule (250 à 1000 salariés) – secteur production et fabrication 
  • BROWN-FORMAN France (50 à 250 salariés) – secteur production et fabrication
  • Cofidis (1000 à 2500 salariés) – secteur finance et assurance
  • DES SYSTEMES ET DES HOMMES (50 à 250 salariés) – secteur numérique
  • Direct Assurance (250 à 1000 salariés) – secteur finance et assurance
  • Easylife (50 à 250 salariés) – secteur consulting
  • EPSA Tax & Innovation (50 à 250 salariés) – secteur consulting 
  • GARANCE (50 à 250 salariés) – secteur finance et assurance
  • Hammerson France (50 à 250 salariés) – secteur construction, BTP & immobilier
  • HomeServe France (250 à 1000 salariés) – secteur finance et assurance
  • Infine Group (moins de 50 salariés) – secteur numérique 
  • Intuit France (50 à 250 salariés) – secteur numérique
  • leboncoin Groupe (1000 à 2500 salariés) – secteur médias
  • LELYNX (moins de 50 salariés) – secteur finance et assurance
  • lesfurets (50 à 250 salariés) – secteur médias
  • L’Olivier Assurance (250 à 1000 salariés) – secteur finance et assurance
  • MONABANQ (50 à 250 salariés) – secteur finance et assurance
  • SC Johnson (50 à 250 salariés) – secteur production et fabrication
  • Start People (250 à 1000 salariés) – secteur consulting
  • Stryker France (250 à 1000 salariés) – secteur production et fabrication
  • UES MCRA (1000 à 2500 salariés) – secteur numérique 
  • Utopies (moins de 50 salariés) – secteur consulting 
  • W.L. Gore & Associés (50 à 250 salariés) – secteur production et fabrication

Ces entreprises pionnières endossent leur responsabilité politique et contribuent largement à faire progresser la société en prenant l’initiative de mettre en place des pratiques sur la parentalité, l’égalité salariale, la sensibilisation, le recrutement ou le leadership féminin.

Journée internationale des femmes en politiques, continuons la lutte !

A l’initiative du réseau Elues locales, qui entend soutenir et valoriser les femmes pour lever les obstacles à leur engagement politique et leur permettre d’accéder aux plus hautes responsabilités, sera lancée le 4 décembre prochain, la journée internationale des femmes en politique.

Les chiffres sont affligeants ! Une étude conjointe APCE/UIP souligne que des actes de sexisme, d’abus et de violence à l’égard des femmes sont fréquents dans les parlements nationaux des États membres du Conseil de l’Europe :

  • 85,2% des femmes parlementaires ayant pris part à l’étude indiquent avoir fait face à des violences psychologiques au cours de leur mandat
  • 46,9% ont reçu des menaces de mort, de viol ou de coups
  • 58,2% ont été la cible d’attaques sexistes en ligne sur les réseaux sociaux
  • 67,9% ont été la cible de remarques portant sur leur apparence physique ou fondées sur des stéréotypes de genre
  • 24,7% ont subi des violences sexuelles
  • 14,8% ont subi des violences physiques
  • Les femmes parlementaires de moins de 40 ans sont davantage visées par les actes de harcèlement.

Jusqu’à présent, en France, la violence que subissent les femmes en politique n’attire pas l’attention des médias ni du grand public. Les chiffres à ce sujet sont limités et compliqués à collecter. Les femmes ne témoignent pas ou peu. Pourtant cette violence est réelle et systémique et ce à tous les niveaux du pouvoir, que ce soit sous les ors de la République ou dans le couloir d’une petite mairie de village.

Une enquête nationale sur les violences sexistes à l’encontre des femmes en politique est actuellement en cours afin de collecter des données objectives. Les résultats seront dévoilés le 3 décembre lors de la conférence de presse donnée en vue du lancement de la journée. Les organisateurs espèrent également pouvoir réunir au moins 500 femmes politiques de la France entière le 3 décembre pour le lancement officiel de cette journée avec l’objectif que le 4 décembre devienne la journée où les femmes politiques de petites communes rurales, les adjointes de grandes villes, les députées, les sénatrices et les ministres se réunissent pour dire non à la violence qu’elles subissent du fait de leur genre.

Brillante Magazine est partenaire officiel de cette journée, pour que continue la lutte..

Plus d’info sur : https://www.journeeinternationaledesfemmesenpolitique.com/

«Réparer les violences» : le nouveau podcast de La Maison des femmes

La Maison des femmes de Saint-Denis accueille entre 50 et 80 femmes par jour et assure près de 15 000 consultations par an. Elle lance aujourd’hui un podcast pour comprendre et agir face à une urgence de santé publique : les violences faites aux femmes. Une immersion sans filtre pour comprendre et se mettre en action.

Au fil des épisodes, on rencontre des femmes victimes de violences et celles et ceux qui œuvrent au quotidien pour les écouter, les accompagner et les soigner. Témoignage essentiel pour montrer l’importance du travail sur le terrain, ce podcast donne de la voix à un lieu unique, créé par la gynécologue Ghada Hatem.

L’équipe de La Maison des femmes de Seine Saint Denis – Crédits LMDF

Ce podcast a une double vocation : faire entendre directement les voix des femmes et de celles et ceux qui les soignent. À travers elles, raconter les répercussions des violences subies sur le corps, l’esprit et la vie toute entière. Raconter aussi un collectif et un modèle de « médecine et de prise en charge globale de la violence » qui fonctionne et qui doit être développé en France et à l’international.

«Réparer les violences» a été réalisé grâce au soutien de la Fondation Kering, partenaire historique de La Maison des femmes, qui lutte contre les violences faites aux femmes depuis 2008. Convaincue par l’impact de ce modèle, la Fondation s’est engagée en juin dernier à financer, aux côtés de l’État, le déploiement de 15 nouvelles «Maisons des femmes » en France.

«Réparer les violences», une urgence de santé publique !

Le point de départ, c’est un constat accablant : en France, chaque année, 93 000 femmes sont victimes de viol ou de tentatives de viol et 220 000 femmes sont victimes de violences conjugales. Les répercussions de ces violences sont médicales, sociales et impactent la société tout entière.La réponse, c’est une unité de soins unique en son genre, à Saint-Denis, qui prend en charge les femmes en difficulté ou victimes de violences. Rattachée au Centre hospitalier de Saint-Denis, La Maison des femmes réunit soignants, thérapeutes, policiers, juristes, mais aussi artistes ou sportifs, qui coopèrent pour accompagner les patientes vers la guérison et l’autonomie.50 à 80 femmes passent chaque jour la porte de La Maison des femmes de Saint-Denis pour recevoir une aide et se reconstruire, tant physiquement que psychologiquement.

«Réparer les violences» a été présenté en avant-première au Paris Podcast Festival ce samedi 16 octobre, au cours d’une table ronde qui a réuni Ghada Hatem, fondatrice et médecin cheffe de La Maison des femmes, Sophie, patiente de La Maison des femmes, Céline Bonnaire, déléguée générale de la Fondation Kering, Jennifer Padjemi, autrice du podcast et Théo Boulenger, réalisateur du podcast. La discussion a été animée par Enora Malagré.

Mali. « Notre corps n’est pas la propriété de l’homme. »

Au Mali, la société reste encore très patriarcale et peu de femmes accèdent à l’éducation. Bon nombre de femmes quittent les campagnes pour Bamako, dans l’espoir d’améliorer leurs conditions de vie, voire de fuir un mariage forcé. Mais elles sont vite confrontées à une misère plus crasse encore : celle de l’exploitation dans toutes ses formes. Loin de se résigner, des religieuses ont relevé le défi de sauver et de promouvoir les femmes du Mali.

Située au Sud-Ouest du Mali, la ville de Bamako a de multiples visages entre les banques ultra modernes, les parcs au bord du Niger et les marchés surpeuplés de la vieille ville. Les larges boulevards qui traversent Bamako tranchent avec le dédale de petites ruelles adjacentes de sable rouge, ponctuées de trous plus ou moins profonds et de ponts de fortune au-dessus de fossés. Quand la nuit tombe sur la capitale, le tohu-bohu s’apaise et laisse place aux aboiements des chiens errants. Quelques notes de musique lointaine percent les ténèbres de la ville peu éclairée. Dans les rues, aucune femme ne sort seule car le danger est partout. Pourtant, chaque année, elles sont nombreuses à quitter leur village natal de brousse pour trouver du travail à Bamako et fuir la misère. Perdues, souvent seules, ces femmes sont vulnérables.

S’affranchir, s’élever, entreprendre

Sans éducation et ne connaissant pas leurs droits, les jeunes filles des campagnes maliennes sont souvent les victimes de tous les abus une fois arrivées à Bamako : maltraitance, servage, prostitution… « Il est facile de trouver du travail comme employée de maison dans une famille », explique Maria, une jeune malienne de trente ans, « tu frappes aux portes et proposes tes services pour la cuisine, le ménage, les enfants… Mais tu risques de te faire complètement exploiter ! » Aucun jour de repos, logées sous l’escalier, un salaire de misère… La liste des abus est longue. Une situation à laquelle Maria a pu échapper grâce au Centre Vicenta Maria. « J’ai quitté mon village pour gagner de l’argent et aider ma mère, veuve, à survivre. A Bamako, une vieille dame m’a indiqué ce centre. » Depuis ce jour, la vie de Maria a pris un tournant.

Au centre Vicenta Maria, les jeunes filles sont très proches des religieuses. Une relation qui va au-delà de la religion. Maria, à gauche, est musulmane.

En 2000, le centre Vicenta Maria ouvre ses portes à Bamako, dans le quartier du fleuve, afin d’accueillir les jeunes filles démunies venues des campagnes. Mais son action va bien plus loin : il promeut la femme et lui donne les clefs pour s’affranchir, s’élever et entreprendre. Il est aussi appelé « centre de promotion féminine. » « Les femmes au Mali sont encore très soumises. » Sœur Marie-Dominique est l’ancienne responsable provinciale des Religieuses de Marie Immaculée d’Afrique. Depuis près de vingt ans, la congrégation catholique se bat pour que la femme africaine puisse être indépendante. Un combat qu’elle porte partout dans le monde. « Notre vocation est d’aider les femmes. C’est notre mission. Nous voulons leur faire prendre conscience de leur dignité, de la beauté de ce qu’elles sont. L’avenir de l’Afrique passera par la femme, c’est une certitude », affirme-t-elle sans détour. Le centre Vicenta Maria se divise en trois structures : le centre social, le foyer et le centre de promotion féminine. Chaque année, 1 000 femmes sont orientées vers le monde professionnel. Le centre social forme une vingtaine d’employées de maison par semaine. Le centre de promotion propose trois formations différentes pour près de 200 femmes : coupe-couture, pâtisserie-restauration et coiffure-esthétique.

« Nous voulons leur faire prendre conscience de leur dignité. »

Soeur Marie-Dominique

Tout en longueur, recouverte de grandes glaces, la salle de classe ressemble à un studio de danse. Au programme de la journée : pose de faux ongles et cours de tressage. Chaque jeune fille est affairée sur une tête-à-coiffer au regard aussi séducteur qu’impassible. Des clientes pour le moins facile à contenter. Tresses, chignons, boucles de toutes les couleurs ornent leurs visages de plastique. « Pendant leur formation, les filles font des stages chez des professionnelles », souligne sœur Christa, « il arrive qu’elles soient embauchées à la fin du stage. D’autres veulent monter leur propre salon. » Il en va de même pour les apprenties pâtissières qui décrochent des emplois dans les hôtels huppés de Bamako. Concernant la filière couture, « c’est plus difficile pour les couturières de créer leur entreprise à cause des impôts qui sont trop élevés. Alors, elles vendent leur production sur la base du bouche-à-oreille, sans être déclarées. » Les jeunes couturières trouvent aussi du travail dans les ateliers privés de couture.